Le choeur de l’ar­mée à la Vé­zère

L’ar­mée fran­çaise chan­te­ra de grands airs d’opé­ra aux Trois Pro­vinces mar­di 18 juillet

La Montagne (Brive) - - La Une - Lae­ti­tia Sou­lier lae­ti­tia.sou­lier@cen­tre­france.com

Le Choeur de l’ar­mée fran­çaise in­ter­pré­te­ra de grands airs d’opé­ra mar­di 18 juillet. À la ba­guette de ces grandes voix, la chef Aurore Tillac.

A37 ans, Aurore Tillac est chef de choeur de l’ar­mée fran­çaise. De­puis 11 ans, elle di­rige un choeur d’hommes avec coeur et gé­né­ro­si­té. Des qua­li­tés sans doute pui­sées dans son Gers na­tal qu’elle met­tra au ser­vice du Fes­ti­val de la Vé­zère, mar­di, à l’es­pace des Trois Pro­vinces, à Brive.

Le choeur de l’ar­mée fran­çaise

fait-il beau­coup de fes­ti­vals ? Très peu l’été, car on s’oc­troie gé­né­ra­le­ment le mois d’août de va­cances. Après le 14 juillet, on a en­core une di­zaine de jours de tra­vail d’où notre par­ti­ci­pa­tion au fes­ti­val de la Vé­zère. En gé­né­ral, on fait beau­coup de pro­to­coles où on ac­com­pagne le chef de l’état ou d’autres mi­nistres. Mai, juin, juillet sont très char­gés. Mais on fait aus­si beau­coup de fes­ti­vals dans l’an­née. C’est 50­50 avec le pro­to­cole. C’est pour ce­la que l’on fait la Vé­zère mais aus­si la Phil­har­mo­nie de Pa­ris ou Cam­brai. On va là où les gens ont en­vie de nous écou­ter.

Quel se­ra le ré­per­toire don­né à

Brive ? Le fes­ti­val avait en­vie de quelque chose d’as­sez fes­tif et nous aus­si à quelques jours des va­cances. On a ta­blé sur de grands airs d’opé­ra, comme l’em­blé­ma­tique Faust de Gou­nod, mais aus­si des chants avec des prouesses vo­cales de so­listes. Ce se­ra plu­tôt un concert cham­pagne en pas­sant de Ver­di à Ger­sch­win, Of­fen­bach, Ber­lioz. Ce sont des choeurs as­sez brillants, ex­plo­sifs, es­ti­vaux !

Vous al­lez jouer en salle, mais vous êtes sou­vent en ex­té­rieur pour les cé­ré­mo­nies ? Oui et ce n’est pas du tout la même chose ! Le ré­per­toire n’est pas non plus le même. Sur les cé­ré­mo­nies du 8 mai, 11 no­vembre, la so­no­ri­sa­tion est par­ti­cu­lière. Elle est très com­pli­quée no­tam­ment pour le 14 juillet où il y a beau­coup de troupes. C’est un ré­per­toire re­la­ti­ve­ment ho­mo­gène avec La Mar­seillaise, Le chant des par­ti­sans, il peut y avoir des chan­sons sur une thé­ma­tique par­ti­cu­lière comme la Li­bé­ra­tion ou autre, mais c’est en­ca­dré et le temps est ré­duit. On a 8 ou 10 mi­nutes pour une pres­ta­tion.

De com­bien de chan­teurs est

com­po­sé le choeur ? 45 chan­teurs au to­tal. Mais à Brive, on vient à 36 ou 38. Je pré­cise, au cas où la ques­tion se po­se­rait, que ce ne sont pas des gen­darmes qui chantent, mais des chan­teurs pro­fes­sion­nels qui sont re­cru­tés sur concours et du fait de leur ap­par­te­nance au choeur de­viennent mi­li­taires.

