Pour le bon­heur d’un goû­ter en paix

Femmes et en­fants ont quit­té l’irak pour re­joindre les pères ar­ri­vés à Brive il y a un an

La Montagne (Brive) - - Brive Vivre Sa Ville - Émi­lie Auffret

Dans le cadre d’une « réuni­fi­ca­tion » fa­mi­liale, quatre fa­milles ira­kiennes ont pu se re­trou­ver à Brive. Les mères et les en­fants ont re­joint les pères il y a un mois. Ren­contre au­tour d’un goû­ter.

Une ri­bam­belle d’en­fants courent en riant au­tour des tables où trônent des pe­tites dou­ceurs pour le goû­ter. Ri­taj et Ka­rar, 4 ans, Ma­nar, 9 ans, Ta­bark et Fa­had, 8 ans, Ra­ghad, 5 ans et sa pe­tite soeur Sha­had, 3 ans sont ar­ri­vés d’irak avec leurs mères, il y a un peu plus d’un mois. Dans le cadre d’une « réuni­fi­ca­tion » fa­mi­liale, épouses et en­fants ont pu re­trou­ver les pères dé­bar­qués à Brive il y a un an. « Je me sou­vien­drai tou­jours de la ren­contre avec eux, sur le quai de la gare avec leurs… 38 va­lises », se rap­pelle Jean­mi­chel Ber­nard, di­rec­teur de l’as­so­cia­tion Le Roc, char­gée de leur ac­cueil.

« Quand j’ai su qu’elles nous re­joi­gnaient, j’ai dan­sé ! »

Au­tour de ce goû­ter, il fait connais­sance avec les en­fants mais aus­si avec les épouses Aya, Aw­ham, Ar­wa et Reem. Il s’ac­crou­pit de­vant chaque pe­tit. « Bon­jour, moi c’est Jean­mi­chel. Et toi ? On fait la bise ou on se sert la main ? », leur de­mande­t­il avec au­tant de gestes pour se faire com­prendre. Abel Ma­diane, tra­duc­teur, est sur le point de re­joindre le pe­tit groupe pour fa­ci­li­ter les échanges avec les pre­miers ré­fu­giés ira­kiens dé­bar­qués en Cor­rèze.

Les hommes ont mis entre 25 et 45 jours de­puis l’irak pour re­joindre l’al­le­magne via la Tur­quie, la Hon­grie… À pied, en bus, en train. « Une dé­lé­ga­tion fran­çaise est en­suite ve­nue les cher­cher pour les em­me­ner à Pa­ris. À ce mo­ment­là, près de 200 per­sonnes ont été trans­fé­rées », in­dique Mo­ha­nad, un des quatre pères de fa­milles ori­gi­naires de Ker­ba­la et de Bag­dad. Et une an­née en­tière sé­pa­ ré de sa fa­mille, c’est long. « Nous avions peur pour eux car la si­tua­tion là­bas était très dif­fi­cile. Il n’était pas fa­cile non plus de com­mu­ni­quer. Mais Ade­line (Lire par ailleurs), nous a beau­coup ai­dé », ajoute­t­il. Hai­der a, lui aus­si, mal vé­cu la sé­pa­ra­tion. « Quand j’ai su qu’elles nous re­joi­gnaient, j’ai dan­sé », lance­t­il dans un grand sou­rire.

Ce qu’ils ap­pré­cient le plus ici : la sé­cu­ri­té bien sûr mais c’est avec une belle pointe d’hu­mour que Ya­sir ajoute : « Il n’y a pas de cou­pure d’élec­tri­ci­té, plai­sante­t­il. Mais le plus im­por­tant pour un être hu­main, c’est la sé­cu­ri­té et la pos­si­bi­li­té d’une édu­ca­tion ap­pro­priée pour ses en­fants ».

Les quatre fa­milles sont lo­gées à Brive, aux Cha­pé­lies no­tam­ment. Les en­fants vont à l’école de­puis trois se­maines et pour la plu­part, c’est la pre­mière fois qu’ils y mettent les pieds. Que pensent­ils de leur nou­veau cadre de vie ? « Comme par­tout, il y a des cô­tés po­si­tifs et né­ga­tifs, note Ya­sir. Les Cor­ré­ziens sont ac­cueillants, ils ne re­jettent pas l’autre. Il n’y a pas de pro­blème de vivre en­semble et Brive est une très jo­lie pe­tite ville. En re­vanche, en ce qui concerne les dé­marches ad­mi­nis­tra­tives tout est com­pli­qué. Les loyers et l’ameu­ble­ment coûtent chers. Dans des villes plus grandes, des ré­fu­giés ont ac­cès à des uni­ver­si­tés pour ap­prendre le fran­çais ». Car la clé, c’est la langue. Ils suivent tous des cours mais ils ai­me­raient que ça aille plus vite. Les hommes connaissent dé­jà quelques mots et par­viennent à se faire com­prendre. Ya­sir a même quelques no­tions de por­tu­gais puis­qu’il joue dans l’équipe de foot­ball des Por­tu­ gais de Brive.

Pour eux, une nou­velle vie com­mence. Ya­sir ne re­garde même plus ce qu’il se passe dans son pays d’ori­gine. « Il n’y a que des men­songes et ce­la fait dé­jà très long­temps qu’on éponge des men­songes ». D’autres, comme Hai­der, jettent tou­jours un oeil à l’ac­tua­li­té ira­kienne sou­vent si­nistre. Mais tous gardent le sou­rire avec la convic­tion pro­fonde d’avoir eu beau­coup de chance. ■

PHO­TOS FRÉ­DÉ­RIC LHERPINIÈRE

À BRIVE. Sept pe­tits ré­fu­giés ira­kiens dé­couvrent l’école fran­çaise de­puis trois se­maines.

PHO­TO FRÉ­DÉ­RIC LHERPINIÈRE

MÉ­TIERS. En Irak, ils étaient comp­tables, fonc­tion­naires, mé­ca­ni­ciens, po­li­ciers.

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