Le proxé­né­tisme est un hu­ma­nisme…

Un in­tel­lec­tuel pour­sui­vi pour avoir loué un ap­par­te­ment à plu­sieurs pros­ti­tuées à Li­moges

La Montagne (Brive) - - Limousin Actualité - Co­ra­lie Zarb

Un spé­cia­liste de l’éco­no­mie so­ciale et so­li­daire vient d’être condamné par le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Li­moges à un an avec sur­sis pour proxé­né­tisme.

Lors de ses ré­qui­si­tions hier de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Li­moges, le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique Gil­bert Eme­ry dé­crit un per­son­nage cy­nique. Un homme qui a pro­fi­té de la mi­sère de pros­ti­tuées, en leur louant un ap­par­te­ment de­puis 2011, sans leur don­ner ni quit­tances, ni bail, et ré­cu­pé­rant le loyer de 350 € en li­quide, d’abord en per­sonne puis en en­voyant un Ar­mé­nien aux mé­thodes un peu bru­tales…

Plus de fe­nêtres, ni de ro­bi­nets

En juillet 2015, deux des quatre pros­ti­tuées par­ties ci­viles dans l’af­faire, ont re­trou­vé l’ap­par­te­ment sans fe­nêtres ni ro­bi­net­te­rie. C’est à par­tir de cet évé­ne­ment qu’elles ont dé­ci­dé de por­ter plainte.

L’ar­mé­nien a été pour­sui­vi pour ex­tor­sion par vio­lence, me­nace ou con­ trainte et com­pli­ci­té de proxé­né­tisme et le pro­prié­taire pour proxé­né­tisme, ex­tor­sion, mise de lo­cal pri­vé à la dis­po­si­tion d’une per­sonne s’y li­vrant à la pros­ti­tu­tion et tra­vail dis­si­mu­lé concer­nant l’ar­mé­nien, qui fai­sait soit di­sant de l’aide à la ges­tion lo­ca­tive.

« Que fais­je ici ? ». Élé­gant dans son cos­tume sombre, le pro­prié­taire est vi­si­ble­ment très af­fec­té de se re­trou­ver de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel. Il faut dire que, sur le pa­pier, l’homme n’a pas le pro­fil d’un “proxé­nète”.

Spé­cia­li­sé dans l’éco­no­mie so­ciale et so­li­daire, l’homme âgé d’une cin­quan­taine d’an­nées est un in­tel­lec­tuel. Sou­te­nu par Me Oli­vier Pé­caud, le pré­ ve­nu, ha­bi­tué à par­ler en pu­blic, a bien du mal à trou­ver ses mots… La­bo­rieu­se­ment, il tente d’ex­pli­quer au tri­bu­nal qu’il s’est re­trou­vé pié­gé dans une si­tua­tion qui l’a to­ta­le­ment dé­pas­sé.

« Je loue de nom­breux lo­ge­ments à des per­sonnes en dif­fi­cul­tés so­ciales. J’avais loué cet ap­par­te­ment à un bû­che­ron turc qui a lui­même sous­loué à ces pros­ti­tuées. J’ai été mis de­vant le fait ac­com­pli. Je ne me suis ren­du compte de leur mé­tier que des mois plus tard ».

La pré­si­dente Isa­belle Par­men­tier n’a pas l’in­ten­tion de faire preuve d’une par­ti­cu­lière cour­toi­sie en­vers ce pré­ve­nu peu com­mun, au contraire. « Vous êtes quand même par­ti­cu­liè­re­ment bien pla­cé pour faire des dé­marches pour les faire par­tir si vous vou­liez qu’elles partent ! Mais quelles dé­marches avez­vous fait pen­dant quatre ans ? Au­cune. Vous avez dit à la po­lice qu’une pro­cé­dure d’ex­pul­sion était en cours, c’est faux, vous avez men­ti. »

« Il faut bien qu’elles aient un toit ! »

Ac­cu­lé, le pré­ve­nu a du mal à conte­nir son émo­tion : « Ex­pul­ser coûte cher ! Et j’ai énor­mé­ment de dif­fi­cul­tés fi­nan­cières. Et puis, elles, il faut bien qu’elles aient un toit ! Qui va les ac­cueillir ? »

« Mon client a un en­ga­ge­ment fort dans l’hu­ma­nisme so­cial. Par ailleurs, il a dû faire face à de nom­breuses dif­fi­cul­tés per­son­nelles qui l’ont em­pê­ché de ré­gler ce pro­blème, il s’est trou­vé désem­pa­ré », plaide Me Pé­caud.

« Il mé­lange tout »

« Mon­sieur mé­lange tout, ré­sume le pro­cu­reur. Le proxé­né­tisme c’est de ti­rer pro­fit des fruits de la pros­ti­tu­tion. Il sa­vait qu’elles étaient pros­ti­tuées et les a lais­sées dans son ap­par­te­ment. On es­saie de le mon­trer comme un hu­ma­niste mais c’est faux. Il a ajou­té de la mi­sère à la mi­sère », condamne le pro­cu­reur.

Le tri­bu­nal a sui­vi ses ré­qui­si­tions, en condam­nant le pro­prié­taire à un an de pri­son avec sur­sis et l’ar­mé­nien à huit mois de sur­sis.

Ils de­vront payer so­li­dai­re­ment la somme de 1.000 € à chaque pros­ti­tuée pour leur pré­ju­dice mo­ral. Pro­ba­ble­ment dans un élan d’hu­ma­nisme, à peine sor­ti de la salle d’au­dience, le pro­prié­taire a in­ter­pel­lé ces an­ciennes lo­ca­taires, les pré­ve­nant qu’elles pou­vaient « se mettre les 1.000 € au c** »… ■

PHO­TO THO­MAS JOUHANNAUD

PÉ­NAL. L’af­faire a été ju­gée hier de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.