Quel est votre par­cours ? Je ne suis pas née avec le mythe de la Garde ré­pu­bli­caine. C’est ve­nu pe­tit à pe­tit. Je me suis for­mée dans les conser­va­toires. Pour être chef de choeur ou d’or­chestre, on re­garde les op­por­tu­ni­tés. Je trou­vais ce choeur for­mi­dable. Peu de temps après, on re­cru­tait un ad­joint et j’ai sau­té sur l’oc­ca­sion. Vous sa­vez, mes pa­rents sont agri­cul­teurs dans le Gers, alors le mythe de l’of­fi­cier de Saint­cyr, ce n’était pas mon truc. C’est le choeur qui m’a plu. Il s’est trou­vé après que c’était la garde ré­pu­bli­caine et c’était for­mi­dable pour moi. Quand j’ai pas­sé le concours, je ne sa­vais pas ce qu’était un ca­pi­taine. J’étais une ci­vile qui pos­tu­lait comme mu­si­cienne. J’ai em­bras­sé la car­rière mi­li­taire après.

Quel re­gard por­tez-vous sur

dix ans de di­rec­tion ? C’est beau­coup d’évo­lu­tion mu­si­cale. Ils m’ont for­mée. Ce choeur est une vraie fa­mille. On ne s’est pas tous choi­si, on s’en­gueule le di­manche à table si on parle po­li­tique ou autre. On n’est pas tou­jours d’ac­cord, mais on reste sou­dé quoi qu’il ar­rive. La sou­ve­rai­ne­té du col­lec­tif est très im­por­tante dans ce choeur. Je sa­voure un état d’es­prit so­li­daire. J’ai une grande pos­si­bi­li­té de connaître les gens car je suis aus­si com­man­dant d’uni­té. Je gère les ab­sences, les pro­blèmes. J’ai la pos­si­bi­li­té de les connaître mieux pour les ai­mer moins mal. Il y a une so­li­da­ri­té réelle et quo­ti­dienne. Quels sont les mo­ments qui vous ont par­ti­cu­liè­re­ment mar­quée pen­dant le der­nier quin­quen­nat ? Il y a deux pres­ta­tions en par­ti­cu­lier. Un hom­mage au Dôme du Pan­théon, en hom­mage à Jean Mou­lin. On a chan­té Le

chant des par­ti­sans pen­dant qu’il était si­gné par l’as­so­cia­tion des sourds et muets de la co­mé­dienne Em­ma­nuelle La­bo­rit. Là je crois qu’on m’a per­due to­ta­le­ment. Autre mo­ment fort, au camp de Stru­thof en pré­sence du pré­sident de la Ré­pu­blique. Il fal­lait chan­ter Le chant des ma­rais et le chant du camp. Un des an­ciens dé­te­nus est ar­ri­vé dans son uni­forme de pri­son­nier. Il a com­men­cé son dis­cours en di­sant “vous tous qui êtes là vous en­trez dans un en­droit mau­dit”. Et il s’ef­fondre en larmes. Dans ces mo­ments­là, on est en confron­ta­tion di­recte avec la réa­li­té de l’his­toire. C’est à la fois violent et tout à fait né­ces­saire. J’ai trou­vé que pen­dant le quin­quen­nat du pré­sident Hol­lande, il y avait la vo­lon­té de rendre né­ces­saire le de­voir de mé­moire pour ne pas ou­blier et faire en sorte que ça ne re­com­mence pas. Ce sont des ren­dez­vous avec l’his­toire très concrets avec des gens qui ont vé­cu ça, comme ce res­ca­pé des camps.

Quel est le rythme du choeur ? Il faut beau­coup ré­pé­ter. Il y a quatre jours de ré­pé­ti­tion par se­maine et en gé­né­ral on est en concert chaque week­end. Il faut être réac­tif tout le temps car on peut nous aver­tir à J ­ 4 qu’il y a un re­pas d’état ou moins pour cer­taines cé­ré­mo­nies. Il faut alors mettre au

point le ré­per­toire. Quelle est la si­gna­ture du

choeur ? Le choeur peut tout chan­ter. Opé­ras, chan­sons, gos­pel, chants tra­di­tion­nels mé­di­ter­ra­néens, ora­to­rio… On va aus­si faire un hom­mage aux Frères Jacques et on ré­flé­chit à un big bang sym­pho­nique avec des chan­sons de croo­ner et bien sûr les mu­siques mi­li­taires pro­to­co­laires. Ce­la fait beau­coup de choses. Mais on adore al­ler chan­ter dans de grandes salles ou de pe­tits villages. On adore al­ler à la ren­contre du pu­blic. La trans­mis­sion est aus­si le but de la mu­sique.

PHO­TO DR

Aurore Tillac va di­ri­ger un choeur de 40 chan­teurs à Brive. CHEF DE CHOEUR.

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