Des pro­jets aux pe­tits soins du ter­ri­toire

Afin d’an­ti­ci­per la pé­nu­rie de mé­de­cins, deux mai­sons mé­di­cales vont naître à Cor­rèze et à Tulle

La Montagne (Brive) - - Pays De Tulle - Ju­lien Ba­chel­le­rie

A Cor­rèze et à Tulle, des pro­fes­sion­nels de san­té, réunis en as­so­cia­tions, ont mis sur les rails avec Tulle Ag­glo deux chan­tiers de mai­son de san­té.

Avec la pers­pec­tive des dé­parts à la re­traite im­mi­nents de mé­de­cins gé­né­ra­listes, plu­sieurs ini­tia­tives de mai­sons de san­té ont vu le jour sur le ter­ri­toire. L’ob­jec­tif : créer des struc­tures at­trac­tives pour in­ci­ter des pra­ti­ciens à ve­nir et ain­si lut­ter contre le risque de voir des dé­serts mé­di­caux s’ins­tal­ler. À Cor­rèze, une dy­na­mique entre pro­fes­sion­nels de san­té, la mu­ni­ci­pa­li­té et Tulle Ag­glo a per­mis de lan­cer le chan­tier de la fu­ture mai­son de san­té.

« Une ré­flexion était dé­jà en cours de­puis quelques an­nées puis nous avons eu connais­sance d’une étude ter­ri­to­riale com­man­dée par Tulle Ag­glo. C’est à par­tir de celle­ci que nous avons dé­ci­dé, en 2013, de créer l’as­so­cia­tion des pro­fes­sion­nels de san­té du Pays de Cor­rèze pour s’as­so­cier au pro­jet de la col­lec­ti­vi­té, qui sou­hai­tait fi­nan­cer la mai­son de san­té », re­trace le doc­teur Fré­dé­ric Bon­nette, pré­sident de la struc­ture et mé­de­cin gé­né­ra­liste ins­tal­lé sur la com­mune.

Une gé­né­ra­tion de mé­de­cins sur le dé­part

Comme les conclu­sions de l’étude de­man­dée par Tulle Ag­glo, le pra­ti­cien évoque la né­ces­si­té d’an­ti­ci­per les nom­breux dé­parts de mé­de­cins et de pro­po­ser, via un lieu pro­fes­sion­nel col­lec­tif, une formule at­trac­tive pour trou­ver des rem­pla­çants. « Le constat, c’est qu’une gé­né­ra­tion de mé­de­cins qui se sont ins­tal­lés en même temps est en train de par­tir et que ces dé­parts vont s’ac­cé­lé­rer. On voit que la formule des mai­sons de san­té ou mé­di­cales fonc­tionne bien dans les ter­ri­toires ru­raux comme le nôtre », in­dique­t­il.

Avec le temps, les at­tentes des pra­ti­ciens nou­vel­le­ment di­plô­més ­ tant pro­fes­sion­nelles que per­son­nelles ­ se sont pro­fon­dé­ment mo­di­fiées, pour­suit Fré­dé­ric Bon­nette, et il a fal­lu s’adap­ter : « Au­jourd’hui, les jeunes mé­de­cins sont en gé­né­ral peu fa­vo­rables à un exer­cice iso­lé et pré­fèrent tra­vailler en groupe. Sur­tout, ils sou­haitent de la dis­po­ni­bi­li­té pour leur vie per­son­nelle, ce que l’or­ga­ni­sa­tion en mai­son de san­té fa­ci­lite ».

« Il faut que ces pro­jets soient au dé­part por­tés par les pro­fes­sion­nels eux­mêmes »

Au jour d’au­jourd’hui, alors que le chan­tier de la fu­ture mai­son de san­té vient de dé­bu­ter pour une li­vrai­son pré­vue fin 2017, la com­mune de Cor­rèze compte trois mé­de­cins, dont un très pro­chai­ne­ment sur le dé­part. « Le pro­jet ini­tial pré­voit deux mé­de­cins, un den­tiste, deux ki­né­si­thé­ra­peutes et quatre ca­bi­nets in­fir­miers. Po­ten­tiel­le­ment, il pour­rait éga­le­ment ac­cueillir des va­ca­taires pé­di­cures­po­do­logues ou en­core des os­téo­pathes », pré­cise le pré­sident de l’as­so­cia­tion.

