Les doutes de Jean-paul De­na­not

A Stras­bourg, le groupe so­cia­liste pour­rait ne pas vo­ter le bud­get

La Montagne (Brive) - - Limousin Actualité - Flo­rence Cla­vaud-pa­rant

Con­fron­té à une struc­ture tech­no­cra­tique de moins en moins li­sible, le dé­pu­té eu­ro­péen et ex-pré­sident du Li­mou­sin plaide pour une nou­velle Eu­rope… plus consen­suelle et moins égoïste.

Après deux ans et de­mi pas­sés au Par­le­ment eu­ro­péen, Jean­paul De­na­not livre une vi­sion de l’eu­rope tein­tée d’es­poir, mais aus­si d’amertume, alors que le groupe so­cia­liste au­quel il ap­par­tient pour­rait ne pas vo­ter le pro­chain bud­get.

« L’eu­rope de­vient de plus en plus une ad­di­tion d’états et pas une en­ti­té à part en­tière, ex­plique l’an­cien pré­sident de la ré­gion Li­mou­sin. Chaque état dé­fend son bif­teck. Il semble pour l’ins­tant im­pos­sible, à 28 ou 27, de construire une Eu­rope co­hé­rente. »

Pre­mier exemple, a prio­ri éclai­rant : la ges­tion de la crise mi­gra­toire. « Il n’y a tou­jours pas d’har­mo­ni­sa­tion eu­ro­péenne sur ce su­jet. Il n’est pas ac­cep­table de ne pas ai­der la Grèce. On est nom­breux, au Par­le­ment, à de­man­der la ré­vi­sion de la dette grecque, no­tam­ment pour cet­ te rai­son », ex­plique JeanPaul De­na­not qui doit ani­mer, le 6 dé­cembre, une réu­nion in­ter­par­le­men­taire sur les ser­vices pu­blics. « Le vice­pré­sident du par­le­ment grec m’a de­man­dé de les ai­der à main­te­nir leurs ser­vices pu­blics. Il semble es­sen­tiel d’avoir une ré­ponse co­hé­rente. »

Une co­hé­rence qui man­que­rait sin­gu­liè­re­ment à l’union eu­ro­péenne sur tous les su­jets ou presque, et no­tam­ment sur la ques­tion bud­gé­taire, alors que les cré­dits de paie­ment (des fonds struc­tu­rels no­tam­ment) ac­cusent une baisse spec­ta­cu­laire, faute d’avoir été consom­més dans les dé­lais par cer­tains états. « Le Par­le­ment eu­ro­péen n’a au­cune pos­si­bi­li­té de vo­ter des re­cettes, nous sommes contraints d’al­ler faire des trous dans des dé­penses pour com­bler d’autres trous. Je suis in­ter­ve­nu pour dire que nous étions hé­mi­plé­giques et je mi­lite pour que l’on ait en­fin nos res­sources propres, que l’on puisse vo­ter des re­cettes comme le font, chez nous, les col­lec­ti­vi­tés. »

Si l’élu li­mou­sin dresse un bi­lan glo­ba­le­ment po­si­tif de la pre­mière par­tie de son man­dat, il n’en cache pas moins de nom­breux re­grets. « Le fonc­tion­ne­ment bu­reau­cra­tique et tech­no­cra­tique de la com­mis­sion est éton­nant. L’eu­rope a l’art de com­pli­quer les choses. Par exemple, un ap­pel à pro­jet vient d’être lan­cé pour une ex­pé­ri­men­ta­tion sur la mo­bi­li­té longue des ap­pren­tis : 200 pages ré­di­gées en an­glais qui ne laissent au­cune ou­ver­ture pos­sible et ne règlent pas les pro­blèmes ad­mi­nis­tra­tifs. Or un ap­pren­ti n’est pas payé de la même fa­çon en Rou­ma­nie, en Bul­ga­rie, en France… »

Fau­drait­il alors in­ven­ter une autre Eu­rope ? « Oui, ré­pond Jean­paul De­na­not, une Eu­rope plus consen­suelle avec moins d’égoïsmes d’états. Il fau­drait aus­si re­voir son mode de gou­ver­nance, donc re­voir les trai­tés. Mais ça, c’est une autre af­faire… » ■

PHO­TO BRI­GITTE AZZOPARD

JEAN-PAUL DE­NA­NOT. ai­der la Grèce. » « Il n’est pas ac­cep­table de ne pas

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