Un fi­chage « S » très large

De la dé­rive sec­taire au fu­tur dji­ha­diste

La Montagne (Brive) - - France & Monde -

Les « fiches S » ne sont pas une preuve de culpa­bi­li­té mais un ou­til pour les ser­vices de po­lice afin d’évi­ter « les trous dans la ra­quette ».

En­vi­ron 15.000 per­sonnes sont re­cen­sées comme ra­di­ca­li­sées par le mi­nis­tère de l’in­té­rieur, contre seule­ment une di­zaine en 2014. ■ D’où vient ce nombre ? C’est ce­lui des per­sonnes ins­crites au Fi­chier des si­gna­le­ments pour la pré­ven­tion de la ra­di­ca­li­sa­tion à ca­rac­tère ter­ro­riste (FSPRT).

Créé en mars 2015 et mis en place en juillet 2015, ce fi­chier comp­ta­bi­lise tous les is­la­mistes ra­di­caux pré­sents en France et sus­cep­tibles de consti­tuer une me­nace, afin d’as­si­gner un ser­vice à leur sui­vi et évi­ter « les trous dans la ra­quette ».

On y trouve aus­si bien un homme si­gna­lé par son em­ployeur parce qu’il ne veut plus ser­rer la main des femmes, une mi­neure ré­cem­ment conver­tie à l’is­lam ra­di­cal ou un homme en lien avec le groupe État is­la­mique se di­sant prêt à pas­ser à l’acte.

Y fi­gurent aus­si ceux par­ tis ou soup­çon­nés d’être en zone ira­ko­sy­rienne. Une fois en­trée dans le fi­chier, la per­sonne peut être fi­chée pen­dant 5 ans. Le FSPRT est mis à jour au fur et à me­sure des vé­ri­fi­ca­tions. ■ Quel pro­fil ? La ma­jo­ri­té des cas concerne des hommes de 18 à 25 ans is­sus des quar­tiers pé­ri­phé­riques des grandes villes. Près de 20 % d’entre eux ont un ca­sier ju­di­ciaire.

Les plus âgés avoi­sinent la qua­ran­taine et le plus jeune a 11 ans. À la mi­sep­tembre, 1.954 mi­neurs étaient ins­crits au fi­chier (18 % du to­tal) dont une ma­jo­ri­té de femmes.

Si au­cun dé­par­te­ment n’est épar­gné, la ma­jo­ri­té des in­di­vi­dus concer­nés sont con­cen­trés dans quatre ré­gions : l’île­de­france, Lan­gue­doc­rous­sillonMi­di­py­ré­nées, Au­ver­gneR­hône­alpes et Pro­ven­ceAlpes­côte d’azur. ■ Tous fi­chés S ? Non ! Tous les fi­chés S (S pour Sû­re­té de l’état) ne sont pas ins­crits au FSPRT, et in­ver­se­ment. Et pour cause : ils ne sont pas tous liés à l’is­la­misme ra­di­cal (une bonne di­zaine de mil­liers l’est ac­tuel­le­ment).

La fiche S est un ou­til de po­lice ser­vant no­tam­ment à re­pé­rer un in­di­vi­du lors­qu’il tente de pas­ser les fron­tières. Elle ne jus­ti­fie pas à elle seule l’ins­crip­tion au FSPRT. Il faut qu’il y ait d’autres fac­teurs ag­gra­vants, in­di­quant une ra­di­ca­li­sa­tion ou une vo­lon­té de pas­ser à l’acte.

La fiche S est une ba­lise et non un in­dice ou une preuve de culpa­bi­li­té. Ain­si, trans­mettre les noms des fi­chés S de leurs com­munes aux maires, comme cer­tains le de­mandent ne se­rait pas for­cé­ment per­ti­nent et ac­tuel­le­ment im­pos­sible en l’état de la loi. ■ Quel sui­vi ? « Le FSPRT est le moyen pour nous de dis­cu­ter en per­ma­nence avec nos col­lègues des autres ser­vices pour éva­luer les cas dont nous n’au­rions pas dé­ce­lé la dan­ge­ro­si­té », avait ex­pli­qué, en mai, le pa­tron du ren­sei­gne­ment in­té­rieur, Pa­trick Cal­var.

Se­lon une source po­li­cière, 4.000 fi­chés au FSPRT, consi­dé­rés comme les plus dan­ge­reux, sont sui­vis par la Di­rec­tion gé­né­rale de la Sé­cu­ri­té in­té­rieure (DGSI) et plus de 5.000 par le Ser­vice cen­tral du ren­sei­gne­ment ter­ri­to­rial (SCRT). ■

AR­CHIVES AFP

COM­POR­TE­MENTS. Sus­pects.

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