« On est dans une so­cié­té du soup­çon »

L’as­so­cia­tion des mu­sul­mans de Beau­breuil a ou­vert ses portes, hier, à Li­moges

La Montagne (Brive) - - Limousin - Ma­rion Bu­zy ma­rion.bu­zy@cen­tre­france.com

Ce di­manche fe­ra date. Hier, pour la pre­mière fois, un pré­fet a pas­sé les portes de la salle de prière de l’as­so­cia­tion des mu­sul­mans de Beau­breuil. Son mes­sage : « Cette religion ne doit pas être stig­ma­ti­sée. »

Tout le monde a re­ti­ré ses chaus­sures. L’hor­loge des prières laisse deux bonnes heures avant le pro­chain ap­pel. Ra­chid Arab, le pré­sident de l’as­so­cia­tion des mu­sul­mans de Beau­breuil (AMB), prend la pa­role. Il est là pour pré­sen­ter L’AMB, mais, très vite, les at­ten­tats s’im­miscent dans son dis­cours. « Suite aux évé­ne­ments tra­giques qui ont se­coué la France, et per­pé­trés au nom de notre foi, un cli­mat de peur, de sus­pi­cion et de haine s’est ins­tal­lé chez nos conci­toyens non mu­sul­mans, ain­si qu’un ma­laise au sein de la com­mu­nau­té mu­sul­mane […]. L’is­lam n’ap­pelle pas à la haine de l’autre. Nous pou­vons vivre en­semble, quelles que soient nos ori­gines et nos croyances, en nous en­ri­ chis­sant de nos dif­fé­rences », lance, comme une prière, Ra­chid Arab.

« Dis­si­per les amal­games »

Citation de l’is­lam, qui « in­cite à al­ler les uns vers les autres », rap­pel d’une am­bi­tion loin d’être simple : « dis­si­per les amal­games et apai­ser les ten­sions »… Et, sur­tout, fier­té d’avoir dans son au­di­toire le pré­fet, Ra­phaël Le Mé­hau­té. Ce der­nier était ve­nu pour « prendre une main qui [lui] a été ten­ due » et « faire en sorte que cette religion, comme les autres, ne soit pas stig­ma­ti­sée en dé­pit des graves évé­ne­ments qui se sont pro­duits en son nom. »

« Qu’ils soient mu­sul­mans, ca­tho­liques ou pro­ tes­tants, tous les Fran­çais ont leur place dans la ci­té », a in­sis­té le re­pré­sen­tant de l’état.

Puis la salle a po­sé ses ques­tions. Ré­gu­la­ri­sa­tions de pa­piers, in­ves­tis­se­ment, em­ploi… Et deux constats par­ta­gés : « on est dans une so­cié­té du soup­çon », a no­tam­ment dé­plo­ré une ha­bi­tante. « Nous avons re­pé­ré un cer­tain nombre de per­sonnes qui posent pro­blème sur ce ter­ri­toire, et, je vous ras­sure, ce ne sont pas des mu­sul­mans comme il y en a une im­mense ma­jo­ri­té dans ce pays. Ce sont des gens qui […] connaissent quelques bribes de la religion mu­sul­mane et qui s’en­flamment pour faire du mal à la so­cié­té et cas­ser la co­hé­sion », a ar­gu­men­té le pré­fet.

Comment se sen­tir à nou­veau fran­çais ?

« Ça fait chaud au coeur », a­t­on lan­cé dans la salle, dont l’au­di­toire, tou­ché, a maintes fois re­mer­cié Ra­phaël Le Mé­hau­té pour sa consi­dé­ra­tion et sa ve­nue.

Mais une ques­tion, po­sée par un jeune du quar­tier, n’a pas vrai­ment trou­vé de réponse. « Comment faire pour que les Fran­çais qui ne se sentent plus Fran­çais, et qui se tournent vers l’ex­tré­misme, se sentent à nou­veau fran­çais ? » ■

PHO­TO T. JOUHANNAUD

RÉ­PU­BLIQUE. Le pré­fet (au mi­cro) a rap­pe­lé les va­leurs du pays : « la li­ber­té, re­li­gieuse, d’al­ler et ve­nir, d’ex­pres­sion… L’éga­li­té, entre les re­li­gions, entre les femmes et les hommes, de tous les ci­toyens quelle que soit leur cou­leur de peau. Et la fra­ter­ni­té. La fra­ter­ni­té, c’est le vivre en­semble, la co­hé­sion so­ciale. Elle s’ex­prime dans nos ins­ti­tu­tions, la sé­cu­ri­té so­ciale… Elle s’ex­prime au quo­ti­dien dans nos com­por­te­ments, dans le res­pect de l’autre. Le res­pect ré­ci­proque, c’est la source du vivre en­semble. »

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