Tout un hé­ri­tage à trans­mettre

La dif­fi­cile suc­ces­sion d’un maître ar­ti­san di­nan­dier

La Montagne (Brive) - - Corrèze - Ma­thilde Ber­riot brive@cen­tre­france.fr

À l’ori­gine de la re­cons­ti­tu­tion du car­nyx dé­cou­vert en 2004, près de Tulle, Jean Bois­se­rie, di­nan­dier d’art à Cu­blac, évoque la dif­fi­cul­té de la trans­mis­sion.

Trans­mettre un sa­voir­faire est d’au­tant plus ar­du que ce sa­voir­faire est rare. Jean Bois­se­rie a pu en té­moi­gner, mar­di soir, à Brive, lors d’une soi­rée de Treize Arches en­tre­pre­neurs, qui s’adresse aux mé­cènes de l’ac­tion cultu­relle. « Je suis un ar­ti­san, pas un ar­tiste » 61 ans de mé­tier, meilleur ou­vrier de France, maître com­pa­gnon, et beau­coup d’hu­mi­li­té dans la voix. Jean Bois­se­rie est un per­son­nage, un « grand hon­nête homme », comme le dé­crit le di­rec­teur des Treize arches Jean­Paul Dumas avec émo­tion.

Très jeune, il tombe amou­reux d’un mé­tal rouge, et com­mence à tra­ vailler le cuivre à Tulle. Il de­vient bien vite pas­sion­né d’ar­chéo­lo­gie, et la dé­cou­verte du dé­pôt d’armes gau­lois à Tin­ti­gnac ne fe­ra qu’ali­men­ter plus en­core sa fas­ci­na­tion pour ces ob­jets. Pour la pre­mière fois, et grâce à leur très bon état de conser­va­tion, il pour­ra re­pro­duire presque à l’iden­tique le dé­sor­mais cé­lèbre car­nyx­san­glier. Il consa­cre­ra plus de 200 heures de tra­vail à mar­te­ler le bronze. « Un in­ves­tis­se­ment que ne sont pas prêts à four­nir les jeunes ap­pren­tis di­nan­diers, constate Jean Bois­se­rie avec re­gret. Il faut avoir la pas­sion pour ça, s’im­pli­quer énor­mé­ment pour peu de re­con­nais­sance. Au­jourd’hui je re­çois beau­coup de com­pli­ments pour le car­nyx, mais tout le mé­rite va à ceux qui ont créé cette mer­veille il y a plus de 2.000 ans. Je suis un ar­ti­san, pas un ar­tiste ». Les col­loques or­ga­ni­sés dans le cadre du com­pa­gnon­nage ne per­mettent pas la trans­mis­sion de toute une mé­tho­do­lo­gie de fa­bri­ca­tion. Il a le pro­jet d’un éven­tuel film pé­da­go­gique sur son ac­ti­vi­té, mais ce ne se­rait tou­jours pas suf­fi­sant. « J’es­père dé­sor­mais qu’il y au­ra quel­qu’un d’as­sez fou pour prendre ma suite ».

AR­CHIVES AGNÈS GAUDIN

DI­NAN­DE­RIE. Jean Bois­se­rie dans son ate­lier de Cu­blac.

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