La nou­velle vie de l’ab­baye mé­dié­vale de la Réau

La Montagne (Brive) - - La Une - Laurent Bor­de­rie laurent.bor­de­rie@cen­tre­france.com

Un centre pour les jeunes se des­ti­nant aux mé­tiers du bâ­ti­ment

C’est une nou­velle vie qui s’offre à l’ab­baye de la Réau à Saint-martin-l’ars dans la Vienne. Ce tré­sor d’ar­chi­tec­ture mé­dié­vale de­vrait dans quelques an­nées re­trou­ver son lustre grâce à la té­na­ci­té de Michel Guyot et Noé­mi Bru­net sur­nom­més « les châ­te­lains bâ­tis­seurs de rêve » qui sont à l’ori­gine de la re­nais­sance du châ­teau de Saint-far­geau ain­si que du phé­no­mé­nal chan­tier mé­dié­val du châ­teau de Gué­de­lon.

C’est la fa­bu­leuse his­toire d’une ab­baye du XIIE siècle comme il en existe tel­le­ment d’autres en France et qui me­nace de tom­ber en ruines. Pour­tant, celle de la Réau a eu la chance d’at­ti­rer l’at­ten­tion de deux amou­reux d’his­toire et d’ar­chi­tec­ture qui ont bien l’in­ten­tion de lui rendre sa splen­deur pas­sée.

Si­tuée en Poi­tou­cha­rentes, entre Poi­tiers, An­gou­lême et Li­moges, tout près de Saint­ju­nien, sur la com­mune de SaintMar­tin­l’ars, l’ab­baye de la Réau a sé­duit Michel Guyot et Noé­mi Bru­net. Ces deux pion­niers de l’aven­ture pa­tri­mo­niale sont à l’ori­gine de deux chan­tiers d’ex­cep­tion en Bour­gogne : le châ­teau de Saint­far­geau au­quel ils ont ren­du son éclat et le chan­tier de Gué­de­lon, ce fa­bu­leux châ­teau mé­dié­val qu’ils ont dé­ci­dé de construire comme au XIIIE siècle, avec les mêmes tech­niques et les mêmes ou­tils. Ce der­nier qui mo­bi­lise de­puis plus de 20 ans des pas­sion­nés et des bé­né­voles, est ra­ pi­de­ment de­ve­nu un haut lieu tou­ris­tique na­tio­nal.

C’est sur un coup de coeur que Michel Guyot et Noé­mi Bru­net ont dé­ci­dé d’ache­ter l’ab­baye de la Réau. « Lorsque nous avons dé­cou­vert cette longue bor­dée de tilleuls et le spec­tacle qui s’est of­fert à notre re­gard nous avons cra­qué. Nous avons res­sen­ti un ex­tra­or­di­naire coup de foudre pour ce mo­nu­ment d’une ri­chesse ar­chi­tec­tu­rale in­croyable et dont la beau­té des ruines de l’an­cienne église est fas­ci­nante ».

Très ra­pi­de­ment le couple use de son ex­per­tise et nour­rit un pro­jet gran­diose pour cet en­semble com­po­sé d’une an­cienne ab­ba­tiale for­ti­fiée du XIIE siècle et d’un an­cien couvent de­ve­nu châ­teau d’agré­ment de­puis la Ré­vo­lu­tion.

« Le grand pro­jet que nous nour­ris­sons pour l’ab­baye de la Réau consiste à lui re­don­ner toute sa di­men­sion ar­chi­tec­tu­rale en lan­çant un vaste chan­ tier eu­ro­péen sur plu­sieurs an­nées qui per­met­tra de res­ti­tuer le toit de l’ab­ba­tiale ; le tran­sept sud, et nord ; le clo­cher y com­pris sa cou­pole à huit pans, ain­si que le cloître confient ceux que la presse na­tio­nale a qua­li­fiés de « châ­te­lains bâ­tis­seurs de rêve ».

Notre am­bi­tion est de fon­der un « centre de for­ma­tion pro­fes­sion­nelle vi­vant » pour des jeunes se des­ti­nant aux dif­fé­rents mé­tiers du bâ­ti­ment avec la men­tion spé­ciale mo­nu­ment his­to­rique dans le res­pect du ca­hier des charges de la DRAC dont le rôle, entre autre, est de sau­ve­gar­der, pré­ve­nir et pro­té­ger. Ce dé­fi vise à ne pas lais­ser ce chef­d’oeuvre ma­jeur du pa­tri­moine du Haut­poi­tou à la mer­ci du temps, et pos­sède une vo­ca­tion pé­da­go­gique.

