Gra­pus sort de sa ré­serve

La Montagne (Brive) - - Brive - Maud Tur­can maud.tur­can@cen­tre­france.com

Au dé­but, Gra­pus, c’est la ré­volte com­mune de Pierre Ber­nard, Gé­rard Pa­risC­la­vel et Fran­çois Miehe. Ils se sont ren­con­trés en mai 68, à l’ate­lier Po­pu­laire de l’école des Arts Dé­co­ra­tifs. Ils y ont conçu et ti­ré des images, cer­taines fa­meuses. On les trai­ta alors, plus ou moins gen­ti­ment, de « cra­pules sta­li­niennes », à cause de leur at­ta­che­ment au Par­ti com­mu­niste. Qu’à ce­la ne tienne ! Cette in­vec­tive, pé­trie avec « gra­phisme » est de­ve­nue « Gra­pus », un nom poin­tu comme un es­toc ! Après deux ans d’études, en­semble, à l’ins­ti­tut de l’en­vi­ron­ne­ment, les trois gar­çons, se lancent dans l’aven­ture, pour créer des images so­ciales, po­li­tiques, pro­po­ser une nou­velle ex­pres­sion de l’ac­tua­li­té dans la vo­lon­té de la faire bou­ger, sous la si­gna­ture col­lec­tive de Gra­pus. En 1975, Alexan­der Jor­dan et Jean­paul Ba­chol­let viennent les re­joindre.

Si Gra­pus n’existe plus sous sa forme de col­lec­tif de gra­phistes, plu­sieurs membres sont tou­jours là pour dé­battre de l’en­ga­ge­ment. Et c’est dans cette op­tique qu’ils ont in­ves­ti l’usine du May, à Thiers (Puy­de­dôme) pour une ex­po­si­tion ex­cep­tion­nelle à voir jus­qu’au 17 sep­tembre.

« On n’a pas été sur­pris mais plu­tôt sé­duit par cette pro­po­si­tion. Gra­pus a eu une re­nom­mée na­tio­nale et in­ter­na­tio­nale qui n’a ja­mais été re­mise en vi­si­bi­li­té par les ins­ti­tu­tions cultu­relles et po­li­tiques en France. C’est as­sez drôle que ce soit une pe­tite ville per­due qui nous pro­pose de re­mettre en route cette mé­moire. C’est presque snob : ils ne veulent pas de nous à Pa­ris, qu’im­porte, on va à Thiers ! », s’amuse Fran­çois Miehe.

S’ils se dé­fendent de pro­po­ser une « ré­tros­pec­tive » de leurs tra­vaux, les an­ciens de Gra­pus sou­haitent, comme l’ex­plique Ber­nard Pa­ris­cla­vel, « mon­trer un pa­nel de l’en­semble des pro­duc­tions sur dif­fé­rents thèmes car on pou­vait tra­vailler en même temps avec des as­so­cia­tions, des mu­ni­ci­pa­li­tés, des syn­di­cats, le Par­ti com­mu­niste… ».

« En plus d’une cen­taine d’af­fiches, on pré­sente de nom­breux do­cu­ments d’édi­tion, tout un tra­vail sou­ter­rain mais très en pro­fon­deur sur l’iden­ti­té de ces or­ga­nismes. Ce sont de “pe­tites choses” mais avec une vraie am­bi­tion gra­phique et ci­toyenne », sou­ligne Fran­çois Miehe, ra­vi de par­ta­ger ses sou­ve­nirs. Une mé­moire qui met aus­si en pers­pec­tive le pré­sent : « Ça in­ter­roge sur la du­rée pour faire une image, confie Fran­çois Miehe. À l’époque, il fal­lait des jours, par­fois des se­maines, mais l’ex­plo­sion du nu­mé­rique a créé l’uni­ver­sa­li­té des choses, l’ubi­qui­té, l’im­mé­dia­te­té. Au­jourd’hui, les images qu’on voit au­tour de nous sont des images “klee­nex” qui n’ont pas de du­rée, pas d’épais­seur, et ça pose la ques­tion du rap­port aux autres ». Une ques­tion à la­quelle ne ré­pond pas Gra­pus, lais­sant cette li­ber­té à chaque ci­toyen.

DÉCOUVERTE. Gra­pus a tra­vaillé l’iden­ti­té vi­suelle de nom­breuses as­so­cia­tions, mais on connaît sou­vent plus ses oeuvres que son nom… ILLUS­TRA­TION

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