■ CALAIS

Le plus grand bi­don­ville de France vit ses der­nières heures avant son éva­cua­tion

La Montagne (Brive) - - La Une -

La « Jungle », plus grand bi­don­ville de France, éva­cuée ce ma­tin

L’éva­cua­tion de la « Jungle » de Calais a dé­mar­ré, hier après-mi­di, avec l’in­ten­si­fi­ca­tion des tour­nées d’in­for­ma­tion des mi­grants pour les convaincre de par­tir.

Sur ce site im­mense d’une di­zaine d’hec­tares qu’est la « Jungle » de Calais, où s’en­tassent entre 6.400 et 8.100 per­sonnes se­lon les comp­tages, le dé­man­tè­le­ment était sur toutes les lèvres, hier, dès la ma­ti­née bru­meuse et gla­ciale. Ici, des hommes qui se ré­chauffent au­tour d’un bra­se­ro sont à l’écoute des der­niers conseils des bé­né­voles – « c’est le der­nier jour où on peut les ai­der », dit l’une d’entre elles. Là, dans son échoppe, Khan, un Af­ghan, se de­mande ce qu’il va pou­voir faire de sa mar­chan­dise : « Vous sa­vez si je pour­rai l’em­me­ner ? », in­ter­roge­t­il, dé­si­gnant ses pa­lettes d’oeufs et ses ca­gettes de fruits. Puis, il af­firme sans trop y croire vou­loir « al­ler dans la ville d’après, à Pa­ris ».

Une bande des­si­née dé­taillant le par­cours

En dé­but d’après­mi­di, les re­pré­sen­tants de plu­sieurs ser­vices de l’état ont dis­tri­bué dans les hébergements en dur du centre d’ac­cueil pro­vi­soire (CAP) et du centre Jules­fer­ry, des flyers ex­pli­quant comment se rendre au han­gar d’où par­ti­ront au­jourd’hui les pre­miers bus à des­ti­na­tion des centres d’ac­cueil et d’orien­ta­tion (CAO) en France.

Les mi­grants re­ce­vaient éga­le­ment une bande des­si­née dé­taillant leur par­cours après l’ar­ri­vée en CAO. « On leur confirme qu’il faut se te­nir prêt », in­di­quait Serge Szar­zyn­cki, di­rec­teur de la co­hé­sion so­ciale, en se heur­tant au scep­ti­cisme de cer­tains, comme Ka­rha­zi, un Af­ghan : « On le sait tout ça. Il fau­dra nous for­cer pour par­tir. Nous, on veut al­ler en Grande­bre­tagne. Pour­quoi n’y a t­il rien de pré­vu pour les ma­jeurs ? »

D’autres ma­raudes étaient or­ga­ni­sées dans la « Jungle » el­le­même par les ser­vices de l’of­fice fran­çais de l’im­mi­gra­tion et de l’in­té­gra­tion (Ofii) et de l’of­fice fran­çais de pro­tec­tion des ré­fu­giés et apa­trides (Of­pra). « On leur ex­plique qu’il faut qu’ils quittent Calais comme des mil­liers d’autres l’ont fait avant eux, et qui à 70 % ont ob­te­nu l’asile », in­sis­tait Pas­cal Brice, di­rec­teur gé­né­ral de l’of­pra. Mo­ha­mad, un autre Af­ghan par­ti en ville, est dé­jà convain­cu : « Je veux de­man­der l’asile, c’est pour ça que je suis ve­nu à Calais. À Pa­ris, il faut dor­mir sous les ponts. Ici, il y a des as­so­cia­tions et ça va vite pour la de­mande. »

La pré­fète du Pas­de­calais de­vait éga­le­ment ren­con­trer des chefs de com­mu­nau­té du camp dans l’après­mi­di, pour les in­for­mer du dis­po­si­tif.

Le tra­vail au­tour des mi­neurs iso­lés, su­jet cru­cial, se pour­sui­vait aus­si : 39 ont quit­té la « Jungle » pour la Grande­bre­tagne, hier, por­tant le to­tal des trans­ferts à 194 dans la se­maine, men­tion­nait Pierre Hen­ry, di­rec­teur gé­né­ral de France Terre d’asile. Sur ce to­tal, « 141 ont pu bé­né­fi­cier de la réuni­fi­ca­tion fa­mi­liale et 53, des jeunes filles ex­clu­si­ve­ment, ont été trans­fé­rées sa­me­di au titre de la vul­né­ra­bi­li­té », dé­taillait­il.

Après une nuit où des heurts spo­ra­diques – usuels – se sont pro­duits entre mi­grants et forces de l’ordre sur la ro­cade por­ tuaire, les jour­na­listes de toutes na­tio­na­li­tés af­fluaient à leur tour dans la « Jungle ».

« Une bonne par­tie des gens qui vont par­tir re­vien­dront »

De­vant le han­gar d’où par­ti­ront les mi­grants par au­to­car au­jourd’hui, des bar­rières dé­li­mitent les quatre files d’at­tente pré­vues pour les dif­fé­rents pu­blics (hommes seuls, fa­milles, vul­né­rables…). Des voi­tures de la sé­cu­ri­té ci­vile en­traient, hier, à in­ter­valles ré­gu­liers dans le pé­ri­mètre, si­tué à 300 m de l’en­trée la plus proche du cam­pe­ment, dans la zone in­dus­trielle coin­cée entre la ville et la ro­cade. « Le gou­ver­ne­ment rêve qu’en dé­trui­sant, ce­la va ré­gler le pro­blème mi­gra­toire, mais c’est une er­reur : une bonne par­tie des gens qui vont par­tir re­vien­dront, sans comp­ter qu’il y a tou­jours de nou­veaux ar­ri­vants, en­vi­ron 30 par jour », af­firme Fran­çois Guen­noc, viceprésident de l’au­berge des mi­grants, scep­tique de­vant cette opé­ra­tion.

Dans un cour­rier adres­sé aux as­so­cia­tions, le mi­nistre de l’in­té­rieur, Ber­nard Ca­ze­neuve, et la mi­nistre du Lo­ge­ment, Em­ma­nuelle Cosse, tentent de ras­su­rer, ré­af­fir­mant qu’une « pro­po­si­tion de mise à l’abri se­ra faite à chaque mi­grant » et que « si les forces de l’ordre se­ront na­tu­rel­le­ment pré­sentes […], leur mis­sion pre­mière se­ra d’as­su­rer la sé­cu­ri­té de tous ». ■

PHO­TO AFP

DÉ­PART. Entre 6.400 et 8.100 per­sonnes vont re­joindre des centres d’ac­cueil et d’orien­ta­tion.

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