Plu­sieurs dé­fis

La Montagne (Brive) - - France & Monde - BER­NARD STÉ­PHAN ber­nard.ste­phan@cen­tre­france.com

En ap­pa­rence le dé­man­tè­le­ment de la jungle de Calais ré­pond à la double vo­lon­té de la ma­jo­ri­té des Fran­çais et de la po­pu­la­tion du Ca­lai­sis. Elle pa­raît as­sez simple : re­cen­se­ment des po­pu­la­tions, re­grou­pe­ment fa­mi­lial ou par af­fi­ni­tés, em­bar­que­ment dans des bus de convoyage et ré­par­ti­tion dans des centres d’ac­cueil un peu par­tout sur le ter­ri­toire. Mais cette mé­ca­nique, bien hui­lée sur le pa­pier, peut se heur­ter à trois obs­tacles : le pre­mier c’est le re­fus des mi­grants de s’éloi­gner de Calais, le se­cond c’est l’op­po­si­tion des No Bor­der, le troi­sième c’est le re­fus des as­so­cia­tions de so­li­da­ri­té.

Le dé­man­tè­le­ment est­il une as­su­rance de sup­pres­sion des camps sau­vages sur la côte le long de la Manche ? Une pre­mière réponse est four­nie par l’his­toire ré­cente. La fer­me­ture de San­gatte en dé­cembre 2002 n’a pas mis fin aux re­grou­pe­ments de mi­grants, bien au contraire. On est ar­ri­vé à la si­tua­tion ac­tuelle, 6.000 per­sonnes qui ont ain­si conver­gé vers ce coin de France, fuyant les zones de conflits avec un seul ob­jec­tif ; pas­ser la Manche pour ga­gner le Royaume­uni.

Fer­mer la jungle est­ce l’as­su­rance de la fin des re­grou­pe­ments de mi­grants ? L’exé­cu­tif veut y croire pour trois rai­sons. Pre­miè­re­ment lorsque San­gatte a été dé­man­te­lé, les mi­grants n’ont pas été pris en charge par les pou­voirs pu­blics. Là, ils vont être re­lo­ca­li­sés dans des centres. Deuxiè­me­ment, 70 % des 6.000 ré­fu­giés de la jungle sont éli­gibles au droit d’asile en France. Troi­siè­me­ment, cette opé­ra­tion doit dé­mon­trer que Calais est une im­passe et ain­si ta­rir le flux.

Cette dé­ci­sion pose plu­sieurs dé­fis. D’abord faut­il re­né­go­cier les ac­cords du Tou­quet ? Le pré­sident de la Ré­pu­blique n’y est pas fa­vo­rable. Ren­voyer la fron­tière de Schen­gen au Royaume­uni crée­rait un ap­pel d’air avec ex­pul­sion mas­sive des mi­grants vers la France, une fois qu’ils au­raient mis le pied en An­gle­terre. En­suite elle met au dé­fi les élus lo­caux d’ac­cueillir les mi­grants dans la sé­ré­ni­té. En prin­cipe ils ne res­te­ront dans les centres que trois mois et ils vont être ac­com­pa­gnés dans leurs dé­marches. Une phase ca­pi­tale dans un contexte où les in­quié­tudes ont été exa­cer­bées ces der­niers mois.

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