« On conçoit le groupe comme un la­bel »

Le pré­sident fon­da­teur du groupe El­san, Jé­rôme Nou­za­rède, est dé­sor­mais à la tête du pre­mier groupe d’hos­pi­ta­li­sa­tion pri­vée en France. En­tre­tien.

La Montagne (Brive) - - Limousin - Franck Char­vais franck.char­vais@cen­tre­france.com

El­san, le 2e groupe d’hos­pi­ta­li­sa­tion pri­vée de France, vient de ra­che­ter Mé­di­pôle Par­te­naires, un autre co­losse du sec­teur. Cette fu­sion place El­san comme le cham­pion toute ca­té­go­rie de l’hos­pi­ta­li­sa­tion pri­vée en France. In­ter­view de son PDG. ■ Quelle stra­té­gie a gui­dé ce ra­chat ? Cette opé­ra­tion avait la pré­fé­rence des ac­tion­naires de Mé­di­pôle Par­te­naires, des sa­la­riés et des mé­de­cins. Ils y voient une lo­gique mé­tier, une lo­gique in­dus­trielle conformes à l’es­prit qui les ca­rac­té­rise. Ce qui nous réunit c’est le soin comme l’in­dique la si­gna­ture de groupe : « Notre san­té au­tre­ment ». Cette fu­sion vise à construire une nou­velle re­la­tion avec nos pa­tients et à ac­com­pa­gner nos pra­ti­ciens dans l’exer­cice de la mé­de­cine de de­main. On conçoit le groupe comme un la­bel.

■ Éco­no­mi­que­ment, le pri­vé fonc­tionne-t-il comme le pu­blic ? Nous sommes un sec­teur ré­gu­lé. Au­tre­ment dit, l’état et l’as­su­ran­ce­ma­la­die fixent nos ta­rifs et donnent les au­to­ri­sa­tions. Notre mé­tier, c’est la ges­tion dé­lé­guée du ser­vice pu­blic. La France a la chance d’avoir le sec­teur pri­vé le plus dé­ve­lop­pé d’eu­rope, ce qui offre à notre sys­tème de san­té de pou­voir mar­cher sur deux pieds et d’of­frir le libre choix aux pa­tients. Quand on fait des en­quêtes d’opi­nion, les Fran­çais plé­bis­citent aus­si bien l’hô­pi­tal que le pri­vé. Dans beau­coup de villes, les gens ne font au­jourd’hui qua­si­ment plus la dif­fé­rence entre le pri­vé et le pu­blic.

■ Les baisses ta­ri­faires on­telles au­tant af­fec­té le pri­vé que le pu­blic ? On a une éco­no­mie par­ti­cu­lière en rai­son de l’ob­jec­tif na­tio­nal des dé­penses d’as­su­rance­ma­la­die (ONDAM). Comme la de­mande ne cesse d’évo­luer en rai­son de la chro­ni­ci­té des pa­tho­lo­gies et l’évo­lu­tion des tech­niques, on se trouve dans une si­tua­tion où pour conju­guer l’évo­lu­tion de cette de­mande et le main­tien contin­gen­té par L’ONDAM, on ar­rive à des ta­rifs né­ga­tifs. Sur les trois der­nières an­nées, nous avons per­du 7 %. Pour sou­te­nir ces baisses ta­ri­faires et dé­ga­ger des sy­ner­gies, la seule ré­ponse était les re­grou­pe­ments d’éta­blis­se­ments.

■ Une ques­tion de sur­vie pour cer­taines cli­niques pri­vées ? Le terme de sur­vie est un peu fort. Les re­grou­pe­ments ré­pondent à un mou­ve­ment dé­fen­sif en terme de la mu­tua­li­sa­tion des achats. Il y a éga­le­ment un as­pect of­fen­sif avec l’in­no­va­tion. ■ Que va chan­ger cette nou­velle fu­sion ? Il n’y au­ra pas chan­ge­ment. Au­jourd’hui les cli­niques ont des iden­ti­tés ex­trê­me­ment fortes. Notre seul ob­jec­tif est de don­ner aux éta­blis­se­ments la pos­si­bi­li­té d’in­ves­tir.

■ Vous dé­fi­nis­sez l’in­no­va­tion comme un des pi­liers de votre iden­ti­té. Quels chan­tiers me­nez-vous pour en­ri­chir vos pres­ta­tions ? L’in­no­va­tion fait par­tie de L’ADN du groupe. Il y a une mu­ta­tion so­cio­lo­gique et so­cié­tale, un be­soin de trans­pa­rence et d’ac­com­pa­gne­ment que nous avons très tôt pris en compte. Nous sommes en train de construire des or­ga­ni­sa­tions pour ac­com­pa­gner les pa­tients avant et après hos­pi­ta­li­sa­tion. Les pa­tients sont en at­tente d’une offre de san­té mo­derne, per­son­na­li­sée, connec­tée et pré­ven­tive, qui va les ame­ner à être ac­teurs de leur san­té. El­san en­tend dé­pas­ser le rôle d’opé­ra­teur de soins pour de­ve­nir un par­te­naire de san­té.

