LIBRES PRO­POS

La Montagne (Brive) - - Jeux -

De loin, de chez moi, sur mon écran d’or­di­na­teur, je re­garde, stu­pé­fait, des images : des hommes et quelques femmes en ca­goule, vê­tus de noir, en bandes ser­rées, chaus­sés lour­de­ment, poings le­vés, fou­lards sur le nez, avan­çant vers des bâ­ti­ments pu­blics, un mi­nis­tère, me­na­çant, vers des forces de l’ordre, leurs col­lègues…

Ils hurlent des slo­gans et chantent La Mar­seillaise. Ils ont un bras­sard au bras droit, pour la plu­part. Sur ce bras­sard rouge, le mot « po­lice » est écrit. Hors la loi, ils dé­filent.

Vi­sages dis­si­mu­lés, ils parlent aux re­por­ters de leurs condi­tions de tra­vail, des dé­lin­quants qui les agressent, des bandes qui tentent de les brû­ler, des juges qui ne mettent pas as­sez long­temps en pri­son les per­sonnes ar­rê­tées…

Les risques du mé­tier, di­ront les cy­niques. Sur les chaînes de té­lé­vi­sion, c’est à Pa­ris, Mar­seille, Lyon et ailleurs. Une sorte de ré­volte sans syn­di­cat, im­promp­tue.

Un ras­le­bol qui s’adresse à qui, au fait ? Au gou­ver­ne­ment qui, pour­tant, est bien le seul à avoir in­ver­sé la courbe des sup­pres­sions d’em­ploi dans ce do­maine, qui est bien le seul à avoir em­bau­ché, for­mé, four­ni des ma­té­riels ? Aux agres­seurs ? Mais a­t­on ja­mais vu des cri­mi­nels s’at­ten­drir sur les re­ven­di­ca­tions po­li­cières ? Alors, à qui ?

Est­ce un cri lé­gi­time de gens qui sont las de faire leur bou­lot sans connaître la re­con­nais­sance na­tio­nale ? Non ! Car à la suite des at­ten­tats de Pa­ris ou de Nice, les Fran­çais leur ont ma­ni­fes­té leur sou­tien. C’est une ré­ac­tion de co­lère pour ob­te­nir quoi ? Des ef­fec­tifs, des gi­lets pare­balles, des voi­tures sup­plé­men­taires ?

Mais il faut plu­sieurs an­nées pour for­mer des po­li­ciers ou des gen­darmes, et les cla­meurs im­mé­diates ne doivent ni ne peuvent chan­ger ce­la. Il y a comme un par­fum ten­tant de fin de règne ai­gui­sant les ap­pé­tits…

D’au­tant qu’à lire ou en­tendre les pro­grammes élec­to­raux de ceux que l’on an­nonce dé­jà vain­ queurs pro­chains, où il est ques­tion de sup­pres­sion de fonc­tion­naires, l’ave­nir s’an­nonce sombre pour la sé­cu­ri­té. La fonc­tion pu­blique, ce sont des en­sei­gnants et des po­li­ciers, des ma­gis­trats et des mi­li­taires.

On peut tout re­pro­cher aux élus ac­tuels, mais cer­tai­ne­ment pas d’avoir né­gli­gé ces sec­teurs. Et les ma­nifs po­li­cières – pas exemptes du soup­çon d’ex­tré­misme élec­to­ral – ajoutent au ma­laise gé­né­ral de la dé­mo­cra­tie.

Des po­li­ciers in­cen­diés, des en­sei­gnants agres­sés, des juges qua­li­fiés de laxistes : le ser­vice pu­blic, dans ce qu’il a de plus sym­bo­lique, su­bit de plein fouet la vio­lence d’une so­cié­té in­ci­vique.

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