Ces ar­ti­sans qui visent l’ex­cel­lence

La Montagne (Brive) - - La Une - PHO­TO PAS­CAL PERROUIN

Maître ton­ne­lier de­puis dix ans, Alain Gi­rard est cer­ti­fié Meilleur ou­vrier de France (MOF) de­puis 2007, une fa­çon pour lui de va­li­der son sa­voir­faire.

Ce concours conti­nue d’at­ti­rer de nom­breux can­di­dats, qui y voient un dé­fi à re­le­ver mais aus­si une belle re­con­nais­sance pro­fes­sion­nelle.

Le titre de Meilleur Ou­vrier de France (MOF) est une ins­ti­tu­tion qui porte beau ses 93 ans. Il conti­nue d’at­ti­rer de nom­breux can­di­dats chaque an­née, a for­tio­ri de­puis qu’il est re­con­nu comme di­plôme d’état de ni­veau bac + 2. Exemple d’un par­cours avec le Li­mou­geaud Sté­phane Bon­neau, MOF en 2011 dans la ca­té­go­rie mo­de­lage (por­ce­laine).

Il est au­tant ar­tiste qu’ar­ti­san. Et de­puis 2011, il peut se tar­guer d’être l’un des meilleurs ou­vriers de France, re­con­nu comme tel par ses pairs. Li­mou­geaud d’adop­tion de­puis l’âge de 13 ans, Sté­phane Bon­neau ne s’en vante pour­tant pas. Pas le genre de la mai­son, lui qui parle d’une voix douce et que l’on de­vine ai­sé­ment dis­cret et ré­ser­vé.

Et pour­tant, il est un mo­de­leur hors pair, qui a dé­cou­vert sa vo­ca­tion très jeune. « J’ai tou­jours ai­mé des­si­ner et sculp­ter. Un jour, alors que j’avais 13 ans, quel­qu’un de ma fa­mille qui était mo­de­leur m’a mon­tré son mé­tier. Ce fut le coup de foudre. J’ai su tout de suite que c’était ce que je vou­lais faire ».

Ni une ni deux, Sté­phane quitte ses Deux­sèvres na­tales et passe un CAP de mo­de­lage au ly­cée pro­fes­sion­nel du MasJam­bost à Li­moges. Comme il sort ma­jor de sa pro­mo­tion, il est im­mé­dia­te­ment re­cru­té par une en­tre­prise de por­ce­laine. Il a 17 ans et de­mi, il fait ce qu’il aime.

Les mo­de­leurs étant es­sen­tiels dans le pro­ces­sus créa­tif (ils sont à l’ori­gine des pièces, qu’ils conçoivent d’abord en terre avant d’en tes­ter la cuis­son avec la pâte à por­ce­laine), le tra­vail ne manque pas. D’ailleurs, Sté­phane « fe­ra » deux autres en­tre­prises avant d’at­ter­rir chez Ber­nar­daud voi­ci… vingt­quatre ans. Le jeune ap­pren­ti a en ef­fet bien gran­di, puis­qu’il a au­jourd’hui 52 ans. Sur le tard, il dé­cide de pré­pa­rer le concours de maître d’art, qu’il réus­sit, en 2010 (*). C’est dé­jà un tour de force, puisque ce titre est as­sez rare : la France n’en compte que 107, tous mé­tiers confon­dus !

« Il faut au moins quinze ans de pra­tique pour de­ve­nir un bon mo­de­leur »

L’an­née sui­vante, il tente le concours de MOF. Il fran­chit l’épreuve ré­gio­nale pré­li­mi­naire, et pré­sente en­suite une oeuvre de son choix : les can­di­dats re­te­nus au ni­veau ré­gio­nal ont un an pour pré­sen­ter un tra­vail au ju­ry na­tio­nal. Cette oeuvre, une li­tho­pha­nie, lui a de­man­dé 300 heures de tra­vail… ef­fec­tuées sur ses temps de re­pos et de loi­sirs, puisque Sté­phane a évi­dem­ment conti­nué d’exer­cer en en­tre­prise. Le ju­ry tranche et lui dé­cerne le titre de MOF, qui donne droit à une mé­daille re­mise gé­né­ra­le­ment à Pa­ris, au

mi­nis­tère de l’édu­ca­tion na­tio­nale pour Sté­phane.

« J’ai vou­lu ten­ter le concours de MOF pour voir ce dont j’étais ca­pable. C’était un dé­fi per­son­nel. L’avoir obtenu est une fier­té, bien sûr ». Pour au­tant, ce­la n’a pas bou­le­ver­sé sa vie, même si un mo­de­leur MOF at­tire plus fa­ci­le­ment les clients. C’est donc tout bé­né­fice pour Ber­nar­daud.

Reste que Sté­phane est au­jourd’hui re­con­nu dans le mi­lieu. En 2002, il a eu le pri­vi­lège de faire des dé­mons­tra­tions au Ja­pon. et, bien en­ten­du, il a tou­jours veillé à trans­mettre son sa­voir­faire, sa­chant « qu’il faut au moins quinze ans de pra­tique pour de­ve­nir un bon mo­de­leur ». Il est donc chef mo­de­leur dans son en­tre­prise.

Ju­ré lors de concours

C’est aus­si tout na­tu­rel­le­ment qu’il est sol­li­ci­té pour faire par­tie des ju­rys de MOF. Il l’était ain­si pas plus tard que la se­maine der­nière, lors d’une épreuve éli­mi­na­toire ré­gio­nale, au ly­cée du Mas­jam­bost.

Et si l’in­dus­trie de la por­ce­laine a man­gé son pain blanc, les mo­de­leurs sont re­cher­chés. « C’est jus­te­ment en temps de crise que nous, mo­de­leurs, sommes utiles, puisque nous créons des pièces qui pour­ront sus­ci­ter l’in­té­rêt ».

Si les mo­de­leurs sont donc à l’ori­gine d’une pièce, ils peuvent aus­si évi­dem­ment ré­pondre à des com­mandes. « Je tra­vaille bien sûr en étroite col­la­bo­ra­tion avec ma di­rec­tion, qui par­fois me de­mande s’il est pos­sible de faire telle ou telle chose », ex­plique Sté­phane.

De fait, ce der­nier re­grette que trop peu de mo­de­leurs tentent le concours de MOF, lui qui est le seul en Li­mou­sin à pos­sé­der ce titre dans son mé­tier. Il est vrai que ce­la de­mande un très im­por­tant in­ves­tis­se­ment per­son­nel. Pas sûr que les jeunes gé­né­ra­tions soient prêtes à faire quelques sa­cri­fices…

(*) Dé­fi­ni­tion of­fi­cielle : un maître d’art est un pro­fes­sion­nel d’ex­cel­lence qui maî­trise des tech­niques et des sa­voir­faire ex­cep­tion­nels. Il est re­con­nu par ses pairs pour son ex­pé­rience, son ex­per­tise et ses com­pé­tences pé­da­go­giques. Il doit être ca­pable de trans­mettre ses connais­sances et son tour de main à un élève afin qu’il les per­pé­tue.

PHO­TO BRI­GITTE AZZOPARD STÉ­PHANE BON­NEAU. Cet ar­tiste/ar­ti­san est un mo­de­leur hors pair, maître d’art et meilleur ou­vrier de France, qui fait ré­gu­liè­re­ment par­tie de ju­rys de ce titre, comme ici à Li­moges la se­maine der­nière.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.