LIBRES PROPOS

La Montagne (Brive) - - Jeux -

Ain­si donc il sa­vait dire « je t’aime » et ne lais­sait pas de le ré­pé­ter dans ses mil­liers de lettres.

Toute sa vie d’homme et de Pré­sident, il a vé­cu une grande passion. Fran­çois Mit­ter­rand et Anne Pin­geot. Dans les pro­chains jours pa­raî­tront deux livres ras­sem­blant (pour l’es­sen­tiel) des lettres du pre­mier adres­sées à la se­conde. Pour avoir lu quelques ex­traits, bonnes feuilles éton­nantes de ly­risme et de dou­ceur, nulle in­cer­ti­tude quant aux sen­ti­ments de cet homme qui au­ra su mon­trer tous les masques de la vie.

On l’a dé­crit roué, re­tors, men­teur, bret­teur im­pla­cable, faux socialiste, vi­chyste, sphinx, sé­duc­teur in­vé­té­ré et tant d’autres épi­thètes lui ont été ac­co­lées. Voi­là que par la vo­lon­té de celle qu’il a ai­mée au­de­là de lui­même (« pour la pre­mière fois je sors de moi »), le Pré­sident qui vou­lait « chan­ger la vie » ap­pa­raît en ul­time héros d’un ro­man ma­gni­fique où deux êtres contre tous les vents et ma­rées s’aiment sim­ple­ment.

C’est trou­blant car les hommes savent sou­vent si mal dire « je t’aime » ou bien ils ne le disent pas as­sez, ou plus du tout. C’est dé­ran­geant car on ne peut que s’in­ter­ro­ger sur la pu­bli­ca­tion ici et main­te­nant (!) de cette abon­dante cor­res­pon­dante. Anne Pin­geot est et de­meure un modèle de dis­cré­tion. Elle a choi­si de nous li­vrer ain­si tant de choses de sa vie in­time, de la vie de ce­lui qui di­ri­gea la France pen­dant qua­torze ans.

C’est im­pu­dique aus­si tant il sem­ ble que Fran­çois Mit­ter­rand ne se dis­si­mule ja­mais dans ces échanges. Jus­qu’à sa mort il écri­ra de son écri­ture élé­gante tous les sen­ti­ments qu’il éprouve pour celle qui fut « la chance de sa vie ».

Bien sûr on pen­se­ra à Da­nièle Mit­ter­rand. Que sait­on de leur ar­ran­ge­ment ? Ils étaient tous les deux trop mi­li­tants, libres, in­dé­pen­dants pour se jouer des co­mé­dies. Elle, l’épouse, sa­vait. Comment a­t­elle si­non ac­cep­té, du moins vé­cu cette his­toire d’amour que l’on dé­couvre au­jourd’hui in­ouïe de force et de sen­sua­li­té?

On se sou­vient de l’en­ter­re­ment de Fran­çois Mit­ter­rand et de la pré­sence des deux femmes et de Ma­za­rine. Ce­la put cho­quer (in­com­pré­hen­sion mo­rale sou­vent à l’étran­ger) mais c’était les der­nières an­nées d’un res­pect in­tel­ligent de la vie pri­vée. En­suite se dé­ve­lop­pa la chasse in­dé­cente aux moindres faits et gestes per­son­nels. Ain­si les couples doivent rendre des comptes, les femmes et les hommes po­li­tiques se lais­ser désha­biller. « Moi Pré­sident, je t’aime » doit être avoué en pu­blic… c’est une ques­tion af­firment cer­tains, de trans­pa­rence. Il y a, dans cette mode, de la vul­ga­ri­té.

Les lettres de Fran­çois Mit­ter­rand se­ront à n’en pas dou­ter un évé­ne­ment lit­té­raire. L’homme sa­vait écrire. Il croyait « aux forces de l’es­prit ». Il re­vient dans un long poème épique nous rap­pe­ler (et Anne Pin­geot avec lui) l’ex­trême beau­té du sen­ti­ment amou­reux. ■

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