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La Montagne (Brive) - - Annonces Classées -

À par­tir de ce mo­ment, c’est vous qui en se­rez res­pon­sable. Vous êtes bien d’ac­cord ? – Ben oui… La femme An­ceaume signe mal­adroi­te­ment. Une me­neuse lui re­met deux sacs de vê­te­ments et la pré­cieuse en­ve­loppe conte­nant les pen­sions. Puis Mme Lan­dais pousse les deux fillettes vers elle et les ac­com­pagne à l’ex­té­rieur de la salle en re­com­man­dant de te­nir l’agence au cou­rant de la moindre dif­fi­cul­té et de ne pas hé­si­ter à consul­ter le doc­teur de La Loupe en cas de pro­blème. L’ins­pec­teur les re­garde fran­chir la porte en for­mu­lant des voeux pour que les choses se passent bien. Le même scé­na­rio se ré­pète pour les deux pe­tits gar­çons. Une deuxième femme est ap­pe­lée et M. Ca­mize lui tient le même dis­cours, lui fait les mêmes re­com­man­da­tions. Les en­fants partent, tour­nant la tête en ar­rière pour es­sayer de com­prendre ce qui pousse la chef me­neuse à la­quelle ils se rac­cro­chaient dé­jà à les aban­don­ner une fois en­core. Pour les bé­bés, c’est un peu plus com­pli­qué. M. Ca­mize n’a pas an­ti­ci­pé les pla­ce­ments. – Je vou­lais voir les en­fants au­pa­ra­vant, dit-il. Les deux jeunes me­neuses dé­couvrent les nour­ris­sons, les sortent des pa­niers et les pré­sentent au di­rec­teur de l’agence. Il y a deux gar­çons et deux filles. Les cer­ti­fi­cats mé­di­caux sont vagues et n’at­testent rien de plus que le fait qu’ils sont ef­fec­ti­ve­ment vi­vants à la date de l’exa­men. Tous ont entre trois et cinq mois. Ce qui sur­prend, c’est leur si­lence. Ces bé­bés ne pleurent pas. Ils sont pâles et re­gardent avec de grands yeux char­gés d’in­dif­fé­rence le spec­tacle qui se joue au­tour d’eux. Les deux gar­çons et l’une des filles ont une crois­sance à peu près sa­tis­fai­sante, quoique lé­gè­re­ment in­fé­rieure à la nor­male. Par contre, la se­conde pe­tite fille, bien qu’ap­pro­chant de ses cinq mois, ac­cuse un re­tard de dé­ve­lop­pe­ment cer­tain et at­teint tout juste la taille et le poids d’un nour­ris­son de trois mois. Les nour­rices entrent les unes après les autres. M. Ca­mize ré­pète ses re­com­man­da­tions, ajou­tant que nour­rir un bé­bé au sein est une res­pon­sa­bi­li­té. Il fait ap­pel à leur conscience de mère pour s’oc­cu­per de ces pe­tits comme s’il s’agis­sait du leur propre. Geor­gette se voit at­tri­buer un gar­çon. – On m’avait dit que la prime d’al­lai­te­ment avait été aug­men­tée de trois francs par mois, ré­clame Geor­gette qui mon­naye son propre lait comme elle le fait pour les pou­lets ou n’im­porte la­quelle des mar­chan­dises de sa fer­mette. – Vous avez été mal in­for­mée, re­grette l’ins­pec­teur. Mais nous en re­dis­cu­te­rons lors de la vi­site que je vous ren­drai dans les quinze jours. En at­ten­dant, pre­nez grand soin de cet en­fant. Les pre­mières se­maines sont les plus dé­li­cates. L’autre pe­tit gar­çon est at­tri­bué à une nour­rice de Meau­cé. Quand ar­rive le mo­ment d’at­tri­buer les deux pe­tites filles, Mme Lan­dais prend l’ins­pec­teur en apar­té : – Les deux nour­rices qui at­tendent, in­ter­roge-t-elle à voix basse, elles sont com­ment ? © Edi­tions (à suivre)

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