L’opa­ci­té en échec

La Montagne (Brive) - - France & Monde - Actualités - BER­NARD STÉPHAN ber­nard.ste­phan@cen­tre­france.com

Le re­fus de va­li­der le CETA, cet ac­cord de libre­échange entre l’union Eu­ro­péenne et le Canada est à pla­cer dans la conti­nui­té des com­por­te­ments des peuples qui se re­bellent contre l’eu­rope du mar­ché. C’est en ef­fet une ré­gion fé­dé­rale de Bel­gique, la Wallonie, qui a dé­ci­dé de dire non alors que tous les États sont fa­vo­rables. Ce non ve­nu du lo­cal s’ins­crit dans la ten­dance des votes né­ga­tifs de plu­sieurs peuples eu­ro­péens in­ter­ro­gés ces der­nières an­nées par ré­fé­ren­dum. Il est aus­si à re­lier à la mon­tée de l’eu­ros­cep­ti­cisme ali­men­té par la tech­no­struc­ture et la fai­blesse du po­li­tique.

Il ap­pa­raît en ef­fet que ce trai­té, né­go­cié pen­dant près de sept ans, a été en­tou­ré du plus grand se­cret. Pas de pré­pa­ra­tion trans­pa­rente, seuls les lob­byistes ont pu ma­noeu­vrer. A l’ar­ri­vée on a un texte com­plexe, ju­ri­dique, in­di­geste, de 1.700 pages, que les mul­ti­na­tio­nales ont tout l’art de maî­tri­ser grâce à des ar­mées d’avo­cats d’af­faires. Cette opa­ci­té qui a pré­si­dé à tout le pro­ces­sus était la même pour le pro­jet de trai­té tran­sat­lan­tique avec les État­sU­nis qui a été ge­lé pour quelques mois.

Concer­nant la France, le trai­té CETA, s’il as­sure une meilleure ou­ver­ture du mar­ché ca­na­dien pour les fro­mages AOC (ceux d’au­vergne, du Ber­ry et du Val de Loire par exemple), peut être pé­na­li­sant pour les viandes de qua­li­té is­sues des races bou­chères des grands bas­sins al­lai­tants, qu’il s’agisse de la li­mou­sine, du cha­ro­lais, de la sa­lers ou de l’au­brac. En ef­fet le Canada pour­rait ex­por­ter de la viande bo­vine vers l’eu­rope, vraie concur­rente sur le mar­ché de la grande dis­tri­bu­tion.

La ques­tion que pose un tel ac­cord, est la sui­vante : est­il gé­né­ra­teur de crois­sance ? C’est le point de vue de l’eu­rope li­bé­rale. Le CETA sup­pose une baisse des coûts de pro­duc­tion dans le cadre de la « concur­rence libre et non faus­sée ». L’abais­se­ment des normes so­ciales et en­vi­ron­ne­men­tales est en fi­li­grane : ce que les éco­no­mistes ap­pellent « les pres­sions com­pé­ti­tives ». La France, via l’exé­cu­tif, pense qu’elle a plus à ga­gner qu’à perdre. La Wallonie pense le contraire. Cet échec est la consé­quence de l’opa­ci­té des pro­cé­dures et de l’ab­sence de vraie dé­mo­cra­tie eu­ro­péenne.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.