Un car­re­four d’échanges en plein village

Der­nier bar dans la com­mune, le Ca­fé de la place a été re­pris par Jé­rôme Fou­gea­net

La Montagne (Brive) - - Pays De Tulle C'est Ma Tournée - Sa­rah Bour­le­tias

Presse, ta­bac, bar, taxi et po­tins… Plus qu’un com­merce de proxi­mi­té, le Ca­fé de la place à Chamboulive est un vrai car­re­four d’échanges entre les ha­bi­tants.

Il l’avait an­non­cé un soir au pa­tron des lieux : « Un jour, ici, ce se­ra chez moi. » Vingt ans après, Jé­rôme Fou­gea­net l’a fait. Ce Cham­bou­li­vois d’ori­gine a re­pris, il y a dix mois, le Ca­fé de la place, le seul bar en­core en ac­ti­vi­té à Chamboulive. « C’était un peu ma crise de la qua­ran­taine », plai­sante le te­nan­cier. « J’ai été ma­na­ger dans la grande dis­tri­bu­tion puis, un jour, j’ai eu be­soin de chan­ge­ment. » Ce qui ne fut pas pour dé­plaire aux ha­bi­tants.

Il n’est pas en­core dix heures du ma­tin qu’une di­zaine de clients se presse au­tour du comp­toir, ca­fés sur le zinc. « C’est ici qu’on ap­prend toutes les nou­velles du coin », pré­vient d’em­blée Alain, un ha­bi­tué. « On dé­bat sur les pro­chaines élec­tions, la chasse, les cham­pi­gnons, le club de foot… Tout y passe ! »

« On ap­prend toutes les nou­velles du coin »

Même l’état ci­vil. Ce ma­tin­là, quel­qu’un in­forme les ha­bi­tués du dé­cès d’une ha­bi­tante. Par­mi ceux­ci, il y a Mau­rice, 90 ans. Ce­lui que l’on sur­nomme la « mé­moire du village » passe tous les jours au ca­fé. « Je ne viens pas pour consom­mer, mais au moins, je suis au cou­rant de tout ce qu’il se passe par ici ! »

Les « ac­tua­li­tés lo­cales » ne sont pas les seuls atouts du bar. Presse, ta­bac, jeux à grat­ter et même taxi, Jé­rôme Fou­gea­net a mul­ti­plié ses ac­ti­vi­tés, cons­cient de la dif­fi­cul­té qu’im­plique le main­tien d’un com­merce en zone ru­rale. « La vente de bois­sons ne re­pré­sente que 15 % de mon chiffre d’af­faires. Pour te­nir bou­tique, je n’ai d’autres choix que de cu­mu­ler les ser­vices. »

Mais en­core une fois, l’offre est ap­pré­ciée des Cham­bou­li­vois. Ils sont nom­breux à ve­nir, chaque ma­tin, ache­ter le jour­nal, comme Ma­rie­ai­mée. « C’est mon ri­tuel. Il est im­por­tant de conser­ver des lieux comme ce­lui­ci dans un village. » Un avis par­ta­gé par l’en­semble des clients, d’au­tant plus que le Ca­fé de la place a bien failli dis­pa­raître. « L’an­cien pro­prié­taire était ma­lade, il ne pou­vait plus ou­vrir tous les jours ni même pro­po­ser des ani­ma­tions », in­dique Jé­rôme Fou­gea­net.

« Tis­ser du lien »

Cet été, ce sont 150 per­sonnes qui ont investi la ter­rasse du bar à l’oc­ca­sion d’un concert. « Ce qui est as­sez énorme pour Chamboulive. J’or­ga­nise aus­si des concours de be­lote, des dé­gus­ta­tions de vin, des pro­jec­tions de matchs… »

Ces évé­ne­ments tissent du lien entre les ha­bi­tants. « Si on en­lève un bis­trot alors qu’il est le der­nier à ou­vrir, on tue un village ! », consi­dère ain­si Alain. Et Pau­lo, un ha­bi­tué du lieu, d’ajou­ter : « Sans le Ca­fé de la place, Chamboulive, ce se­rait un peu la mi­sère. »

Il faut dire que l’éta­blis­se­ment, ouvert avant la Se­conde Guerre mon­diale, est une ins­ti­tu­tion. Cha­cun se sou­vient des mo­ments pas­sés à « jouer au flip­per », té­moigne Ro­se­lyne, une cliente. Ou bien lorsque le Ca­fé de la place était un « pas­sage obli­gé » dans le « tour des tro­quets », pré­cise Alain. Il y a qua­rante ans, ils étaient en­core huit à Chamboulive. ■

REN­CONTRES. Les clients af­fluent de bonne heure au Ca­fé de la place, dans une am­biance convi­viale et cha­leu­reuse, aux cô­tés de Jé­rôme Fou­gea­net, le pa­tron des lieux.

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