Mi­roir, dis­moi…

La Montagne (Brive) - - France & Monde Actualités - FLO­RENCE CHÉ­DO­TAL flo­rence.che­do­tal@cen­tre­france.com

Il est comme un vieil amant, au­tre­fois écon­duit, dont on connaît par coeur les tech­niques de sé­duc­tion. Il sort le grand jeu, fait mon­ter la tem­pé­ra­ture. C’est le mo­ment ou ja­mais de tout don­ner. Plu­tôt mou­rir que de lais­ser in­dif­fé­rent, puisque ne pas être ai­mé, c’est mou­rir aus­si. Hier, Ni­co­las Sar­ko­zy avait dé­lais­sé pour un temps les gym­nases et les salles po­ly­va­lentes qui le rap­prochent du « peuple », ce con­cept fourre­tout d’un autre temps, pour s’of­frir une grosse salle de spec­tacle pa­ri­sienne bon­dée. Telle une rock star, il a don­né à son au­di­toire ce qu’il avait en­vie d’en­tendre. À l’ap­plau­di­mètre, au buzz, il est le meilleur.

Un temps, seul contre tous, il est re­de­ve­nu la voix de « ceux qui se lèvent tôt », des dé­clas­sés, des « in­com­pris », de la masse si­len­cieuse. De ceux que vou­draient ré­duire au si­lence, en bloc, les « élites », les « bo­bos », les mé­dias et leur jup­pé­ma­nia, la pen­sée unique et le sys­tème. Comme il est pas­sé maître dans l’art de la po­lé­mique or­ches­trée, il a « re­mis une couche » sur les ré­fé­ren­dums, comme en 2012 aux heures dé­cli­nantes. Ce ré­fé­ren­dum qu’il qua­li­fiait lui­même en 2007 de « forme ul­time de la dé­ma­go­gie »

« Iné­bran­lable » (il l’as­sure) mal­gré les tur­bu­lences, l’an­cien pré­sident a peut­être bien rai­son de toi­ser ces son­dages obs­ti­nés qui lui ré­sistent et lui font l’of­fense de pré­fé­rer in­va­ria­ble­ment le pro­phète de Bor­deaux. Ce ne se­rait pas la pre­mière fois qu’ils se trom­pe­raient, trou­blés face à ce ren­dez­vous in­édit pour la droite. Mais l’in­con­vé­nient, tout de même, de cette pri­maire ou­verte, c’est qu’elle est ou­verte. Sar­ko­zy, au plus près, bien trop près, du centre de gra­vi­té LR, a tout à perdre si des « par­jures » de gauche ont co­ché les 20 et 27 no­vembre pro­chains sur leur agen­da. Il y a de fortes chances, au train où vont les choses, que cette pri­maire se trans­forme en ré­fé­ren­dum pro ou an­ti­sar­ko­zy.

« Y a-t-il un dé­pla­ce­ment où il ait sus­ci­té l’amour ? », ques­tion­nait l’ex­chef d’état à l’adresse du doyen de la pri­maire Alain Jup­pé. Étrange vo­ca­bu­laire, en vé­ri­té. Cet homme, plus dé­com­plexé que ne le se­ra ja­mais Co­pé, semble prêt à tout pour se faire ai­mer des Français, prêt à la sur­en­chère, aux ou­trances ver­bales, prêt à se perdre lui­même de vue.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.