Cinq gé­né­ra­tions de tailleurs de gra­nit

La Montagne (Brive) - - Les mercredis de l'economie - Virginie Mayet virginie.mayet@cen­tre­france.com

Chez les Nour­ris­seau, la taille de gra­nit se trans­met de gé­né­ra­tion en gé­né­ra­tion de­puis 1870. L’en­tre­prise au­jourd’hui plus spé­cia­li­sée dans le fu­né­raire, réa­lise aus­si des élé­ments de dé­cor, des plans de cui­sine et de la ré­no­va­tion de mo­nu­ments his­to­riques.

Dans la fa­mille Nour­ris­seau, je de­mande Pierre, le père et chef de la PME de huit sa­la­riés, qui a rem­pla­cé Guy, le grand­père et ac­cueille dé­sor­mais son fils, Pier­reMa­rie.

Avec un tel pré­nom, Pierre était comme pré­des­ti­né à ce mé­tier de tailleur de pierre. « Mon père ne m’y a ja­mais pous­sé mais quand j’étais pe­tit je traî­nais tou­jours ici, au Com­peix. Prendre la suite était na­tu­rel. » Comme son père, Pierre sort du Ly­cée des mé­tiers du bâ­ti­ment de Fel­le­tin.

Le tailleur de pierre pos­sède une car­rière

Il a re­pris l’en­tre­prise fa­mi­liale qui a été créée en 1870 par un autre Pierre, son an­cêtre. Et le spé­cia­liste du gra­nit a de belles réa­li­sa­tions à son ac­tif dans les do­maines de la ma­çon­ne­rie et de la ré­no­va­tion de mo­nu­ments his­to­riques. Guy se sou­vient qu’il a re­joint son père plus vite que pré­vu après la se­conde guerre mon­dia­ le, lorsque l’en­tre­prise a dû par­ti­ci­per à la re­cons­truc­tion d’ora­dour­surG­lane.

« On a eu un gros es­sor pen­dant les an­nées Mit­ter­rand car il avait char­gé les pré­fets d’or­ga­ni­ser trois fi­lières : bois, por­ce­laine et pierre. On s’est aper­çu qu’il y avait de la res­source mi­né­rale et des sa­voir­faire, ra­conte Pierre. L’idée étant de les fé­dé­rer pour ré­pondre à de plus gros mar­chés. » Pour Nour­ris­seau, les com­mandes s’en­chaînent, « jus­qu’à la mon­dia­li­sa­tion » des an­nées 2000. Ré­cem­ment, l’en­tre­prise a tout de même été char­gée de l’ex­ten­sion des quais de mé­tro à Bo­bi­gny, de la place des Pa­triarches dans le 5e ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris ou en­core du dal­lage de l’école de tra­vaux pu­blics d’égle­tons (19).

« Re­gar­dez le nou­veau par­vis de Li­moges, ce n’est pas du fran­çais mais du por­tu­gais et du chi­nois. » Pour lui, les po­li­tiques lo­caux ne jouent pas as­sez le jeu. « Quand je leur dis que des mu­ni­ci­pa­li­tés des Py­ré­nées font ap­pel à moi, ils font la sourde oreille. » Pierre avoue avoir du mal à lut­ter : 1 m2 de dal­lage coûte 100 à 120 eu­ros se­lon la fi­ni­tion, au Por­tu­gal il se­ra ven­du entre 50 et 60 et en Chine : 25 €. La réa­li­sa­tion de gros chan­ tiers et le dal­lage sont pas­sés au se­cond plan.

C’est dom­mage parce que le gra­nit du Com­peix est idéal pour réa­li­ser des sols. Car Pierre ne dit pas que l’ar­rière­grand­père s’est ins­tal­lé ici c’est pour ce gra­nit blanc de très bonne qua­li­té ! Et l’en­tre­prise a tou­jours sa propre car­rière !

Pierre a trou­vé une ma­nière de re­bon­dir en se re­cen­trant sur les par­ti­cu­ liers, le fu­né­raire, la dé­co­ra­tion et tou­jours la ré­no­va­tion pour les mo­nu­ments his­to­riques. » Mais l’es­prit de­meure. Dès qu’il le peut, Pierre monte dans sa car­rière ex­traire du beau gra­nit beige et tente d’in­no­ver en tes­tant dif­fé­rentes ma­nières de le tra­vailler avec des brosses plu­tôt que po­li ou bou­char­dé, c’est­à­dire à l’an­cienne. Et tou­jours à la re­cherche de la per­fec­tion !

PHO­TOS AU­RORE CLA­VE­RIE

AR­TI­SA­NAT. De gauche à droite : Guy, Pierre-ma­rie et Pierre Nour­ris­seau au sein de l’ate­lier du Com­peix.

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