Mar­gue­rite, Teillard au fé­mi­nin

La Montagne (Brive) - - Actualité - So­phie Le­clan­ché so­phie.le­clanche@cen­tre­france.com

Elles ont en com­mun l’en­fance au­ver­gnate, la proxi­mi­té d’un ca­fé pa­ri­sien et le père Teil­hard de Char­din. Suf­fi­sam­ment pour que Marie-jo­sèphe Con­chon en­tre­prenne de ra­con­ter Mar­gue­rite Teillard-cham­bon.

Avec ou sans « h », si, dans la fa­mille Teillard, vous de­man­dez la fille, vous tom­be­rez im­man­qua­ble­ment sur Mar­gue­rite, dite Mi­mi, dite Né­nette, dite Guitte et, plus sé­rieu­se­ment, Claude Ara­gon­nès, son nom de plume. Si vous de­man­dez le fils, évi­dem­ment vous croi­se­rez Pierre, avec un « h ». La pre­mière était Cham­bon, le se­cond de Char­din, ils étaient cou­sins ger­mains et de­puis l’aube nais­sante du XXE siècle, in­tel­lec­tuel­le­ment fu­sion­nels. Unis, in Ch­ris­to Je­su, les cou­sins le sont aus­si dans une sem­blable cu­rio­si­té pour leurs contem­po­rains et la né­ces­si­té de l’ac­tion comme de l’élé­va­tion spi­ri­tuelle. « Tu se­ras […], lui écri­vait­il, à Noël 1923, un mé­lange de “mys­tique” et de femme de lettres qui pour­ra dé­rou­ter les clas­si­fi­ca­tions. »

Ce que fut ma­ni­fes­te­ment Mar­gue­rite Teillard telle que la ra­conte la Can­ta­lienne d’ori­gine Marie­jo­sèphe Con­chon dans un tout pre­mier ou­vrage nour­ri de cor­res­pon­dances, de té­moi­gnages, de do­cu­ments ex­hu­més d’archives.

Agré­gée de lettres qui prend, en 1904, dans la pé­riode trou­blée « des lois Combes », la di­rec­tion de l’ins­ti­tu­tion pa­ri­sienne Notre­dame­des­champs, « Marg » a à coeur d’ali­gner la qua­li­té de l’en­sei­gne­ment libre des jeunes filles sur ce­lui of­fert par le pu­blic. Ce à quoi elle s’em­ploie pen­dant une quin­zaine d’an­nées jus­ qu’à l’épui­se­ment, avant de li­vrer son pre­mier ro­man La Loi du faible (1925) sa­lué par le prix Mon­tyon de l’aca­dé­mie fran­çaise.

Tan­dis qu’elle conti­nue comme elle s’en fait la pro­messe « de consa­crer sa vie à l’en­sei­gne­ment » (des lettres, en l’oc­cur­rence), Mar­gue­rite pour­suit aus­si son oeuvre mi­li­tante au ser­vice des jeunes filles à tra­vers no­tam­ment l’union des mai­sons chré­tiennes d’édu­ca­tion fé­mi­nine puis avec les équipes so­ciales d’un autre Au­ver­gnat, Ro­bert Gar­ric, Nor­ma­lien qui oeuvre dans les quar­tiers dé­fa­vo­ri­sés. Jour­na­liste amie de Mar­gue­rite, Léon­tine Zan­ta re­laye les ac­tions du mou­ve­ment qui vise à « ai­der toutes celles, employées et ou­vrières, à com­plé­ter leur édu­ca­tion pro­fes­sion­nelle, leur culture gé­né­rale […] ».

Prix Fé­mi­na

Tou­jours ten­due vers « la pro­mo­tion du rôle des femmes dans la so­cié­té », l’au­ver­gnate, membre de l’union na­tio­nale pour le vote des femmes, mi­lite ac­ti­ve­ment, de­puis les an­nées vingt, pour que les femmes puissent jouir des pré­ro­ga­tives de tout ci­toyen.

Bio­graphe, entre autres, de Lin­coln et de Ma­dame de Main­te­non, l’ex­élève de Berg­son ob­tient le prix Fé­mi­na en 1938 pour son Marie d’agoult, une des­ti­née ro­man­tique. Huit ans plus tard, elle de­vient elle­même membre du ju­ry du prix Fé­mi­na. En 1959, elle met un point fi­nal à l’oeuvre qui lui tient sans doute le plus à coeur, la com­pi­la­tion des lettres de guerre de feu son cher cou­sin, Pierre. Et c’est en li­vrant La Gé­nèse d’une pen­sée qu’elle rend l’âme à ce Dieu qu’elle a aus­si tant ai­mé. ■

Re­pères. Mar­gue­rite Teillard­cham­bon, de Marie-jo­sèphe Con­chon. Édi­tions Sal­va­tor, 332 pages, 22,50 eu­ros.

DR

LETTRES. « Marg » et son cou­sin Pierre ont en­tre­te­nu une longue et éclai­rante re­la­tion épis­to­laire.

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