Rêve su­per­so­nique pour Pa­ris­tou­louse

Alors que la LGV est dé­fi­ni­ti­ve­ment en­ter­rée, le fu­tur pro­met bien mieux

La Montagne (Brive) - - La Une - PHOTO TRANS

HY­PER­LOOP. Une start­up ca­na­dienne mise sur l’hy­per­loop, « train » qui cir­cule à 1.000 km/h. Elle croit au cor­ri­dor Pa­ris­tou­louse. Soit Li­moges­pa­ris en 25 mi­nutes.

FU­TUR. Les pre­mières lignes pour­raient voir le jour entre 2025 et 2030. La start­up as­sure que l’état n’au­rait même pas un eu­ro à dé­bour­ser pour le pro­jet.

Cha­cun l’au­ra com­pris le TGV en Li­mou­sin est à ou­blier. Mais après tout, n’est-il pas dé­jà à ran­ger au rayon des vieille­ries de l’his­toire in­dus­trielle du XXE siècle ? Au Ca­na­da, en Co­rée du Sud, des in­gé­nieurs planchent sur des « trains sous vide d’air » qui cir­cu­le­ront, à l’ho­ri­zon 2025-2030, à vi­tesse su­per­so­nique dans des tubes, type pi­pe­line. Le co­fon­da­teur de la start-up Transpod, un Fran­çais ins­tal­lé à To­ron­to, a dé­jà po­sé des ja­lons sur le cor­ri­dor Pa­ris-tou­louse… et sans qu’il soit fi­nan­cé par l’état. Ex­pli­ca­tions.

Et si le TGV n’était dé­jà plus l’al­pha et l’omé­ga du dé­pla­ce­ment ter­restre à grande vi­tesse ? Et s’il s’agis­sait même d’un vé­hi­cule qu’il fau­dra bien­tôt ex­po­ser dans les mu­sées ? Des équipes d’in­gé­nieurs tra­vaillent sur un « train sous vide d’air », ap­pe­lé Hy­per­loop, ca­pable de trans­por­ter des pas­sa­gers à 1.000 ­ 1.200 km/h, dans des mo­dules au­to­nomes.

« S’il manque une ligne à grande vi­tesse, c’est bien la Pa­ris­tou­louse ! »

L’idée n’est certes pas neuve puisque dé­jà évo­quée au dé­but du XXE siècle, mais les nou­velles tech­no­lo­gies et l’évo­lu­tion des ma­té­riaux ont ac­cé­lé­ré le déve­ lop­pe­ment. Les pre­miers Hy­per­loop pour­raient cir­cu­ler entre 2025 et 2030.

Ima­gi­nez­vous ins­tal­lé comme dans un avion, cir­cu­lant à 1.000 km/h, et ain­si réa­li­ser un Pa­ris­li­moges en… 25 mi­nutes pour une qua­ran­taine d’eu­ros. Pas mal, non ?

Aux Etats­unis, en Co­rée du Sud et au Ca­na­da, la tech­no­lo­gie (lire par ailleurs) ne semble dé­jà plus être un pro­blème. À tel point que les so­cié­tés qui portent ces pro­jets sont en phase de né­go­cia­tions avec plu­sieurs états pour que soient construites les pre­mières lignes : au Ca­na­da avec deux lignes pos­sibles entre To­ron­toMon­tréal et Ed­mon­ton­cal­ga­ry, aux États­unis avec un San Fran­cis­co­los An­geles, aux Émi­rats Arabes Unis, etc. Ce wee­kend Do­nald Trump a même twee­té son ac­cord à un pro­jet entre New­york et Wa­shing­ton. On parle éga­le­ment d’un LyonSaint­étienne.

Sé­bas­tien Gendron, le co­fon­da­teur de Transpod, une star­tup ca­na­dienne im­plan­tée à To­ron­to, qui tra­vaille sur l’hy­per­loop, croit en une pre­ mière ligne com­mer­ciale entre To­ron­to et Mon­tréal entre 2025 et 2030. Il faut dire que sa pe­tite en­tre­prise pro­fite de l’ef­fet Elon Musk (*), qui a in­ves­ti dans cette tech­no­lo­gie. Sur­tout, il croit au dé­ploie­ment de ce train entre Pa­ris et Tou­louse. « Il y a un cor­ri­dor ex­ploi­table. Et s’il manque une ligne à grande vi­tesse en France, c’est bien là ! »

« 30 % moins cher qu’une ligne LGV et un dé­part toutes les 80 se­condes »

Sé­bas­tien Gendron a été re­çu à l’ély­sée avant l’élec­tion pré­si­den­tielle. Il re­grette le peu d’in­té­rêt por­té par ses in­ter­lo­cu­teurs à son dos­sier. Mais le vent de l’his­toire a souf­flé. Ni­co­las Hu­lot s’est em­pa­ré du su­jet, sur­tout que l’in­fra­struc­ture tu­bu­laire dans la­quelle cir­cule le mo­dule peut ac­cueillir des pan­neaux so­laires, ren­dant l’en­semble à éner­gie po­si­tive. « Il a été trans­mis au mi­nis­tère des Trans­ports. Nous es­pé­rons un ren­dez­vous à la ren­trée ».

