Une vie au ser­vice de l’édu­ca­tion

Dy­na­mique, en­ga­gée, exi­geante… Ma­rie As­truc part à la re­traite après 8 ans pas­sés à la tête du ly­cée Dan­ton et 34 en Cor­rèze. Le de­voir du ser­vice pu­blic de l’édu­ca­tion ac­com­pli.

La Montagne (Brive) - - La Une - Lae­ti­tia Sou­lier lae­ti­tia.sou­lier@cen­tre­france.com

Il n’est pas fa­cile de tour­ner la page d’une vie pro­fes­sion­nelle bien rem­plie. Ma­rie As­truc, 64 ans, est à la re­traite of­fi­ciel­le­ment de­puis le 30 sep­tembre. Après 8 ans pas­sés à la tête du ly­cée Dan­ton à Brive et, plus lar­ge­ment, 34 ans de car­rière en Cor­rèze.

Alors, un pin­ce­ment au coeur à l’heure de rac­cro­cher les em­plois du temps ? Oui, cer­tai­ne­ment. Un brin de nos­tal­gie qu’elle as­sure dé­jà es­tom­pé. Ma­rie As­truc se pro­jette dé­jà dans une nou­velle vie, fa­mi­liale, spor­tive (elle s’est mise sé­rieu­se­ment au vé­lo de route avec le Vé­lo­cio) et associative.

C’est aus­si pour elle le temps de faire une pause et de re­gar­der dans le ré­tro, ba­layant toutes ses an­nées « d’en­ga­ge­ment » dans le ser­vice pu­blic de l’édu­ ca­tion. Avec un ob­jec­tif, la va­lo­ri­sa­tion de l’élève, car cha­cun a droit à « sa réus­site », mar­tèle Ma­rie As­truc.

Elle est née à Nevers dans une fa­mille mo­deste. Elle a fait ses études à Cler­mont et c’est sur les bancs de la fa­cul­té de phy­sique­chi­mie qu’elle a ren­con­tré son ma­ri, Christian. Ma­rie As­truc n’ou­blie pas que l’as­cen­seur so­cial a fonc­tion­né à plein pour elle. À sa ma­nière, elle a es­sayé de le ren­voyer à tous ceux qu’elle a croisés sur sa route : élèves, ap­pren­tis, pro­fes­seurs, pa­rents…

De ses an­nées col­lège en tant qu’en­sei­gnante, elle garde un sou­ve­nir : ce­lui d’avoir « don­né aux élèves l’en­vie d’ai­mer les sciences ». Pour elle, ça ne passe pas par la craie et le ta­bleau noir, mais par les ex­pé­ri­men­ta­tions. « Et pour ce­la, il ne faut pas hé­si­ter à sor­tir le ma­té­riel ».

Après avoir « fait fonc­tion d’ad­joint » pour bou­cler une an­née sco­laire suite à un ar­rêt ma­la­die, elle dé­cide de pas­ser le concours en se di­sant que c’est pour elle l’oc­ca­sion d’ac­com­pa­gner les élèves « au­tre­ment ». Le di­plôme ob­te­nu, c’est en Cor­rèze qu’elle of­fi­cie­ra pen­dant 18 ans. « J’ai eu la fier­té d’avoir me­né chaque éta­blis­se­ment vers tou­jours plus d’exi­gence et de réus­site, avec les membres des dif­fé­rentes com­mu­nau­tés édu­ca­tives », ex­plique celle qui a tou­jours cher­ché à va­lo­ri­ser les élèves, à les « boos­ter ».

En 18 ans, elle a vu évo­luer le mé­tier, veillé à être au plus près des élèves et du per­son­nel. « Il faut sa­voir dé­lé­guer », as­sure­telle, même si au fi­nal le chef d’éta­blis­se­ment est seul à prendre la dé­ci­sion et à en sup­por­ter la res­pon­sa­bi­li­té.

À Dan­ton, elle a gé­ré une PME. 150 per­son­nels et 950 jeunes, dont les ap­pren­tis. « Je re­grette que la France n’ait pas une culture de l’ap­pren­tis­sage. Il y au­rait sans doute moins d’échec sco­laire », ob­serve Ma­rie As­truc, pour qui le bac tech­no­lo­gique est au même ni­veau qu’un bac gé­né­ral.

Deux grands chan­tiers me­nés à Dan­ton

À la tête de Dan­ton, la pro­vi­seur a me­né deux grands pro­jets. L’ou­ver­ture en 2012 de la série STL (sciences et tech­no­lo­gies de la­bo­ra­toire), qui n’exis­tait pas en Cor­rèze, et le gros chan­tier du pas­sage des ly­cées, pro­fes­sion­nel, gé­né­ral et tech­no­lo­gique, sous la même ap­pel­la­tion de ly­cée po­ly­va­lent Dan­ton. Une ré­forme ef­fec­tive de­puis la ren­trée 2015.

Des qua­li­tés pour te­nir « une bou­tique » aus­si com­plexe, il en fal­lait. Et Ma­rie As­truc, of­fi­cier des palmes aca­dé­miques, n’en manque pas. En re­vanche, elle n’est pas la mieux pla­cée pour en par­ler, pré­fé­rant ci­ter les mes­sages de sym­pa­thie re­çus lors de son pot de dé­part, voi­là une quin­zaine de jours.

« Cha­leu­reuse », « sé­rieuse », « vaillante », « am­bi­tieuse pour le ser­vice de la jeu­nesse au­quel elle a consa­cré sa vie », « à l’écoute ». Bref, tous sa­luent un en­ga­ge­ment in­dé­niable et un temps consa­cré « corps et âme » à l’édu­ca­tion na­tio­nale. « Glo­ba­le­ment, j’ai été au ser­vice de l’édu­ca­tion », conclut Ma­rie As­truc en avan­çant un dé­faut : « exi­geante, peut­être un peu trop », mais tou­jours avec res­pect.

Elle passe le re­lais à Thier­ry Cha­za­rin en pro­ve­nance du col­lège Cle­men­ceau à Tulle, qui ­ fruit du ha­sard ­ lui a suc­cé­dé dans ses trois der­niers postes. « Il m’a dit qu’il al­lait es­sayer de suivre “les che­mins tra­cés avec éner­gie, vi­gueur et té­na­ci­té”. Je ne doute pas qu’il y ar­ri­ve­ra », dé­clare, confiante, la toute fraîche re­trai­tée. ■

PHO­TO PAS­CAL PER­ROUIN

DY­NA­MIQUE. Après 34 ans pas­sés dans l’édu­ca­tion na­tio­nale en Cor­rèze, dont 8 à la tête de Dan­ton, Ma­rie As­truc part à la re­traite.

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