Olympe sous « la Ter­reur »

La Montagne (Brive) - - Actualité - Jean-luc Cha­baud jean-luc.cha­baud@cen­tre­france.com

Hu­bert de Maxi­my pu­blie un nou­veau ro­man, Olympe, le pré­nom d’une jeune mère de fa­mille, que son veu­vage place au coeur d’un com­bat sous la Ter­reur pour conser­ver la tan­ne­rie de feu son époux.

«Non!non! C’est pas pos­sible ! Faites quelque chose !…. ». Je­té à terre par une laie en fu­rie, le tan­neur Cham­bey­rac pro­nonce ses der­niers mots. Un flot de sang en sac­cades jaillit de la plaie, ou­verte par les dé­fenses acé­rées du san­glier. Cette mort « im­pré­vi­sible, ra­pide, vio­lente » li­bère sa jeune épouse, Olympe, d’un ma­ri « mé­diocre ». Elle ne l’ai­mait pas, le dé­tes­tait avec rai­son.

Faits pré­cis

Mère de quatre en­fants, deux gar­çons et deux filles, elle se re­trouve, à 28 ans, à la tête d’une tan­ne­rie, au Puy­en­ve­lay, que deux hommes, un tan­neur concur­rent et un apo­thi­caire grippe­sou, convoitent à peine le dé­funt ins­tal­lé dans sa der­nière de­meure.

En douze ans de vie com­mune, Cham­bey­rac ne l’a ja­mais as­so­ciée à ses af­faires car, pour la bour­geoi­sie à la­quelle il ap­par­tient, la cui­sine, le mé­nage et les en­fants consti­tuent le do­maine ex­clu­sif des femmes…

C’est sans connaître Olympe, do­tée « d’un puis­sant tem­pé­ra­ment et d’une ir­ré­sis­tible sé­duc­tion ». Li­bé­rée, épa­nouie, elle re­lève le dé­fi en pleine pé­riode ré­vo­lu­tion­naire, la Ter­reur (l’an II), où les têtes tombent comme les fruits mûrs de l’arbre. « Je re­prends des faits pré­cis de cette époque », ex­pli­ que Hu­bert de Maxi­my. « Pour ana­ly­ser le cli­mat », il s’ap­puie sur la thèse de Jac­que­line Bayon­tol­let, Le Puy­en­ve­lay et la Ré­vo­lu­tion fran­çaise 1789­1799.

Dans cet en­vi­ron­ne­ment in­stable, il dé­roule son ro­man au­tour de l’abo­li­tion des droits féo­daux et de di­vers pri­vi­lèges, pro­cla­mée par les dé­pu­tés de l’as­sem­blée na­tio­nale consti­tuante dans la nuit du 4 août 1789. « Le com­merce est de­ve­nu libre, les femmes ont dé­sor­mais la pos­si­bi­li­té de re­prendre l’ac­ti­vi­té de leur ma­ri », pour­suit l’au­teur tout en confiant que ce fait his­to­rique lui « a don­né l’en­vie d’écrire cette his­toire ».

« Ten­dresse »

Et ce d’au­tant qu’une de ses an­cêtres, éga­le­ment mère de plu­sieurs en­fants, s’est trou­vée dans cette si­tua­tion. « On n’in­vente rien », sou­ligne Hu­bert de Maxi­my, qui place la femme au centre de son livre. Olympe bien­sûr, mais aus­si Anaïs, la confi­dente, l’in­ten­dante, la bonne, la pré­cep­trice, qu’un pied­bot sé­pare tôt de sa fa­mille, des pay­sans qui ne voient là « qu’une bouche in­utile à nour­rir ». Sans ou­blier Eu­phra­sie, « l’aris­to­crate dé­chue ». Toutes trois se sont connues « chez les bi­gotes », dans un couvent de la ville.

« La ten­dresse » de l’au­teur s’étend à ces trois femmes qui « vont spé­cu­ler sans ver­gogne sur les biens na­tio­naux, met­tant à mal les in­té­rêts des plus puis­sants » dans une ci­té où, en 15 mois de Ter­reur, la guillo­tine a été ac­tion­née de nom­breuses fois.

Avec Olympe, Hu­bert de Maxi­my signe son dix­hui­tième livre, des ro­mans du terroir mais éga­le­ment des po­lars. ■

Olympe. Hu­bert de Maxi­my, Édi­tions Presses de la ci­té, col­lec­tion Terres de France, 20,50 €.

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AU­TEUR. Hu­bert de Maxi­my.

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