LIBRES PRO­POS

La Montagne (Brive) - - Jeux -

Alors on est là, entre amis, et on ba­varde.

D’un mot l’autre, cha­cun en ra­joute, puis s’op­pose, puis fait des confi­dences, puis re­met sur le ta­pis une vieille his­toire, une ru­meur comme un feu dé­pour­vu de fu­mée et un autre hausse le ton ou bien le baisse, ça de­vient plus se­cret, to­ta­le­ment li­bé­ré dans le fond et la forme, on re­prend un verre à table ou bien on laisse pas­ser les mi­nutes, c’est pro­mis, c’est entre nous.

Et de cet « entre nous » naît un livre, un scan­dale, des rup­tures dé­so­lées et des si­lences tristes.

Les jour­na­listes trop heu­reux d’avoir trou­vé une proie (une poi­ re ?) se lâchent et en ra­joutent. C’est le jeu. Le ba­var­dage est au­jourd’hui, une qua­si­obli­ga­tion.

Les ré­seaux so­ciaux tout comme les jour­naux écrits ou té­lé­vi­sés en raf­folent, mul­ti­plient les scé­no­gra­phies et les livres à gros ti­rages. Le pu­blic est au spec­tacle per­ma­nent.

Les ba­vards rem­plissent une fonc­tion de ca­thar­sis, on les somme de par­ler, de se confes­ser, al­lon­gés mal­adroi­te­ment sur des di­vans qui n’ont rien de sa­vants.

Dé­bal­lage ou ba­var­dage ? On ba­varde de­bout de­vant des pu­pitres pour faire comme les Amé­ri­cains, quinze mi­nutes cha­cun et c’est de la dé­mo­cra­tie, af­firme­t­on. On ba­varde heure après heure, jour après jour, sur tous les su­jets pos­sibles, de la sex­tape de Val­bue­na à la crise sy­rienne, des em­plois à do­mi­cile à Pou­tine, des chô­meurs de longue du­rée au die­sel, de la jus­tice et des juges à l’is­lam et aux dji­ha­distes. Ce ne sont plus des conver­sa­tions mais du bruit.

Et ça se bap­tise « pri­maire » ou « confes­sion », pour faire évé­ne­ment. Le len­de­main, on par­le­ra d’autre chose pour oc­cu­per le ter­rain, ne pas lais­ser le si­lence s’ins­tal­ler. La peur du si­lence, de la ré­flexion, de la re­te­nue, de la pu­deur.

Le risque, l’in­con­vé­nient c’est qu’il se dit ou s’en­tend des tas de bê­tises, des ap­proxi­ma­tions et des gros­siè­re­tés que leurs au­teurs re­gret­te­ront plus tard ou bien cher­che­ront à mi­ni­mi­ser à ou­blier. Dans le grand tin­ta­marre mé­dia­tique tous se ruent dés lors qu’ils ont quelques pou­voirs ou res­pon­sa­bi­li­tés de crainte de ne pas être pris au sé­rieux. Il faut par­ler. Obli­ga­tion est faite par je ne sais quelle loi vo­la­tile de par­ler à tout va.

Et for­cé­ment dans l’air du temps, re­viennent des mots et des phrases pour le moins in­utiles, au pire dé­sas­treuses pour l’ave­nir de leurs au­teurs.

Ceux­ci n’ont eu qu’un dé­faut : croire que l’on peut ba­var­der en toute confiance et ne pas prê­ter l’im­por­tance qui convient à ce que l’on dit, à ce que l’on tait. ■

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