Des idées vagues et des images claires

Or­ga­ni­sée mar­di soir au club house, la réunion pu­blique sur la re­na­tu­ra­tion de la Cor­rèze a don­né, par mo­ments, lieu à des échanges po­lé­miques et po­li­tiques.

La Montagne (Brive) - - Tulle - Dra­gan Pé­ro­vic dra­gan.pe­ro­vic@cen­tre­france.com

On dit que « l’amour com­mence dans l’eau de rose et fi­nit en eau de bou­din ». Mar­di soir, lors de la réunion pu­blique consa­crée au gros chan­tier de re­na­tu­ra­tion de la ri­vière la Cor­rèze, por­té par Tulle Ag­glo, on était bien loin de l’élan amou­reux. Au contraire, cette his­toire d’eau tul­liste a plu­tôt pro­vo­qué quelques échanges po­lé­miques et très po­li­tiques.

Avant la réunion pu­blique, dans le der­nier nu­mé­ro de Tulle Mag, le dé­man­tè­le­ment de la bai­gnade de l’au­ze­lou avait dé­jà fait l’ob­jet de tirs au ba­zoo­ka de la part du lea­der de l’op­po­si­tion de droite et conseiller com­mu­nau­taire, Ra­phaël Chau­meil : « Ce ren­dez­vous es­ti­val tul­liste a été dé­truit par la suf­fi­sance d’élus so­cia­listes, qui, sous cou­vert d’ho­no­rer les obli­ga­tions lé­gis­la­tives, cèdent à l’or­gueil dé­miur­gique de re­trou­ver le tra­cé ori­gi­nel du cours d’eau. »

Ab­sence, pré­sence

De­vant en­vi­ron 60 par­ti­ci­pants lors du dé­bat, mar­di soir, dans son pro­pos d’in­tro­duc­tion, le pré­sident de Tulle Ag­glo Mi­chel Breuilh a per­sis­té et si­gné : « Se­ lon la di­rec­tive­cadre eu­ro­péenne sur la qua­li­té d’eau, re­prise dans la nou­velle loi sur l’eau, on est dans l’obli­ga­tion de sup­pri­mer tout obs­tacle au tran­sit des pois­sons et des sé­di­ments dans la Cor­rèze d’ici 5 ans. » Plus tard, le pré­sident a ajou­té : « Ce pro­jet prend en compte les inon­da­tions. On baisse la ligne d’eau de 20 cm. De plus, ac­tuel­le­ment, on a un dé­bit d’eau au­tour de 0,8 m³/se­conde. Mais tous les ma­té­riaux choi­sis ont été ca­lés sur la crue cen­ten­nale, avec un dé­bit de 250 m³/se­conde ».

Sans vé­ri­fier au­tour de lui, Ra­phaël Chau­meil a lan­cé : « Nous avons été un peu éton­nés de ne pas voir ce soir le maire de Tulle ». Ce­la a pro­vo­qué une vive ré­ac­tion de Ber­nard Combes, as­sis au fond de la salle : « C’est ra­té M. Chau­meil. Pas de po­lé­mique ce soir ! Au tra­vail ! »

L’op­po­sant a en­suite mis l’ac­cent sur les tra­vaux dans la par­tie centre­ville. « Ce qui nous gêne énor­mé­ment, c’est que ce soir, on n’a pas de plans de coupe du centre an­cien, avec les ma­té­riaux qui vont être uti­li­sés. »

« Les plans sont là. Je vais vous les mon­trer, a ré­pon­du Phi­lippe Adam, gé­rant de Bio­tec, maître d’ou­vrage. On va don­ner à la Cor­rèze une cer­taine li­ber­té dans le centre­ville. » Il a en­suite dé­ve­lop­pé en dé­tail ce cha­pitre es­sen­tiel du chan­tier qui ver­ra, no­tam­ment, la ré­no­va­tion de deux es­ca­liers quai Ba­luze, la ré­fec­tion des joints des murs et la créa­tion de mi­ni­ter­rasses en bois « pour s’as­seoir et contem­pler la Cor­rèze… »

L’an­cien pré­sident d’ur­ba Tulle Ro­land Mar­ron, peu convain­cu, n’y est pas al­lé avec le dos de la cuillère : « Vous êtes par­tis du pos­tu­lat qu’il fal­lait sup­pri­mer les seuils pour re­cons­ti­tuer la conti­nui­té éco­lo­gique. […] Pour­tant, il y avait d’autres so­lu­tions que vous avez évin­cées d’un coup. Vous êtes des aya­tol­lahs des pois­sons, mais, la dé­mo­li­tion d’un cadre de vie n’a pas l’air de vous ef­frayer. »

Une illus­tra­tion

La pre­mière ad­jointe au maire, Do­mi­nique Gra­dor, a consta­té : « Je crois que les phan­tasmes qui se pro­pagent n’ont pas grand­chose à voir avec l’amé­na­ge­ment de la ri­vière. Il suf­fit de re­gar­der. l’au­ze­lou existe, on peut as­sez fa­ci­le­ment se pro­je­ter sur ce que se­ra la ri­vière après la re­na­tu­ra­tion […] Quant aux aya­tol­lahs, il y en a d’autres et dans d’autres dé­bats. Si on avait cru ces ex­perts, on au­rait eu au­jourd’hui un simple rond­point à la gare, là où nous avons fait un es­pace de vie. »

Le maire Ber­nard Combes a pour sa part fait un constat : « À chaque fois qu’on a fait des tra­vaux de trans­for­ma­tion de cette ville, on ne l’a ja­mais abî­mée […] Je pense qu’on vous pro­pose une réelle amé­lio­ra­tion », avant de ci­ter « un mot à mé­di­ter » de Re­né Char : « Ce­lui qui vient au monde pour ne rien chan­ger, ne mé­rite ni égard ni pa­tience ! » ■

PHO­TO : AGNÈS GAU­DIN

CHAN­TIER DE L’AU­ZE­LOU. La Cor­rèze montre dé­jà un vi­sage nou­veau. Les tra­vaux vont du­rer jus­qu’à la fin de l’an­née.

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