Nous avons aus­si in­ves­ti dans ce qui était en­core ré­cem­ment de la scien­ce­fic­tion : la ro­bo­tique et la chi­rur­gie aug­men­tée par l’image par exemple. On cou­ple­ra dé­sor­mais l’image réelle des or­ganes avec des images de syn­thèse de si­mu­la­tion en 3D. Pen­dant l’opé­ra­tion, le pra­ti­cien se­ra en ca­pa­ci­té de mieux se re­pé­rer. Nous tra­vaillons éga­le­ment sur tous les ou­tils à même de dé­ve­lop­per la té­lé­mé­de­cine afin de cou­vrir les ter­ri­toires à l’aban­don. Au­jourd’hui grâce à la col­la­bo­ra­tion entre éta­blis­se­ments, il y a plu­sieurs ac­ti­vi­tés qui sont tou­jours pré­sentes à Gué­ret grâce à la ve­nue des

pra­ti­ciens de Li­moges.

■ Quel rôle joue au­jourd’hui les cli­niques pri­vées dans le sys­tème de soin en France ? Le sec­teur pri­vé soigne 34 % des pa­tients hos­pi­ta­li­sés et réa­lise plus de la moi­tié des in­ter­ven­tions chi­rur­gi­cales. En chi­rur­gie et can­cé­ro­lo­gie, les parts de mar­ché sont plu­tôt 50/50. Le pri­vé contri­bue à la sou­te­na­bi­li­té de notre sys­tème de pro­tec­tion so­ciale. Il est donc né­ces­saire de pré­ser­ver la li­ber­té de choix pour le pa­tient.

■ Quels sont les axes de co­opé­ra­tion entre le pri­vé et le

pu­blic ? Il y a beau­coup de nou­velles formes de co­opé­ra­tion. Rai­son pour la­quelle il n’y a pas lieu de les op­po­ser. Il y a une forme d’ému­la­tion pro­pice à l’amé­lio­ra­tion des soins, à la di­mi­nu­tion des dé­lais. À Gué­ret par exemple, nous avons ma­rié notre des­tin. Nous avons re­cons­truit la cli­nique et l’hô­pi­tal sur un même site, le bloc opé­ra­toire est com­mun. Fi­na­le­ment nous avons ad­di­tion­né nos forces plu­tôt que l’in­verse. D’une si­tua­tion dra­ma­tique, nous dis­po­sons d’un pôle san­té qui s’est mis à re­cru­ter. ■ Là aus­si, la sur­vie des éta­blis­se­ments est en jeu ? On ne se sauve pas aux dé­pens des autres. C’est une ques­tion d’évo­lu­tion du mode de san­té. Mais il ne faut pas jouer l’au­truche. Quand je ren­contre des doyens, des di­rec­teurs d’hô­pi­taux pu­blics, des maires, j’évoque l’im­por­tance d’avoir des CHU sur leur ter­ri­toire qui per­mettent de fixer les mé­de­cins et la for­ma­tion. Et s’il n’y a pas de co­opé­ra­tion, un jour se po­se­ra la ques­tion de conser­va­tion du U (uni­ver­si­taire) pour cer­tains CHU. De­puis quelques an­nées, nous avons d’ailleurs la ca­pa­ci­té d’ac­cueillir des in­ternes dans le cadre de se­mestre va­li­dant. C’était d’au­tant plus né­ces­saire que le nu­me­rus

clau­sus a dou­blé en dix ans et que les hô­pi­taux n’ont plus as­sez de stages.

■ On ac­cuse sou­vent le sec­teur pri­vé de faire de l’ar­gent… Ce n’est ab­so­lu­ment pas le cas. On soigne les mêmes pa­tients que dans le pu­blic, il n’y a au­cune dis­cri­mi­na­tion. Nous avons des cli­niques où 27 % sont des CMU. Quand j’en­tends ce­la, mes poils se hé­rissent. Les dé­pas­se­ments d’ho­no­raires n’ont ja­mais été un élé­ment em­pê­chant les gens de se faire soi­gner. La di­ver­si­té, c’est la ri­chesse.

■ Se­lon vous, à quoi res­sem­ble­ront les cli­niques de de­main ? La ré­vo­lu­tion se­ra celle de la trans­for­ma­tion de la re­la­tion entre le monde mé­di­cal et les pa­tients. De­main, les pa­tients sou­hai­te­ront com­pa­rer, éva­luer nos prises en charge, comme ils le font dé­jà pour d’autres ser­vices. De­main, les cli­niques ne se­ront plus seule­ment ju­gées au nombre d’actes mais sur leur ex­cel­lence et l’état de san­té des pa­tients après leur sé­jour. Notre groupe a un pro­jet : pas­ser du soin à la san­té. Au coeur de notre stra­té­gie, il y a l’ac­com­pa­gne­ment per­son­na­li­sé de nos pa­tients à chaque étape de leur par­cours, jus­qu’au re­tour à do­mi­cile, avec un sui­vi di­gi­tal et des ser­vices adap­tés. Nous al­lons contri­buer à faire évo­luer la pra­tique mé­di­cale et la qua­li­té des soins, no­tam­ment par le dé­ve­lop­pe­ment de la mé­de­cine de pré­ci­sion. Tout ce­la im­plique de ré­in­ven­ter nos mé­tiers, d’ima­gi­ner de nou­velles formes de proxi­mi­té, de pen­ser des or­ga­ni­sa­tions in­no­vantes adap­tées aux modes de vie des pa­tients. De­main, avec l’am­bu­la­toire, qui ré­pond à une ré­duc­tion de coût, on au­ra be­soin de moins de ca­pa­ci­té d’hos­pi­ta­li­sa­tion. Nos éta­blis­se­ments pour­ront dès lors ser­vir de lieu de ré­pit en rai­son du vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion. ■

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