La Nièvre, la terre d’élec­tions de Fran­çois Mit­ter­rand

Le dé­par­te­ment qui l’a élu pen­dant 35 ans l’a aus­si un peu ou­blié

La Montagne (Brive) - - France & Monde Actualités - Jean-phi­lippe Ber­tin jean-phi­lippe.ber­tin@cen­tre­france.com

Fran­çois Mit­ter­rand et la Nièvre : l’his­toire au­ra du­ré un de­mi-siècle. L’ac­tion de l’an­cien pré­sident de la Ré­pu­blique peut se suivre pas à pas sur tout le dé­par­te­ment. Son em­preinte, dans le sou­ve­nir des Nivernais, s’ef­face, elle, peu à peu.

L’his­toire s’est écrite, comme sou­vent en po­li­tique, à par­tir d’un pa­ra­chu­tage. Ce n’est pas Mit­ter­rand qui a choi­si la Nièvre, le ha­sard l’a fait pour lui. Elle était ce ter­ri­toire qui lui of­frait un siège à l’as­sem­blée na­tio­nale. C’était en 1946 et l’idylle du­re­ra un de­mi­siècle. Une vie, celle d’un élu qui se­ra par­le­men­taire, conseiller gé­né­ral, pré­sident du con­seil gé­né­ral, maire de Châ­teau­chinon, cette ca­pi­tale du Mor­van au­quel son nom res­te­ra à ja­mais lié.

Que reste­t­il au­jourd’hui de ses amours ? Outre, bien sûr, celles que lui prê­tait sa ré­pu­ta­tion de sé­duc­teur. Magny­cours et son cir­cuit. Or­phe­lin de For­mule 1 mais tou­jours en piste pour de nom­breuses com­pé­ti­tions. Bi­bracte l’an­tique ci­té des Éduens, site mon­dia­le­ment connu sur les flancs du Mont­beu­vray où il au­rait rê­vé de se faire in­hu­mer, à l’ombre d’un chêne, avant que ce pro­jet éven­té ne soit contra­rié. La scie­rie de Sou­gy­sur­Loire, en 1986 la plus mo­derne d’eu­rope. Elle au­ra mis des dé­cen­nies à at­teindre le ni­veau que les pro­messes de l’époque lui pré­di­saient. Châ­teau­chinon et son em­blé­ma­tique « Vieux Mor­van » que le temps au­rait pu voir dis­ pa­raître et qui nour­rit plus au­jourd’hui les gas­tro­nomes que les sou­ve­nirs. Il y a le mu­sée du Sep­ten­nat qui réunit les ca­deaux de ses deux man­dats à l’ély­sée, mais qui n’a ja­mais at­teint la fré­quen­ta­tion que la ri­chesse de sa col­lec­tion pour­rait faire rê­ver. La fon­taine de Ni­ki de Saint Phalle qui rap­pelle sym­bo­li­que­ment, de­vant la mai­rie mor­van­delle, la pas­sion du pré­sident pour l’art. Et puis Châ­teau­chinon, ce sont aus­si quelques usines fer­mées, celles que la manne pré­si­den­tielle avait of­fertes à cette ré­gion ru­rale.

En 35 ans, d’écoles en salle des fêtes, de gym­nases en routes re­tra­cées, Fran­çois Mit­ter­rand au­ra créé, es­sai­mé, ini­tié sur le ter­ri­toire nivernais. Mais au­jourd’hui, l’his­toire re­tient peu de ses pa­ter­ni­tés. Ses bras droits de l’époque, sur le ter­ri­toire, sont d’ho­no­rables oc­to­gé­naires, les jeunes loups qu’il por­tait dans ses ba­gages vont bien­tôt souf­fler leurs soixante bou­gies. La gé­né­ra­tion Mit­ter­rand a vieilli. Elle s’est dis­soute dans le temps. La com­mé­mo­ra­tion du 10 mai 1981 ne ras­semble qu’une poi­gnée de fi­dèles, nos­tal­giques. Le 8 jan­vier, date an­ni­ver­saire de son dé­cès, ne se rap­pelle au sou­ve­nir des Nivernais qu’à tra­vers les rares images té­lé­vi­sées de Jar­nac. Même l’as­cen­sion de la roche de So­lu­tré dans la Saône­et­loire voi­sine a de­puis long­temps été ef­fa­cée par le ras­sem­ble­ment des « fron­deurs » au MontBeu­vray.

Cruelle mé­moire col­lec­tive qu’illustre bien Ne­vers. La pré­fec­ture de la Nièvre, celle qui au­ra si sou­vent ac­cueilli Fran­çois Mit­ter­rand, a pré­ser­vé avec ten­dresse la mé­moire d’un autre homme po­li­tique. Un pa­ra­chu­té, comme lui, ce­lui qu’il avait en­voyé comme son sherpa en Nivernais, Pierre Bé­ré­go­voy. ■ « Un dé­cor ample et rude »

Fran­çois Mit­ter­rand avait trou­vé son havre de paix dans les Landes, à Lat­ché. Dans , où il évoque ré­gu­liè­re­ment la Nièvre, on dé­couvre qu’il vou­lait faire du Mor­van, de Glux-en-glenne, son nid d’amour. Il écrit en fé­vrier 1964 : « J’y ai re­te­nu là, en prin­cipe, une grange aban­don­née […] éloi­gnée de tout ha­meau et en sur­plomb d’une pro­fonde val­lée qui va vers la Bour­gogne. Sans doute n’en fe­rai-je rien. J’aime son­ger qu’en l’amé­na­geant, j’y vi­vrais une vraie so­li­tude au soir de mes sa­me­dis ha­ras­sants, que par­fois j’y re­ce­vrais ceux qui, rares, sont ma vie même avec la mu­sique, avec les formes et les livres. Tous mes che­mins mènent à vous : dans ce dé­cor ample et rude j’ai pen­sé (il fau­drait écrire, j’ai rê­vé) que je vous y at­ten­drais… »

PHO­TO FRED LONJON

CH­TEAU-CHINON. Face au buste de son père, Gil­bert Mit­terr­rand est ve­nu cé­lé­brer le 10 mai 2016, le 35e an­ni­ver­saire de son élec­tion à la pré­si­dence de la Ré­pu­blique.

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