En ré­gion, la perte d’em­plois va bon train

Les ré­formes suc­ces­sives font craindre une forte baisse des ef­fec­tifs che­mi­nots, en Li­mou­sin

La Montagne (Brive) - - Le Fait Du Jour - Sé­bas­tien Dubois se­bas­tien.dubois@cen­tre­france.com

Alors que les in­ves­tis­se­ments sur les centres d’en­tre­tien des TER se mul­ti­plient, le Li­mou­sin semble dé­lais­sé. Pour les syn­di­cats, l’em­ploi che­mi­not en ré­gion est me­na­cé. À tort ou à rai­son ?

«Di­rec­tion Saintes pour inau­gu­rer le nou­veau centre de main­te­nance des TER, mo­der­ni­sé par la Nou­velle­aqui­taine avec un in­ves­tis­se­ment de 4,9 M€ ». Ven­dre­di der­nier, Alain Rous­set an­non­çait dans un tweet, l’inau­gu­ra­tion, à Saintes, d’un éta­blis­se­ment lo­cal d’en­tre­tien. « L’ac­qui­si­tion glo­bale par la Ré­gion de 61 rames pour 485 M€ im­pli­quait l’amé­na­ge­ment d’un ate­lier de main­te­nance mo­der­ni­sé à Saintes, ré­pon­dant no­tam­ment aux exi­gences de ces nou­veaux ma­té­riels de haute tech­no­lo­gie et à la vo­lon­té d’of­frir une amé­lio­ra­tion de ser­vice aux usa­gers », ex­plique la Ré­gion. « Au to­tal, l’ac­qui­si­tion des nou­velles rames et la mo­der­ni­sa­tion des deux centres de Bor­deaux (25 M€) et de Saintes (10 M€) re­pré­sentent un in­ves­tis­se­ment glo­bal de 515 M€ », pré­cise le com­mu­ni­qué.

Les contrô­leurs et la main­te­nance me­na­cés

Mais ces in­ves­tis­se­ments, ajou­tés à la ré­forme ter­ri­to­riale, font craindre le pire pour l’em­ploi che­mi­not en Li­mou­sin. « Si on ajoute Saintes à l’inau­gu­ra­tion du Tech­ni­centre de Bor­deaux, on peut avoir des craintes de fu­sion », an­ti­cipe Be­noît Le­ma­te­lot, re­pré­sen­tant CGT che­mi­nots. Il n’est pas le seul. Dé­but oc­tobre, le syn­di­cat FO adres­sait au pré­sident de ré­gion, ain­si qu’au maire de Li­moges et au pré­sident de l’ag­glo­mé­ra­tion, une lettre re­pre­nant ­ peu ou prou ­ les mêmes in­quié­tudes. « Cette ques­tion de l’em­ploi est au centre des pré­oc­cu­pa­tions des che­mi­nots de la ré­gion Li­mou­sin », pointe la mis­sive. « C’est ab­so­lu­ment sans pré­cé­dent », juge Ar­naud Zer­bib, re­pré­sen­tant FO.

En cause, les ef­fets conjoints de la ré­forme ter­ri­to­riale, de la re­fonte de la SNCF et une ges­ tion RH très stricte. « On voit une vraie dé­crois­sance, on est dans une en­tre­prise qui re­nonce à des ac­ti­vi­tés », sou­ligne Ar­naud Zer­bib (FO). « Ain­si, à l’éta­blis­se­ment des contrô­leurs (ECT), l’an­nonce de la sup­pres­sion de 20 % des em­plois, 47 postes d’ici sep­tembre 2017, est alar­mante », ex­pli­cite­t­il dans la lettre.

« Po­ker men­teur »

« L’an­nonce du trans­fert de 40 % des charges de L’EMT (Éta­blis­se­ment ma­té­riel et trac­tion, NDLR) fait cou­rir le risque de perte d’em­plois au moins équi­va­lente », ajoute le cour­rier. « 35 rames Bor­deaux­li­moges qui étaient en­tre­te­nues ici risquent de ne plus l’être, ex­plique le cé­gé­tiste. Et comme Bor­deaux est neuf et qu’il est pré­vu, comme Saintes, pour la main­te­nance de Ré­gio­lis, on peut pen­ser que d’autres charges de tra­vail vont se dé­pla­cer ». Sai­sie par le cour­rier de FO, la Ré­gion veut se mon­trer à l’écoute. « Le Conseil ré­gio­nal a pris ses res­pon­sa­bi­li­tés de­puis long­temps », as­sure Re­naud La­grave, vice­pré­sident en charge des trans­ports.

« Les che­mi­nots sont vic­times d’un po­ker men­teur, avance Ar­naud Zer­bib. La Ré­gion po­li­tique veut faire des éco­no­mies et du coup, la Ré­gion SNCF nous dit qu’il faut faire at­ten­tion ». Entre les deux, le pro­lon­ge­ment de la con­ven­tion TER jus­qu’à fin 2018 a re­por­té à plus tard la ques­tion de la re­fonte des an­ciennes di­rec­tions ré­gio­nales du Li­mou­sin et de Poi­tou­cha­rentes. Mais pour les syn­di­cats, ce­la n’em­pêche pas la SNCF de pré­pa­rer le ter­rain et d’an­ti­ci­per. « Pour l’ins­tant, c’est dif­fi­ci­le­ment me­su­rable », nuance le re­pré­sen­tant FO. « Sous di­rec­tion RH : di­mi­nu­tion d’ef­fec­tif 30 %. Sous di­rec­tion Af­faires ter­ri­to­riales di­mi­nu­tion 40 %. Sous­di­rec­tion com­mer­ciale : di­mi­nu­tion 25 % », liste Be­noît Le­ma­te­lot, soit cinq postes sup­pri­més sur les 22 re­cen­sés dans la fu­sion ré­gio­nale des di­rec­tions. « La di­rec­tion ne prend pas en compte la réa­li­té des be­soins », ajoute le cé­gé­tiste.

« Le de­voir mo­ral » des élus lo­caux

« Les élus lo­caux ne peuvent pas être in­sen­sibles à la ré­duc­tion de l’em­ploi en ré­gion, veut croire son al­ter ego Force Ou­vrière. Ils ont quand même un de­voir mo­ral ». Mais des trois col­lec­ti­vi­tés sol­li­ci­tées par FO, seule la ré­gion a ac­cep­té de nous ré­pondre. « Le maire a pris acte de leur de­mande, mais ce­la ne fait pas par­tie de ses pré­ro­ga­tives », pointe la mu­ni­ci­pa­li­té de Li­moges. « On va ré­pondre à leur cour­rier et si be­soin, on les re­ce­vra, fait sa­voir l’ag­glo. On ne peut pas res­ter in­sen­sible à la dé­fense de l’em­ploi lo­cal ». La SNCF, elle, se mure dans le si­lence. « Rien n’est en­core ar­rê­té », ex­plique le ser­vice com­mu­ni­ca­tion. Même si le train de la perte d’em­plois semble dé­jà avoir sif­flé trois fois… ■

PHO­TO BRI­GITTE AZZOPARD

EM­PLOI. En Li­mou­sin, la conco­mi­tance des ré­formes ter­ri­to­riales et fer­ro­viaires crée des re­mous au­tour de l’em­ploi lo­cal.

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