Des son­deurs très pru­dents

À dé­sor­mais quatre se­maines du pre­mier tour

La Montagne (Brive) - - France & Monde Actualités -

Alain Jup­pé pointe lar­ge­ment en tête des son­dages, mais le risque d’er­reur, plus éle­vé pour ce type de consul­ta­tion, oblige les ins­ti­tuts à adap­ter leurs mé­thodes et à res­ter pru­dents.

Bons ou mau­vais pour eux, les son­dages sont sui­vis at­ten­ti­ve­ment par les can­di­dats à la pri­maire de la droite. Pour les spé­cia­listes, ils ont d’ailleurs même plus d’in­fluence sur le ré­sul­tat fi­nal que pour un scru­tin clas­sique.

Les en­quêtes sur les élec­tions pri­maires pré­sentent deux dif­fi­cul­tés.

La pre­mière porte sur la taille ré­duite du corps élec­to­ral. Se­lon les es­ti­ma­tions de 2,5 à 3,5 mil­lions d’élec­teurs de­vraient par­ti­ci­per les 20 et 27 no­vembre à la pri­maire or­ga­ni­sée par le par­ti Les Ré­pu­bli­cains, sur un to­tal de 45 mil­lions d’ins­crits sur les listes élec­to­rales.

Échan­tillon élar­gi

Pour sai­sir cet élec­to­rat, les son­deurs doivent donc élar­gir leur échan­tillon ha­bi­tuel, qui passe de 1.000 per­sonnes pour un son­dage clas­sique à en­vi­ron 10.000, voire plus de 18.000 pour « l’en­quête élec­to­rale » de l’ins­ti­tut Ip­sos. De ce vi­vier est ti­ré un sous­échan­tillon d’en­vi­ron 700 per­sonnes qui se disent « cer­taines » de par­ti­ci­per à la pri­maire.

Les per­sonnes in­ter­ro­gées doivent in­di­quer leur dé­ter­mi­na­tion à vo­ter sur un ba­rème de 0 à 10 et seules celles si­tuées à 9 et 10 sont prises en compte.

À l’ap­proche du vote, les ins­ti­tuts peuvent af­fi­ner leur dis­po­si­tif. « Si les gens nous disent qu’ils vont al­ler vo­ter mais ne savent tou­jours pas la date ou les condi­tions pour par­ti­ci­per, on peut pen­ser que c’est une vel­léi­té qui ne se concré­ti­se­ra pas », sou­ligne Jé­rôme Sainte­ma­rie, pré­sident de Pol­ling­vox.

L’autre dif­fi­cul­té est la « flui­di­té » de cet élec­to­rat, compte te­nu du peu de dif­fé­rences, sur le fond, entre les can­di­dats à droite.

« C’est plus fa­cile de pas­ser d’un vote Fillon à un vote Jup­pé ou Sar­ko­zy que de pas­ser d’un vote Mé­len­chon à un vote Jup­pé. On est sur la même fa­ mille po­li­tique, c’est lo­gique que la flui­di­té des in­ten­tions de vote soit plus forte », ana­lyse Jean­fran­çois Do­ri­dot, di­rec­teur gé­né­ral d’ip­sos.

Le fait que la pri­maire de LR soit la pre­mière du genre à droite em­pêche par ailleurs les son­deurs de pon­dé­rer leurs ré­sul­tats en fonc­tion de ceux de scru­tins pré­cé­dents comme ils le font ha­bi­tuel­le­ment.

Des sur­prises ?

Dans ces condi­tions, les der­nières se­maines avant le vote peuvent­elles ré­ser­ver des sur­prises dans le duel qui op­pose Jup­pé à Sar­ko­zy pour la can­di­da­ture à droite ?

« La si­tua­tion a quand même l’air as­sez fi­gée, avec une forte avance de l’un des can­di­dats, mais le pas­sé ré­ cent montre qu’il peut y avoir des évo­lu­tions très ra­pides », note J.­F. Do­ri­dot. Fin août, l’écart Jup­péSar­ko­zy s’était net­te­ment res­ser­ré après l’an­nonce de la can­di­da­ture de l’ex­chef de l’état...

« À par­tir d’un mo­ment, on est dans une lo­gique de con­fir­ma­tion », sou­ligne Jé­rôme Sainte­ma­rie, pour qui « une pri­maire, c’est un casting. La vraie ques­tion est de sa­voir “quel est ce­lui par­mi les can­di­dats qui nous ga­ran­tit d’être qua­li­fié pour le se­cond tour” ».

Les son­dages sur les in­ten­tions de vote au 1er tour de l’élec­tion pré­si­den­tielle elle­même sont donc es­sen­tiels pour le choix des élec­teurs à la pri­maire. « C’est tout à fait dé­ter­mi­nant, c’est ce qui fe­ra la dif­fé­rence entre les can­di­dats », as­sure Jé­rôme Sainte­ma­rie.

Toutes les en­quêtes ré­centes sur la pré­si­den­tielle donnent Jup­pé en me­sure de se qua­li­fier pour le se­cond tour, voire d’ar­ri­ver en tête au 1er de­vant Ma­rine Le Pen (Jup­pé 37 %, Le Pen 29 %, se­lon le der­nier BVA). Ce qui joue sur­tout en dé­fa­veur de Fillon et Le Maire, qui pa­raissent net­te­ment dis­tan­cés par le duo de tête.

À six mois du scru­tin, les in­ten­tions de vote pour la pré­si­den­tielle res­tent ce­pen­dant très fra­giles, l’« offre élec­to­rale » – les can­di­da­tures – n’étant fixée ni à droite ni à gauche. ■

PHO­TO AFP

TEN­DANCE. Les chiffres sont im­pla­cables : Jup­pé de­vance Sar­ko­zy. Mais au fi­nal, quel se­ra l’écart ?

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