La­porte : « Ça ne peut plus du­rer ! »

La Montagne (Brive) - - Brive - Re­cueilli par Ch­ris­tophe Bu­ron

Lors du con­grès fé­dé­ral de Bourges, le pre­mier de sa man­da­ture, le pré­sident Ber­nard La­porte a pris le temps de lis­ter les dif­fi­cul­tés du rugby fran­çais et don­ner les voies qu’il en­tend em­prun­ter pour re­do­rer le bla­son du XV de France.

Il y a deux su­jets qui fâchent Ber­nard La­porte : la perte sèche de li­cen­ciés en un an (16.550, dont 10.395 dans les écoles de rugby), un vé­ri­table dé­clin, et l’image de plus en plus dé­gra­dée du XV de France qui pour­rait en­gen­drer une baisse des res­sources fi­nan­cières de sa fé­dé­ra­tion. Tour d’ho­ri­zon des pro­blèmes du rugby fran­çais avec son pré­sident, après une tour­née dé­sas­treuse des Bleus en Afrique du Sud.

■ Vous êtes à la tête d’une fé­dé­ra­tion dont l’équipe de France est au­jourd’hui 8e na­tion mon­diale, ce­la ne vous agace-t-il pas ? Bien sûr, mais ça agace tout le monde. Je suis un tech­ni­cien dans l’âme, donc ça m’agace en­core plus. L’ave­nant si­gné ré­cem­ment avec la Ligue et les clubs pros est le dé­but des ré­formes à mettre en place. Ce­la va dans le bon sens. Le plus im­por­tant est na­tu­rel­le­ment la mise à dis­po­si­tion des in­ter­na­tio­naux pour la ré­cu­pé­ra­tion et la pré­pa­ra­tion.

■ Ce qui était en place jusque-là ne vous al­lait donc pas ? Au­jourd’hui, un joueur est 11 mois sur 12 sur le pont à pas­ser de la pré­pa­ra­tion à la com­pé­ti­tion et à la ré­cu­pé­ra­tion

avec seule­ment quatre se­maines de re­pos. Ce n’est plus pos­sible (ndlr : il le ré­pète deux fois). Et il faut al­ler plus loin en­core que l’ave­nant et les dix se­maines.

■ Al­ler plus loin ? Même en al­lant plus loin, ce­la suf­fi­ra­t­il ? Re­gar­dez les Lions Bri­tan­niques qui pour la plu­part sont dans des sys­tèmes fa­vo­rables en termes de dé­ve­lop­pe­ment et de pré­pa­ra­tion. Eh bien on sent qu’il y a en­core un écart avec la Nou­vel­leZé­lande, mal­gré le ré­sul­tat du der­nier test.

Quand je vois ça, je suis ex­ci­té de re­le­ver le dé­fi de ré­duire cet écart et on va créer les condi­tions pour ri­va­li­ser à nou­veau avec les Blacks. Et le plus im­por­tant, c’est la for­ma­tion.

Ce­la fait 20 ans que je le dis. ■ La for­ma­tion est donc

mau­vaise en France ? Ce n’est pas qu’elle n’est pas bonne, elle n’existe pas ! Et il faut ar­rê­ter de me par­ler des jeunes de 18 ans à Mar­cous­sis, c’est dé­jà trop tard. Là où l’on doit être bon, c’est sur la for­ma­tion entre 8 et 15 ans. Il faut al­ler dans les écoles, dans les quar­tiers dif­fi­ciles, vendre notre sport à la base.

■ Les mau­vais ré­sul­tats du XV de France ont-ils des in­ci­dences sur la baisse des li­cen­ciés ? Mais c’est évident. Lors de mon pas­sage à Bourges, j’ai été dans une école pri­maire. Certes, ce n’est pas une terre de rugby mais quand j’ai de­man­dé à des en­fants quels joueurs du XV de France ils connais­saient… Je n’ai eu au­cune ré­ponse. Mais je n’en veux pas à nos joueurs. Quand tu perds tout le temps, c’est dif­fi­cile de se mettre en avant. Je le re­dis, on va tra­vailler, et tous en­semble, pour re­trou­ver des ré­sul­tats et de la com­mu­ni­ca­tion. ■ Res­tez-vous op­ti­miste pour la Coupe du monde 2019 ? Ce n’est pas mort. Une Coupe du monde, c’est trois matchs à ga­gner, puis le quart, la de­mie et la fi­nale. Tout peut ar­ri­ver. Après, si on ne sort pas de la poule… on parle de rien. La cer­ti­tude, c’est que l’on ne se­ra pas fa­vo­ri mais j’es­père qu’en deux ans, on rat­tra­pe­ra le re­tard. Et puis, ces der­nières se­maines montrent

que des jeunes émergent, les Ca­ma­ra, Pe­naud… et d’autres vont émer­ger.

