La 6e com­pa­gnie pa­rée pour les Champs-ély­sées

La Montagne (Brive) - - Estivités - Ju­lien Ba­chel­le­rie

«En­voyez la mu­sique ! En avant… Marche ! » Sur la piste d’at­ter­ris­sage de l’aé­ro­club d’egle­tons, en Cor­rèze, les 80 élèves de l’école de gen­dar­me­rie de Tulle se mettent en mou­ve­ment alors que ré­sonnent les pre­mières notes de la mu­sique du dé­fi­lé de la garde ré­pu­bli­caine. Si la mé­téo, qui al­terne bour­rasques et pluie bat­tante, n’est pas vrai­ment de la par­tie, l’en­vie, elle, est là.

Par­mi les va­leurs que se doivent de por­ter tous ces élèves sous­of­fi­ciers, il y a celle de la rus­ti­ci­té, in­siste un en­ca­drant : « Un gen­darme doit pou­voir ser­vir en toutes cir­cons­tances ! » Mais la pers­pec­tive d’être ac­teur de la grande pa­rade sur les Champs­ély­sées le 14 juillet at­té­nue les ca­prices du temps et la 6e com­pa­gnie d’ins­truc­tion fait contre mau­vaise mé­téo bon coeur. « On est ha­bi­tué, la se­maine der­nière, il fai­sait pas loin de 40 °C sur le tarmac. Les se­melles d’un élève ont même fon­du ! », s’amuse le gra­dé. Nous sommes fin juin et la piste aé­rienne tient lieu de piste aux étoiles pour les jeunes fu­turs mi­li­taires : « C’est notre der­nière ré­pé­ti­tion en Cor­rèze avant de par­tir pour Sa­to­ry, dans les Yve­lines, où nous al­lons ter­mi­ner les pré­pa­ra­tifs pour le jour J. C’est un grand mo­ment pour nous tous, une chance for­mi­dable et un hon­neur de pou­voir dé­fi­ler le 14 juillet », confie Ro­main, 25 ans.

Pour ce fu­tur gen­darme, c’est un rêve d’en­fant qui prend forme, alors tant pis pour la pluie, tant pis pour la fa­tigue qui s’ins­talle, alors que les pas se mul­ti­plient sur la piste de 800 mètres de long. « C’est un mé­tier que je veux faire de­puis tou­jours. Quand j’étais ga­min, je re­gar­dais les mi­li­taires avec en­vie. L’op­por­tu­ni­té de dé­fi­ler sur les Champs en sor­tie d’école, c’est juste énorme. Je me dis que ça n’ar­ri­ve­ra qu’une fois. »

À peine le temps de re­prendre son souffle et c’est dé­jà le mo­ment de re­for­mer les rangs. S’il reste en­core plu­sieurs séances d’en­traî­ne­ment en ré­gion pa­ri­sienne de­puis le 6 juillet jus­qu’à la veille du 14 juillet, rien ne dé­passe pour un oeil non aver­ti. À l’unis­son, les jeunes mi­li­taires s’élancent fiè­re­ment, men­ton droit, re­gard plan­té sur l’épaule du ca­ma­rade de de­vant, pied gauche ca­lé sur la grosse caisse qui donne le rythme. Pour les ins­truc­teurs, il reste pour­tant des dé­fauts. Le ton, loin d’être coer­ci­tif, est plu­tôt aux en­cou­ra­ge­ments. « Plus en ca­dence le 5e rang ! Là, c’est mieux… C’est bien ! Conti­nuez et pen­sez à or­ga­ni­ser vos bras… », lance une en­ca­drante.

« UN, deux, UN, deux, UN, deux… Oh les gars, l’ali­gne­ment ! » De l’autre cô­té de la for­ma­tion qui avance à bonne vi­tesse, le ca­pi­taine Che­vray, qui com­mande la 6e com­pa­gnie d’ins­truc­tion (lire par ailleurs), veille lui aus­si à chaque dé­taille. « La dif­fi­cul­té est de res­ter concen­tré en res­pec­tant les ali­gne­ments et la ca­dence. Mais tout doit être par­fait car le 14 juillet, nous se­rons plus de 3.600 mi­li­taires pré­sents. »

Le dé­fi­lé com­por­te­ra trois phases, pour­suit l’of­fi­cier : la pre­mière, ef­fec­tuée par le pré­sident de la Ré­pu­blique avec les of­fi­ciels, se­ra la re­vue des troupes. Ils pas­se­ront de­vant les mi­ li­taires et ces der­niers leur ren­dront les hom­mages ; la deuxième phase se­ra la mise en place pour pré­pa­rer le dé­part du cor­tège ; en­fin, la troi­sième se­ra le dé­part pour les 800 mètres de dé­fi­lé. Une af­fec­ta­tion dans la fou­lée du dé­fi­lé

