La châ­taigne re­prend du pi­quant

Le cy­nips, une pe­tite guêpe, em­poi­sonne la vie des cas­ta­néi­cul­teurs d’ar­dèche de­puis 2010

La Montagne (Brive) - - Jeux -

L’au­tomne a pris du re­tard mais les pre­mières bogues tom­bées sur le nord de l’ar­dèche ont son­né l’heure des châ­taignes. Avec l’es­poir de tour­ner la page du cy­nips, un pa­ra­site qui a for­te­ment ré­duit la récolte.

Au bas d’une pente, une poi­gnée de femmes et d’hommes avancent en zig­za­guant au pied de grands arbres dont les plus vieux, au tronc épais et noueux, ont trois ou quatre siècles d’exis­tence. Sur cette par­celle, dif­fé­rentes va­rié­tés de « Cas­ta­nea sa­ti­va », l’es­pèce eu­ro­péenne de châ­taigne, sont mé­lan­gées.

Dos cour­bé ou ac­crou­pis, il faut donc faire le tri à la main – gan­tée car qui s’y frotte s’y pique. Les gros ca­libres comme la « com­balle », dont la sa­veur su­crée a fait la ré­pu­ta­tion de la châ­taigne ar­dé­choise, se­ront ven­dus en fruits de bouche pour être grillés ; les pe­tits iront à la trans­for­ma­tion, en crème de mar­rons, conserve ou fa­rine. Ailleurs, sur des plan­ta­tions plus ho­mo­gènes où les bogues tiennent en­core, des fi­lets sont dis­po­sés pour fa­ci­li­ter la récolte.

« On es­père faire qua­rante tonnes cette an­née », confie Mi­chel Grange, pro­prié­taire des lieux, ins­tal­lé à La­mastre, bourg de 2.600 âmes ni­ché dans le Haut Vi­va­rais. Entre 500 et 900 m d’al­ti­tude, il ex­ploite 25 ha de châ­tai­gne­raie, soit en­vi­ron deux mille arbres qu’il a en grande par­tie plan­tés lui­même.

Ponte dans les bour­geons

Sur un po­ten­tiel de 60 tonnes, seules 32 avaient été ra­mas­sées il y a trois ans sur ses ter­rains. La faute au cy­nips, une pe­tite guêpe ve­nue d’asie qui em­poi­sonne la vie des cas­ta­néi­cul­teurs de­puis son ar­ri­vée en Ar­dèche, en 2010. Ce pa­ra­site ma­jeur du châ­tai­gnier à l’échelle mon­diale pond dans les bour­geons et y forme des galles qui em­pêchent la fruc­ti­fi­ca­tion. Mais de­puis 2015 dans la ré­gion, des lâ­chers mas­sifs de to­ry­mus, in­secte pré­da­teur du cy­nips, semblent por­ter leurs fruits. « On s’at­ten­dait cette an­née au pic de l’in­fes­ta­tion, avec une récolte li­mi­tée à 25­30 %, mais on de­vrait avoir une de­mi­récolte et on a bon es­poir de ne pas tom­ber plus bas dans le fu­tur », ex­plique Sé­bas­tien De­bel­lut, du co­mi­té in­ter­pro­fes­sion­nel.

Mais un fléau chasse l’autre : il s’in­quiète du re­tour de la ma­la­die de l’encre, ce cham­pi­gnon qui at­taque les ra­cines de l’arbre et le fait dé­pé­rir : « Là, on n’a pas de moyen de lutte ; on ne peut faire que de la pré­ven­tion à l’aide d’un porte­greffe hy­bride to­lé­rant la ma­la­die. »

Dans la fa­mille, ce­la fait sept gé­né­ra­tions, « au moins », qu’on ra­masse les châ­taignes, se­lon le pro­duc­teur, dans son ate­lier de trans­for­ma­tion mé­ca­ni­sé qui traite sa récolte et celle de 45 clients. En Ar­dèche, la cas­ta­néi­cul­ture re­monte au MoyenÂge et a connu son âge d’or vers 1860 : la pro­duc­tion at­tei­gnait alors 40.000 tonnes, sur 60.000 ha ex­ploi­tés. Les ma­la­dies, l’exode ru­ral et l’in­dus­trie des ta­nins ont di­vi­sé la su­per­fi­cie par dix.

Le dé­par­te­ment qui bé­né­fi­cie d’une AOC de­ve­nue AOP en 2014, compte au­jourd’hui un mil­lier de pro­duc­teurs et deux co­opé­ra­tives. Avec 5.000 tonnes en temps nor­mal, il four­nit la moi­tié de la pro­duc­tion fran­çaise, à la traîne der­rière la Tur­quie, l’es­pagne, le Por­tu­gal et l’ita­lie, et sur­tout la Chine, qui pèse 90 % du mar­ché mon­dial avec 1,6 mil­lion de tonnes. ■

PHO­TO STÉ­PHANE LE­FÈVRE

RÉCOLTE. Plu­tôt meilleure que re­dou­tée cette an­née.

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