L’es­prit du No­bel

La Montagne (Brive) - - France & Monde Actualités - BER­NARD STÉPHAN ber­nard.ste­phan@cen­tre­france.com

Le prix No­bel de la paix at­tri­bué au pré­sident co­lom­bien doit être in­ter­pré­té comme un en­cou­ra­ge­ment à pour­suivre le pro­ces­sus de ré­con­ci­lia­tion na­tio­nale dans ce pays. Et c’était sans doute cette an­née l’évé­ne­ment le plus heu­reux dans l’ac­tua­li­té des conflits, avec l’es­poir de voir en­fin s’ache­ver une gué­rilla par­ti­cu­liè­re­ment meur­trière et longue. La Co­lom­bie est presque au bout de ce che­min.

L’his­toire du prix No­bel de la paix montre que les ju­rés d’os­lo n’ont pas tou­jours choi­si un lau­réat qui au­rait oeu­vré dans le cadre d’un conflit ar­mé, mais qui a pu être le sym­bole d’une li­bé­ra­tion ou d’une ac­tion au ser­vice du droit. C’est ain­si que les prix qui ont ré­com­pen­sé Mar­tin Lu­ther King , Nel­son Man­de­la ou An­drei Sa­kha­rov, Lech Wa­le­sa ou la pa­kis­ta­naise Ma­la­la, sont la re­con­nais­sance d’un com­bat contre l’op­pres­sion, le ra­cisme, la sé­gré­ga­tion, l’at­teinte aux li­ber­tés in­di­vi­duelles et col­lec­tives.

Les choix du co­mi­té No­bel n’ont pas tou­jours été bien com­pris. Lors­qu’il ré­com­pense Hen­ry Kis­sin­ger pour avoir ac­com­pa­gné, jus­qu’à sa conclusion, le pro­ces­sus du trai­té pour mettre fin à la guerre du Viet­nam, c’était ou­blier que le se­cré­taire d’état amé­ri­cain avait été un grand ac­teur de cette guerre. Lorsque le co­mi­té prime Ba­rack Oba­ma, neuf mois seule­ment après son in­ves­ti­ture, c’est peut­être pour ses in­ten­tions, mais pas pour ses ac­tions.

Avec le temps le prix No­bel fait évo­luer ses choix. Non seu­ le­ment il ne ré­com­pense pas tou­jours ceux qui réus­sissent, mais il choi­sit de pri­mer ceux qui tentent. La ré­so­lu­tion de conflits ar­més étant de­ve­nue rare, les can­di­dats viennent da­van­tage des ter­rains d’ac­tions hu­ma­ni­taires, des pro­jets mi­li­tants au ser­vice de l’éco­lo­gie ou de l’en­ga­ge­ment so­li­daire en­vers les plus pauvres. C’est ain­si qu’en 2007 Al Gore et le GIEC ont été pri­més pour leur lutte contre le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique. Mais il y a tou­jours, en fi­li­grane, le res­pect des peuples et le mi­li­tan­tisme pour les droits de l’homme. C’est ain­si que l’es­prit ini­tial du prix n’est pas dé­voyé.

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