■ De quels le­viers dis­po­sez­vous pour qu’un maxi­mum de jeunes jouent ré­gu­liè­re­ment en Top 14 ? Ce se­ra un de nos en­ga­ge­ments, je veux d’ici la fin de la man­da­ture (2020) qu’il n’y ait pas plus de 5 à 7 joueurs non sé­lec­tion­nables sur la feuille de match. Ce se­ra écrit sur la nou­velle conven­tion dans un an. Mais le plus im­por­tant est, com­ment de 16 à 20 ans on amène nos jeunes au haut ni­veau ?

Lors de mon pas­sage en Afrique du Sud, j’ai dis­cu­té avec des di­ri­geants ; à cet âge­là, on perd trop de joueurs alors qu’eux, ils ont le ly­cée où il existe 3 à 4 équipes par éta­blis­se­ment et les com­pé­ti­tions qui vont avec. Chez eux, le haut ni­veau passe par le ly­cée, pas chez nous. Il faut que ça change. Il va fal­loir se battre pour pé­né­trer ce mi­lieu sco­laire et uni­ver­si­taire. ■ Cer­tains clubs jouent le jeu de la for­ma­tion… (il coupe). Tous. Il n’y a pas un club qui ne joue pas la carte de la for­ma­tion. Quand j’en­tends le pré­sident de Tou­lon dire qu’il vou­drait une équipe en­tiè­re­ment de joueurs fran­çais, ça me fait plai­sir. Après, je n’ai rien contre les étran­gers. Les meilleurs, ils t’ap­portent tou­jours quelque chose. Mais on a dé­pas­sé un cer­tain équi­libre.

■ Qui dit for­ma­tion, dit pôle Es­poir. Peut-on par­ler d’une vé­ri­table col­la­bo­ra­tion ? Les clubs vont re­prendre la main. J’ai été sé­lec­tion­ neur huit ans et je ne par­lais pas au DTN ou très peu. Ce n’est pas nor­mal. Là, j’ai dit à Di­dier Re­tière

(DTN ac­tuel) qu’on al­lait re­pla­cer la di­rec­tion tech­nique na­tio­nale au centre des dé­bats. Je veux ac­co­ler un pôle Es­poir au club pro voi­sin. On va ar­rê­ter d’avoir deux en­ti­tés. Exemple ; un pôle Es­poir à Hyères à 22 ki­lo­mètres de Tou­lon, d’un club où les condi­tions de for­ma­tion sont meilleures. Il faut ar­rê­ter et créer une vraie proxi­mi­té. Ce­la fait par­tie de nos en­ga­ge­ments. ■ Et le pôle France à Mar­cous­sis ? Pour­quoi res­ter en per­ma­nence à Mar­cous­sis ? Un jeune va plus pro­gres­ser au contact du monde pro­fes­sion­nel qu’en res­tant avec des joueurs de son ni­veau. Si je veux pro­gres­ser en ten­nis, il vaut mieux que je m’en­traîne avec Yan­nick Noah qu’avec mon père, non ? La for­ma­tion, c’est te confron­ter à meilleur que toi.

■ Mais il fau­drait aus­si une com­pé­ti­tion adap­tée pour ces jeunes ? En ef­fet, ça fait par­tie de notre ré­flexion. Qu’est­ce que l’on offre sa­chant que le cham­pion­nat Es­poirs n’est pas as­sez re­le­vé comme com­pé­ti­tion ? ■ Le chan­tier est donc im­mense… Je vais me battre. Ré­cem­ment, j’ai vu deux par­te­naires im­por­tants pour la Fé­dé­ra­tion. On m’a dit, « Ber­nard, on ne peut pas vous ac­com­pa­gner, vous ne faites que perdre ». Je ne peux plus vendre le quinze de France… et ça ne peut plus du­rer. ■

FOR­MA­TION. Ber­nard La­porte veut ame­ner les jeunes de 16 à 20 ans au haut ni­veau.

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