S’en ser­vir sans en abu­ser

Un exer­cice pé­rilleux à l’is­sue in­cer­taine

La Montagne (Brive) - - France & Monde - 18156,09 pts 5245,63 pts

Ni­co­las Sar­ko­zy en pro­met deux s’il gagne la pré­si­den­tielle, mais les cas du Royaume-uni, de la Hon­grie et de la Co­lom­bie dé­montrent toute l’in­cer­ti­tude qui en­toure l’is­sue d’un tel scru­tin.

ÀLondres, l’ex­pre­mier mi­nistre Da­vid Ca­me­ron avait pro­mis un ré­fé­ren­dum sur le main­tien ou non de son pays dans L’UE pour mettre fin aux que­relles sur l’eu­rope au sein de son par­ti conser­va­teur. Mais l’exer­cice a vi­ré au fias­co.

« Il res­te­ra l’homme qui a pro­vo­qué par ac­ci­dent le dé­part du Royaume­uni de l’union eu­ro­péenne », es­time l’an­cien mi­nistre conser­va­teur Ken Clarke. Ré­sul­tat : Da­vid Ca­me­ron a dé­mis­sion­né, aus­si bien de son poste de Pre­mier mi­nistre que, quelques mois plus tard, de ce­lui de dé­pu­té.

« Les po­li­tiques ne savent pas ti­rer de le­çons de l’his­toire. Si on re­garde les ré­fé­ren­dums ré­cents, tous ont mal cal­cu­lé. Il y a très peu de ré­fé­ren­dums dont le ré­sul­tat suit le dis­cours pré­vu par le pou­voir », ana­lyse le pro­fes­seur Iain Begg, cher­cheur à l’ins­ti­tut eu­ro­péen de la Lon­don School of Eco­no­mics.

Le pré­sident co­lom­bien Juan Ma­nuel San­tos a vé­cu la même mésa­ven­ture : il a convo­qué un ré­fé­ren­dum sur l’ac­cord de paix si­gné avec la gué­rilla des FARC, mais le « non » l’a em­por­té.

La Suisse, l’ex­cep­tion qui confirme la règle

Le Pre­mier mi­nistre Vik­tor Or­ban a aus­si per­du son pa­ri : son ré­fé­ren­dum an­ti­mi­grants a été in­va­li­dé faute d’avoir ob­te­nu le quo­rum né­ces­saire, mais il s’en est sor­ti avec une vic­ + 0,15 % toire mo­rale, plus de 98 % de ceux ayant vo­té s’étant pro­non­cés en fa­veur des me­sures pro­po­sées.

« En Suisse, on a l’ha­bi­tude, mais pour les Bri­tan­niques, les Ita­liens et les Fran­çais, c’est ra­ris­sime d’avoir un ré­fé­ren­dum et ce­la peut très vite mal tour­ner. Même si on a de bonnes rai­sons de don­ner le choix au peuple, le fait est qu’il faut vo­ter oui ou non, il n’y a pas de nuances, et ce­la peut mal tour­ner », constate Iain Begg.

La Suisse semble être l’ex­cep­tion qui confirme la règle, les ci­toyens y vo­tant tous les trois mois sur des ini­tia­tives po­pu­laires (pré­sen­tées par des par­tis ou des groupes de ci­toyens) et des ré­fé­ren­dums (pré­sen­tés par l’etat).

« Il y a une grande tra­di­tion du vote qui fait que les élites ont ap­pris ce qu’il faut faire pour in­for­mer, convaincre, pré­pa­rer l’opi­nion », ex­plique pour sa part le po­li­to­logue suisse Pas­cal Scia­ri­ni. ■

Quelle va­leur ? Le 29 mai 2005, 54,67 % des élec­teurs fran­çais vo­taient « non » au ré­fé­ren­dum sur le pro­jet de trai­té consti­tu­tion­nel eu­ro­péen. Deux ans plus tard, ce­la n’a pas em­pê­ché Ni­co­las Sar­ko­zy, alors pré­sident de la Ré­pu­blique, de faire ra­ti­fier le Trai­té de Lis­bonne, peu ou prou iden­tique, par voie par­le­men­taire. - 0,02 %

A VO­TÉ ! « Oui » ou « non ».

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