Un bé­bé gi­flé, cogné, se­coué, étran­glé

Comment Loan est­il mort ? Le pro­cès Dan­jeux­mour­lon pé­nètre dans l’abo­mi­na­tion

La Montagne (Brive) - - Limousin Faits Divers - Ju­lien Rapegno ju­lien.rapegno@cen­tre­france.com

La se­conde jour­née d’au­dience a don­né lieu à un éton­nant duel de mé­de­cins lé­gistes. Le pro­cès ré­vèle des vio­lences in­sou­te­nables que les aveux du père avaient mi­no­rées.

Cé­dric Dan­jeux a évo­qué de­vant la Cour d’as­sises de Gué­ret, comme lors de ses aveux, les « pe­tites claques » qu’il au­rait d’abord ad­mi­nis­trées à son bé­bé, sui­vies de « quatre ou cinq autre gifles plus fortes sous forme d’al­lers et re­tours », car Loan re­fu­sait tou­jours le bi­be­ron.

Ces gifles, ad­mi­nis­trées sous le coup de « l’éner­ve­ment et de la co­lère », ont­elles cau­sé la mort de cet en­fant de quatre mois ?

Des lé­sions cé­ré­brales

C’est la ques­tion que s’est po­sée la Cour d’as­sises lors de la deuxième jour­née d’au­dience. La dé­po­si­tion du mé­de­cin lé­giste a fait en­trer ce pro­cès dans une zone de tur­bu­lences. Car, oui, la dé­pouille de Loan pré­sen­tait des hé­ma­tomes larges comme une main d’adulte sur les joues, mais l’au­top­sie a ré­vé­lé de nom­breuses autres lé­sions sur la face, sur le crâne, des lé­sions cé­ré­brales, ain­si qu’une frac­ture du fé­mur. Les ju­rés ont pu voir les images abo­mi­nables d’un vi­sage d’en­fant in­té­gra­le­ment tu­mé­fié. Le pro­fes­seur Pa­raf, chef du ser­vice de mé­de­cine lé­gale du CHU de Li­moges, a conclu que « les gifles n’ont pas pro­vo­qué les lé­sions cé­ré­brales qui sont, elles, à l’ori­gine du dé­cès ».

Le lé­giste a dé­fi­ni ces lé­sions « d’hé­mor­ra­gie fron­tale et de grave trau­ma­tisme crâ­nien ». Dans sa dé­po­si­tion est ap­pa­rue la no­tion de « se­coue­ment », qui n’est pour lui que l’une des « hy­po­thèses », mais qui a été mise en avant dans un contre­rap­ port d’ex­per­tise, ré­di­gé par un confrère du ser­vice de mé­de­cine lé­gale, le Dr Ma­gret. Aux ques­tions de la cour et de l’avo­cat gé­né­ral, le Pr Pa­raf n’a pas op­po­sé de cer­ti­tudes et il a ou­vert une brèche en in­di­quant que « le trau­ma­tisme crâ­nien pou­vait être an­té­rieur de quatre ou cinq jours » à la date du dé­cès de Loan. La frac­ture du fé­mur ne pou­vait pas non plus être da­tée. Loan a pu être « cogné contre un mur ».

Le mar­tyr de Loan s’est­il éti­ré dans le temps ?

« Ce­la montre qu’il a pu être mal­trai­té à des mo­ments dif­fé­rents », a poin­té maître Annick Sa­dor­ni, avo­cate de l’as­so­cia­tion En­fance et par­tage. Pour les par­ties ci­viles, cette dé­po­si­tion n’a fait que confir­mer que Loan a bien été un en­fant mar­ty­ri­sé sur une longue pé­riode, ce qui re­ve­nait à tendre la perche à l’avo­cat de Cé­dric Dan­jeux. Maître Guillaume Vien­nois a re­bon­di sur la confu­sion je­tée par la dé­po­si­tion du lé­giste. Si la mort n’est pas im­pu­table aux vio­lences per­pé­trées par Dan­jeux ce jour­là, c’est l’or­don­nance de mise en ac­cu­sa­tion qui tangue…

La guerre des lé­gistes

Le pré­sident Luc Sar­ra­zin a alors convo­qué sur le champ l’au­teur du rap­port d’au­top­sie « non of­fi­ciel », le Dr Ma­gret. Dans la soi­rée, ve­nu en ur­gence de Li­moges, c’est un ex­pert dé­ter­mi­né qui s’est pré­sen­té à la barre : « je m’at­ten­dais à cette convo­ca­tion », a lâché crâ­ne­ment ce jeune re­trai­té. Son confrère l’avait lais­sé en­tendre à de­mi­mot quelques heures au­pa­ra­vant, Ber­nard Ma­gret a évo­qué fran­che­ment la ri­va­li­té qui les a op­po­sés au sein du ser­vice de mé­de­cine lé­gale de Li­moges. L’af­faire Loan semble être, pour ain­si dire, le ba­roud d’hon­neur de ce re­pré­sen­tant de la vieille école : « je ne suis pas pro­fes­seur, mais étu­diant en mé­de­cine de­puis 48 ans », a­t­il af­fir­mé avec une cer­taine tru­cu­lence. Con­trai­re­ment à son an­cien chef de ser­vice, Ma­gret n’est pas avare de « cer­ti­tudes ». C’est que des « bé­bés se­coués », il n’en a que trop au­top­sié dans sa longue car­rière. Alors, il est ca­té­go­rique : le pe­tit Loan a aus­si été victime d’un « se­coue­ment ». « Il y a eu des claques, mais aus­si des coups de poings, il a été cogné et il y a eu une stran­gu­la­tion, ca­rac­té­ris­tique du bé­bé qu’on se­coue », a­t­il ré­su­mé, avant d’at­ta­quer la lec­ture cir­cons­tan­ciée de son rap­port.

Le dé­cès est donc lié pour lui à la conjonc­tion de plu­sieurs fac­teurs, « claques, se­coue­ment, ré­gur­gi­ta­tion et donc as­phyxie ».

Pres­sé lui aus­si de ques­tion, Ber­nard Ma­gret a écar­té l’idée que le trau­ma­tisme crâ­nien puisse être an­té­rieur au 21 août : « un en­fant ne peut pas vivre plu­sieurs jours avec ce type de lé­sions, il ne peut qu’être hos­pi­ta­li­sé en ur­gence ».

Pour le Dr Ma­gret, Loan a été très vio­lem­ment bru­ta­li­sé ce 21 août et il en est mort. L’ac­cu­sa­tion re­tombe sur ses pieds. ■

PHOTO MI­CHÈLE DELPY

AVO­CAT GÉ­NÉ­RAL. Sé­bas­tien Farges.

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