Comme l’her­mione, ou le chan­tier mé­dié­val de Gué­de­lon, l’ab­baye de la Réau pro­pose « un ac­cès au pu­blic pen­dant la du­rée des tra­vaux. Ce qui doit pou­voir per­mettre de sen­si­bi­li­ser les vi­si­teurs aux ef­forts constants né­ces­saires pour en­tre­te­nir notre pa­tri­moine bien sou­vent aban­don­né ou souillé par la né­gli­gence, le manque de moyens, ou l’igno­rance ».

Pour réa­li­ser cet im­por­tant chan­tier, Michel Guyot et Noé­mi Bru­net ont dé­ci­dé d’ap­pli­ quer les mêmes re­cettes que celles qui ont fonc­tion­né pour leurs pré­cé­dents pro­jets. « Le sou­tien le plus im­por­tant est ce­lui des vi­si­teurs. Les­quels, grâce à l’achat de leur ti­cket d’en­trée, par­ti­cipent au fi­nan­ce­ment des tra­vaux. En ma­ni­fes­tant leur in­té­rêt, ils confirment leur vo­lon­té d’adhé­rer à l’élan qui nous anime, ils nous donnent des ailes. Nous sommes tous des maillons d’une chaîne, notre rôle est d’agir et de trans­mettre. »

De­puis le dé­but du prin­temps, des vi­sites sont or­ga­ni­sées dans le do­maine. Les ama­teurs d’his­toire peuvent comp­ter sur une belle équipe d’ani­ma­teurs qui ne comptent ni leur temps ni leur éner­gie. Dans l’an­cien mo­nas­tère les vi­si­teurs pour­ront plon­ger dans l’his­toire du bâ­ti­ment, dé­cou­vrir les cui­sines, les cel­lules ou en­core le ré­fec­toire des moines, le tout par­fai­te­ment re­cons­ti­tué. Ils dé­cou­vri­ront aus­si l’art de vivre au XIXE siècle dans la me­sure où les

propriétaires ont dé­ci­dé de re­cou­vrir les dif­fé­rentes époques du châ­teau qui fut un lieu de ré­si­dence d’une grande fa­mille bour­geoise. Les res­ti­tu­tions des chambres d’en­fants et de pa­rents sont re­mar­quables.

En­fin, pour clore cette vi­site, ce mo­ment d’ex­cep­tion qui per­met un vrai saut dans l’his­toire et les siècles, les plus jeunes se­ront in­vi­tés à s’ini­tier à l’art dé­li­cat de la cal­li­gra­phie ain­si qu’à un ate­lier de taille de pierre du­rant le­quel Pa­trice, ani­ma­teur et âme du lieu, fait preuve d’une grande pa­tience et du sou­ci de par­ta­ger son art.

Sous la pro­tec­tion d’alié­nor d’aqui­taine

Si les vi­sites, nom­breuses, per­mettent dé­jà d’ali­men­ter le chan­tier, Michel Guyot et Noé­mi Bru­net es­pèrent aus­si comp­ter sur d’autres sources de fi­ nan­ce­ment. « Il est évident, que ce pro­jet ne pour­ra pas se faire sans ap­ports fi­nan­ciers consé­quents sous forme d’ap­pels de fonds, de par­te­na­riats, de sub­ven­tions, de dons, ou autres à dé­fi­nir avec les dif­fé­rents ac­teurs qui sont prêts à nous ac­com­pa­gner pour réa­li­ser cet ex­cep­tion­nel chan­tier pi­lote à vo­ca­tion de for­ma­tion pro­fes­sion­nelle ».

N’en dou­tons pas, les ha­bi­tants du ter­ri­toire, les tou­ristes ve­nus de bien plus loin ne man­que­ront pas de dé­cou­vrir ce site d’ex­cep­tion ap­pe­lé à une vé­ri­table ré­sur­rec­tion.

Il y a plus de 800 ans, l’ab­baye de la Réau était pla­cée sous la pro­tec­tion d’alié­nor d’aqui­taine dont le do­maine épou­sait pra­ti­que­ment les li­mites de la Nou­velle­aqui­taine créée en 2015. Pour­quoi ce haut­lieu ne de­ vien­drait­il pas alors l’un des sym­boles de la nou­velle grande ré­gion ? C’est en connais­sant son his­toire que l’on peut en­vi­sa­ger plus se­rei­ne­ment le fu­tur. La belle aven­ture ne fait que com­men­cer.

PHOTO LAURENT BOR­DE­RIE

RECONSTRUCTION. Dans quelques an­nées, grâce aux vi­sites, l’ab­baye de la Réau re­trou­ve­ra son lustre d’an­tan. C’est un mer­veilleux pa­ri que deux pas­sion­nés in­vitent à par­ta­ger.

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