« La ba­taille la plus dure, c’est celle qui ar­rive »

La Montagne (Brive) - - Le Fait Du Jour - Sé­ve­rine Per­rier

GM & S en li­qui­da­tion

Ils l’ont ap­pris hier ma­tin : les em­ployés de GM &S, à La Sou­ter­raine, sont pla­cés en li­qui­da­tion ju­di­ciaire avec pour­suite d’ac­ti­vi­té pen­dant trois se­maines. Le temps pour le tri­bu­nal d’exa­mi­ner l’offre de GMD, le temps pour les sa­la­riés de la faire évo­luer. En se mo­bi­li­sant de plus belle pour une der­nière ba­taille : « la plus dure, la plus belle ».

«Tout le monde à la tô­le­rie ! » : 10 h 20, hier, à l’usine GM & S de­vant le lo­cal de la CGT. Le tri­bu­nal de com­merce de Poi­tiers s’est pro­non­cé sur l’ave­nir de l’usine. Il laisse un quart d’heure aux re­pré­sen­tants syn­di­caux pour réunir les sa­la­riés avant de la rendre pu­blique : pas ques­tion que les gars de GM & S l’ap­prennent au­tre­ment (ces der­niers mois, cer­taines nou­velles leur sont par­ve­nues par voie de presse…).

« La dé­ci­sion du tri­bu­nal n’est pas celle qu’on at­ten­dait, lance alors maître Bo­rie, l’avo­cat des sa­la­riés. La li­qui­da­tion ju­di­ciaire, pour nous, ce n’est pas une sur­prise, on le sa­vait, compte te­nu des dif­fi­cul­tés de tré­so­re­rie. Mais dans le cas d’une li­qui­da­tion, il peut y avoir une pour­suite d’ac­ti­vi­té pour trois mois, qui peut être pro­lon­gée de trois mois sup­plé­men­taires. Ce ma­tin, le tri­bu­nal s’est conten­té de pro­non­cer la li­qui­da­tion et d’or­don­ner une pour­suite d’ac­ti­vi­té uni­que­ment pour trois se­maines. Ce n’est pas beau­coup mais peut­être qu’elle pour­ra être pro­lon­gée une nou­velle fois. Dans ce dos­sier, on a connu tel­le­ment de re­bon­dis­se­ments… »

Alors un de plus… Les GM & S comptent bien s’y em­ployer en tout cas pour que si re­bon­dis­se­ment il doit y avoir, il soit en leur fa­veur. Car si la li­qui­da­tion pro­non­cée hier met fin à la pé­riode de re­dres­se­ment ju­di­ciaire dans le­quel l’usine était pla­cée de­puis dé­cembre, elle ne signe pas la fin du com­bat. Bien au contraire. Le tri­bu­nal sta­tue­ra le 19 juillet sur la ou les offres. Mais d’ici là, « pour nous, au­jourd’hui, il y a deux ob­jec­tifs, dé­clare l’avo­cat. D’abord vis­à­vis de GMD pour qu’il amé­liore son offre en terme de nombre d’em­plois re­pris, en­suite pour que des dis­cus­sions s’en­gagent avec les pou­voirs pu­blics afin que ceux qui res­te­raient sur le car­reau soient in­dem­ni­sés. » « Ça ne va pas nous mettre la tête sous l’eau, on l’a dé­jà »

Non, la ba­taille n’est pas fi­nie : « en dé­cembre, Peu­geot avait dé­ci­dé de tuer GM & S, pour­suit l’avo­cat en di­rec­tion des sa­la­riés. Vous vous êtes bat­tus. Vous avez ob­te­nu la sur­vie du site. C’est une vic­toire pour vous. Si rien n’avait été fait, ça se­rait dé­jà fi­ni. Rien n’est per­du. Rien n’est fi­ni. Tout com­mence au­jourd’hui ». Et les com­bat­tants de la pre­mière heure ne disent pas autre chose. « Cette dé­ci­sion du tri­bu­nal, ça confirme un peu ce qui s’était dit hier (jeu­di), lâche Yann Au­gras. Ça ne va pas nous mettre la tête sous l’eau : on l’a dé­jà. Oui, c’est la der­nière ligne droite qui s’an­nonce mais du vi­rage, on va en sor­tir “comme une balle”.

On va se ser­rer les coudes en­core plus fort. On va ta­per sur l’état, sur les construc­teurs. Hors de ques­tion que les gens partent une main de­vant, une main der­rière. On est en Creuse, on n’est pas à Lyon : il n’y a pas de bou­lot ici. Alors, quand on en­tend Ben­ja­min Gri­veaux (se­cré­taire

d’état à l’éco­no­mie) dire qu’il y au­ra des for­ma­tions “plus plus plus”, on ne va pas tous al­ler poin­ter en étant in­gé­nieur ! Qui com­mande en France ? C’est Ma­cron ou les deux Car­los (*) ? Ça fait douze ans qu’on nous tape sur la gueule. Au­jourd’hui, ça va bien ! La ba­taille la plus dure mais aus­si la plus belle pour nous, c’est celle qui ar­rive. Et on va se battre jus­qu’au bout. On va se­couer Mar­ti­neau (PDG

de GMD), c’est un in­dus­triel mais c’est aus­si un ru­sé. Comme a dit maître Bo­rie : “on avait mal à la tête, on nous a don­né une as­pi­rine”. Oui, le pe­tit mal de tête va par­tir mais on ne nous a pas anes­thé­siés pour au­tant. » « Un grand coup » à Pa­ris

Et il ne fau­dra pas long­temps pour s’en rendre compte. Les gars de GM & S ne sont pas de ceux qu’on en­dort à coup de belles pa­roles ou de coups sur la tête. Hier après­mi­di, si­tôt une nou­velle as­sem­blée gé­né­rale pas­sée, les GM & S et leurs sou­tiens ont tous pris la di­rec­tion de Pôle em­ploi pour y re­ti­rer cha­cun un dos­sier d’ins­crip­tion. « Bien­tôt, on se­ra là de toute fa­çon », sou­pire un des sa­la­riés. Puis di­rec­tion la gare pour une der­nière ma­ni­fes­ta­tion sur le quai. Mais pas ques­tion d’y res­ter, à quai. « Là, on en­caisse le ju­ge­ment mais lun­di, on dé­ci­de­ra de la suite, ex­plique Vincent La­brousse. On a de­man­dé à voir Mar­ti­neau le plus ra­pi­de­ment pos­sible. On veut aus­si une nou­velle réunion avec l’état et il faut des dis­cus­sions pour que Re­nault et PSA montent la charge. » Dès lun­di, d’ailleurs, une nou­velle ac­tion pour­rait être me­née. En at­ten­dant de frap­per « un grand coup » mer­cre­di et jeu­di à Pa­ris. Parce qu’une nou­velle ba­taille com­mence.

PHO­TOS MA­THIEU TI­JE­RAS

MO­BI­LI­SA­TION. Aba­sour­dis, oui, as­som­més, non. Pas ques­tion de bais­ser les bras après l’an­nonce du tri­bu­nal. Dès l’après-mi­di, les GM & S ont lan­cé une nou­velle ac­tion : sym­bo­li­que­ment, ils sont al­lés à Pôle em­ploi re­ti­rer cha­cun un dos­sier d’ins­crip­tion.

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