Car ce train du fu­tur file dé­jà à vive al­lure et cer­tains y sont as­sis en pre­mière classe. Le Ca­na­da est par­te­naire. « Nous tra­vaillons avec la Suède sur les cer­ti­fi­ca­tions. Les pre­mières sont at­ten­dues en 2022. Nous es­pé­rons que la France s’en­gage éga­le­ment avant la fin de l’an­née. »

La start­up a le­vé 20 mil­lions de dol­lars ca­na­diens de fonds pour le dé­ve­lop­pe­ment de sou­sen­semble ma­jeurs. Ces tra­vaux sont me­nés au Ca­na­da, en Ita­lie et en France à tra­vers les in­gé­nieurs d’ikos qui tra­vaillent sur la pro­pul­sion de la cap­sule. « Nous sommes en né­go­cia­tion pour une deuxième le­vée de fonds avec la Caisse de dé­pôt et pla­ce­ment du Qué­bec. Il se­rait in­té­res­sant que la France puisse éga­le­ment par­ti­ci­per au dé­ve­lop­pe­ment d’autres sous­en­sembles du train », es­time Sé­bas­tien Gendron.

« Une vo­lon­té po­li­tique »

L’idée est évi­dem­ment de conqué­rir des mar­chés (outre Pa­risTou­louse, un cor­ri­dor Pa­risF­ranc­fort est re­pé­ré), mais aus­si dans les pays où la France a un ré­seau d’in­fluence im­por­tant, no­tam­ment au Moyen­orient.

Car outre sa vi­tesse, Hy­per­loop a un autre atout ma­jeur. « Il coûte 30 % moins cher à construire qu’une ligne à grande vi­tesse, as­sure Sé­bas­tien Gendron. Et plus on avan­ce­ra dans la tech­no­lo­gie plus on pour­ra faire bais­ser les coûts. Un scien­ti­fique amé­ri­cain nous as­sure que le coût peut en­core être ré­duit si nous réa­li­sons des tun­nels sous­ter­rains, ce qui règle une grande par­tie des pro­blé­ma­tiques liées aux ar­ri­vées en centre­ville. »

Sé­bas­tien Gendron ne voit donc « pas ce qui pour­rait contra­rier la construc­tion de telles in­fra­struc­tures en France. Il s’agit juste d’une vo­lon­té po­li­tique ». D’au­tant qu’à la grande ques­tion du fi­nan­ce­ment, le pa­tron de la start­up as­sure avoir une ré­ponse. « Sur des cor­ri­dors comme ceux­là, nous n’avons même pas be­soin de l’état, même s’il vou­dra conser­ver un droit de re­gard sur les ta­rifs. Des in­ves­tis­seurs pri­vés ont la ca­pa­ci­té à al­ler sur ces do­maines. » Y com­pris chez les opé­ra­teurs de trans­port. « Nous ne sommes pas en concur­rence avec eux. Nous avons des dis­cus­sions avec Air France par exemple. Nous sommes concur­rents des construc­teurs tels qu’al­stom pour les trains mais aus­si Air­bus ou Boeing ». La SNCF a d’ailleurs in­ves­ti dans une star­tup amé­ri­caine qui tra­vaille sur l’hy­per­loop éga­le­ment.

Le sys­tème offre éga­le­ment un ca­den­ce­ment in­éga­lable avec un dé­part toutes les 80 se­condes, ce qui per­met de trans­por­ter 45 mil­lions de pas­sa­gers par an. « Les mo­dules ne peuvent trans­por­ter que 25 per­sonnes à la fois mais c’est com­pen­sé par le nombre de trains qui cir­culent. Il faut les ca­den­cer pour qu’ils des­servent les villes en fonc­tion de la de­mande. Et pour ce­la il suf­fit juste d’ai­guiller la cap­sule en amont de la sta­tion ».

Reste évi­dem­ment à par­ler du prix du billet. « On peut te­nir un Pa­ris­tou­louse à 60 eu­ros ». Qui dit mieux ?

(*) Elon Musk, sud­afri­cain na­tu­ra­li­sé ca­na­dien est le PDG Spa­cex, et de Tes­la Mo­tors. Il a pro­po­sé un nou­veau mode de trans­port bap­ti­sé Hy­per­loop2 et ex­po­sé son sou­hait de contri­buer à la co­lo­ni­sa­tion de Mars.

TER­MI­NUS. Une gare Hy­per­loop telle qu’on pour­rait en voir sur­gir dans les an­nées à ve­nir à tra­vers le monde et pour­quoi pas à Li­moges ou Brive ? DR TRANSPOD

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