Sped­ding : « J’ai pris un dur che­min »

En­tre­tien avec l’ar­rière de L’ASM, qui avait dé­bu­té dans l’hexa­gone au CABCL

La Montagne (Brive) - - Sports Rugby - Ch­ris­tophe Bu­ron

Ab­sent de­puis une com­mo­tion su­bie à Tou­lon le 25 sep­tembre, Scott Sped­ding ef­fec­tue­ra son re­tour à la com­pé­ti­tion sur la pe­louse de son pre­mier club en France. Émo­tions ga­ran­ties.

De son ar­ri­vée, sans le sou, à Brive à l’âge de 22 ans, à son sta­tut d’in­ter­na­tio­nal tri­co­lore et pièce ma­jeure de L’ASM, Scott Sped­ding n’a pas for­cé­ment em­prun­té des voies toutes tra­cées. L’homme est sen­sible, gé­né­reux et na­tu­rel­le­ment tour­né vers les autres. Il re­vient dé­jà sur son in­dis­po­ni­bi­li­té… alors qu’il al­lait très bien.

■ Comment va la tête après votre K.-O. à Tou­lon ? Ça va mieux (sou­rires). Ce n’était pas un énorme choc mais avec le nou­veau pro­to­cole, il était obli­ga­toire de res­ter trois se­maines au re­pos. Ce n’était pas grave. Dès le len­de­main j’al­lais bien, seule­ment, au­jourd’hui il faut res­pec­ter les 21 jours sans con­tact.

■ Êtes-vous fa­vo­rable à ce nou­veau pro­to­cole ? Bien sûr, il faut pro­té­ger les joueurs. C’est une bonne chose même si dans mon cas, c’est un peu frus­trant car je n’avais au­cun symp­tôme et je n’avais au­cun pro­blème ap­pa­rent. J’avais en­vie de jouer, mais j’ai aus­si en­core plus en­vie d’avoir une vie après le rugby. Je com­prends le nou­veau dis­po­si­tif qui évite ain­si de prendre le moindre risque avec la san­té des joueurs.

« Je suis à 100 % d’ac­cord avec le nou­veau pro­to­cole »

■ Vous re­trou­vez la com­pé­ti­tion pour al­ler à Brive. Que re­pré­sente en­core au­jourd’hui cette équipe pour vous ? C’est un club qui m’a beau­coup don­né quand j’y suis ar­ri­vé très jeune en pro­ve­nance de mon pays (2008, à 22 ans) pour jouer avec les Es­poirs. J’ap­pré­cie beau­coup ce club et j’ai tou­jours des amis à Brive, même en de­hors du rugby.

■ Comment aviez-vous at­ter­ri à Brive ? Ouh là, je ne sais pas trop. J’ai été con­tac­té… il y a très long­temps, je ne me sou­viens pas trop. Le club vou­lait me faire ve­nir pour jouer avec les Es­poirs et j’ai trou­vé que l’op­por­tu­ni­té était in­té­res­sante de dé­cou­vrir autre chose que le rugby sud­afri­cain. Ve­nir en France me sem­blait être une belle ex­pé­rience.

■ Ve­nir seul, loin de chez vous, dans un pays très dif­fé­rent, ce­la a dû être dif­fi­cile ? C’était très com­pli­qué au dé­but. Je ne par­lais pas du tout le fran­çais et je ne con­nais­sais per­sonne. Et je n’avais pas d’ar­gent. Je me sou­ viens que mon père m’en en­voyait chaque mois pour que je m’en sorte. Quand tu es jeune et que tu n’as pas beau­coup de choix, tu fais avec.

■ Son­gez-vous à la car­rière que vous au­riez faite si vous étiez res­té en Afrique du Sud ? Je ne pense pas trop à ça. Le che­min que j’ai pris était dur et com­pli­qué. Par­fois je me suis de­man­dé pour­quoi je conti­nuais, car j’ai vé­cu des mo­ments dif­fi­ciles. Mais je me suis ac­cro­ché, je n’ai pas lâ­ché. Pe­tit à pe­tit, j’ai réus­si à m’en sor­tir et à cons­truire dou­ce­ment ma car­rière. Si ça va bien pour moi au­jourd’hui, ça n’a pas tou­jours été le cas.

■ Êtes-vous tou­jours ac­tif pour votre as­so­cia­tion « Em­preinte-afrique»? Bien sûr, en­fin quand je peux. Je l’ai d’ailleurs créé quand j’étais à Brive. Le club, et no­tam­ment Simon Guil­ham (vice­pré­sident), m’a ai­dé à lan­cer cette aven­ture. Au dé­but de l’as­so­cia­tion, en 2011, il y avait Ja­mie Noon et Jean­bap­tiste Pé­joine, deux joueurs du CAB, qui étaient avec moi. Au­jourd’hui, je suis tout seul comme rug­by­man, mais il y a pas mal de gens en France qui m’aident.

■ Est-ce im­por­tant pour vous d’ai­der les en­fants sud-afri­cains à tra­vers votre as­so­cia­tion ? Je suis un pri­vi­lé­gié, qui vit de sa pas­sion et je sais qu’ailleurs dans le monde, beau­coup de gens souffrent. Je fais ce que je peux pour ai­der les autres et no­tam­ment les pe­tits. ■ Pour­quoi ai­der les en­fants ? Parce qu’ils n’ont rien de­man­dé à per­sonne et ce n’est pas leur choix de vivre dans des condi­tions très mau­vaises. Et puis, quand j’ai vu ce foyer en Afrique du Sud, pas très loin de chez mes pa­rents, faire au­tant pour ces en­fants dé­fa­vo­ri­sés, ça m’a bri­sé le coeur. J’ai tout de suite eu en­vie de les ai­der.

■ Pour fi­nir, on ima­gine votre im­pa­tience d’être à di­manche au Sta­dium ? Ah oui alors. Mais pour nous, ça va être un der­by très dur. Je trouve Brive très cos­taud cette sai­son. Ils ont dé­jà fait de grosses per­for­mances. Mais on sait exac­te­ment où on va. On sait à quoi s’at­tendre ce di­manche en Corrèze. ■

PHOTO FRANCK BOI­LEAU

RE­TOUR. Cinq se­maines après son der­nier match, Scott Sped­ding est prêt à plon­ger à nou­veau dans le grand bain du Top 14.

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