« L’in­té­gra­li­té du par­cours est im­por­tante et ne souffre au­cune faute, ce­pen­dant, les 200 der­niers mètres se­ront les plus im­por­tants, car c’est là où nous al­lons ar­ri­ver à la tri­bune pré­si­den­tielle et que toutes les ca­mé­ras se­ront bra­quées sur nous. Mais par prin­cipe, et par res­pect du pu­blic, il nous fau­dra être ir­ré­pro­chables sur l’in­té­gra­li­té du dé­fi­lé. »

Te­nue of­fi­cielle « nu­mé­ro 11 » sur le dos, à l’ex­cep­tion de la veste de pluie car ce jour de juin, il pleut à verse, Roxane, 22 ans, af­fiche beau­coup de sé­rieux et d’ap­pli­ca­tion dans l’exer­cice. Ba­che­lière, puis étu­diante en droit, elle a fait le choix d’être d’abord « GAV » (gen­darme ad­joint auxi­liaire),

« Il nous fau­dra être ir­ré­pro­chables sur l’in­té­gra­li­té des 800 mètres du dé­fi­lé »

avant de re­ve­nir à l’école de gen­dar­me­rie de Tulle après avoir été ad­mise au concours de for­ma­tion des sous­of­fi­ciers. Comme tous ses ca­ma­rades, elle quit­te­ra l’école dans la fou­lée du dé­fi­lé, dé­but août, pour être af­fec­tée dans l’uni­té de son choix. « À la suite de mes études de droit, j’ai de­man­dé la gen­dar­me­rie dé­par­te­men­tale. Le cô­té en­quête m’in­té­resse beau­coup, avec pour pro­jet de de­ve­nir of­fi­cier de po­lice ju­di­ciaire », ex­plique la jeune femme au re­gard clair, les cheveux im­pec­ca­ble­ment ti­rés en ar­rière et ra­mas­sés en chi­gnon. Tout un sym­bole

Tout aus­si ti­ré à quatre épingles, ri­gueur mi­li­taire oblige, Ro­main se des­tine quant à lui à la gen­dar­me­rie mo­bile. « J’ai en­vie de pou­voir voya­ger, voir du pays », confie­t­il, avec en ligne de mire les « opex », les opé­ra­tions ex­té­rieures. Si les deux fu­turs gen­darmes se des­tinent à des corps dif­fé­rents, pour cha­cun, un seul maître mot pré­vaut : ser­vir.

Sym­bo­lique forte pour cette 6e com­pa­gnie qui va ache­ver bien­tôt sa for­ma­tion, 20 gen­darmes ré­ser­vistes de la ré­gion Ilede­france se­ront à leurs cô­tés sur la pres­ti­gieuse ave­nue de la ca­pi­tale ce 14 juillet. « Ce sont des ré­ser­vistes qui étaient en­ga­gés sur les évé­ne­ments tra­gi­ ques de 2015 », pré­cise un of­fi­cier. D’autres jeunes mi­li­taires tul­listes en for­ma­tion, s’ils ne dé­filent pas, se ver­ront confier d’autres tâches non moins im­por­tantes du­rant la pa­rade. L’un d’entre eux, le « mar­che­pied », au­ra no­tam­ment pour mis­sion d’ou­vrir la porte au chef de l’état ac­com­pa­gné du chef des Ar­mées pour prendre place dans le « VLRA », le « vé­hi­cule lé­ger de re­vue de l’au­to­ri­té ».

« On es­saie de ne pas trop pen­ser que tout le monde au­ra les yeux ri­vés sur nous ce jour­là et on s’ef­force de res­ter concen­trés. Ce se­ra on le sait un mo­ment unique, et ce d’au­tant qu’avec la pré­sence du pré­sident amé­ri­cain, on dé­fi­le­ra aus­si avec nos frères d’armes d’outre­at­lan­tique et on mar­que­ra ain­si le pro­lon­ge­ment d’une longue his­toire », re­lève un élève avant de se re­mettre en rang. En­core tout un sym­bole.

À L’UNIS­SON. D’abord en Cor­rèze, puis en ré­gion pa­ri­sienne, les élèves gen­darmes de tulle ont mis un point d’hon­neur à se pré­pa­rer dans les moindres dé­tails pour le jour J. PHO­TO AGNÈS GAU­DIN

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