Pour Tulle Ag­glo, ce pro­jet de struc­ture in­ter­dis­ci­pli­naire per­met de créer de l’at­trac­ti­vi­té. « La mai­son de san­té est le mo­dèle le plus en vue pour don­ner en­vie de ve­nir sur nos ter­ri­toires. Mais pour que ce­la fonc­tionne, il faut ab­so­lu­ment que ces pro­jets soient au dé­part por­té par la dy­na­mique des pro­fes­sion­nels de san­té eux­mêmes », sou­ligne Maxime Bal­ler, di­rec­teur gé­né­ral ad­joint en charge des ser­vices et du dé­ve­lop­pe­ment à Tulle Ag­glo. Comme pour amor­cer le pro­jet de Cor­rèze, ce­lui de la mai­son de san­té de Tulle, dont le chan­tier a éga­le­ment com­men­cé, s’est éga­le­ment ap­puyé sur l’as­so­cia­tion de pro­fes­sion­nels Tulle San­té, pré­si­dée par le doc­teur Joëlle Cha­ze­las.

« Si, dans les grandes lignes, on re­trouve des as­pects si­mi­laires pour ces deux mai­sons de san­té, cha­cune met au point son propre pro­jet de soins. À Tulle, on est ce­pen­dant dans une ap­proche ur­baine tan­dis qu’à Cor­rèze, l’ap­proche est da­van­tage can­to­nale », pré­cise le res­pon­sable de Tulle Ag­glo. Dans les deux cas, les lo­caux fi­nan­cés par des fonds pu­blics sont loués aux pro­fes­sion­nels de san­té.

Pour le doc­teur Fré­dé­ric Bon­nette, ces mo­dèles ré­pondent au contexte ac­tuel et aux chan­ge­ments de so­cié­té : « Ce sont des ou­tils souples, qui per­mettent éga­le­ment d’ac­cueillir des mé­de­cins à mi­temps. L’idée étant de conti­nuer à avoir une offre de soins sur le ter­ri­toire à plu­sieurs. Avec notre col­lègue qui va par­tir, si ma col­la­bo­ra­tri­

ce ne s’était pas in­ves­tie dans ce pro­jet, je ne me voyais pas res­ter seul à Cor­rèze. »

En­clen­cher un cercle ver­tueux

Afin de confor­ter l’at­trac­ti­vi­té de ces fu­tures struc­tures de Cor­rèze et de Tulle, beau­coup misent sur la for­ma­tion. Le doc­teur Bon­nette, no­tam­ment, as­sure le rôle de tu­teur pour des étu­diants sta­giaires. « Sans par­ler de trou­ver des jeunes mé­de­cins en­clins à s’ins­tal­ler, ça per­met de trou­ver éven­tuel­le­ment des rem­pla­çants. Et puis de se re­mettre en ques­tion, aus­si ! » Cô­té étu­diants, Tulle Ag­glo en­vi­sage par ailleurs de ré­no­ver le foyer d’hé­ber­ge­ment des in­ternes rue du Four­ni­vou­let.

« La po­li­tique du ca­va­lier seul au ni­veau de la com­mune n’est plus de mise. Il faut mu­tua­li­ser », es­time Mi­chel Jau­lin. Si le pre­mier vice­pré­sident à Tulle Ag­glo se fé­li­cite de la concré­ti­sa­tion de ces deux mai­sons de san­té, il sou­ligne éga­le­ment la né­ces­si­té de voir le maillage ter­ri­to­rial de ma­nière glo­bale : « Il faut conser­ver l’idée d’un pro­jet de san­té com­mu­nau­taire et bâ­ti dans la com­plé­men­ta­ri­té, c’es­tà­dire avec les struc­tures pri­vées, comme no­tam­ment à Seil­hac, et des mai­sons mé­di­cales, plus pe­tites. On es­père en­clen­cher un cercle ver­tueux ». ■

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