Dans les en­trailles du bar­rage de Bort

La Montagne (Brive) - - La Une - PHO­TO D’AR­CHIVES

PA­TRI­MOINE. Il ré­gule le dé­bit de la Dor­dogne de­puis sa mise en eau en 1952. Le bar­rage de Bort­les­orgues a alors of­fert à la ville cor­ré­zienne un nou­veau vi­sage.

TOU­RISME. Le bar­rage ne se ré­sume pas qu’à ses bai­gneurs. Un es­pace vi­si­teur est amé­na­gé pour dé­cou­vrir l’hy­dro­élec­tri­ci­té et l’ou­vrage.

Vé­ri­table ré­gu­la­teur du dé­bit de la Dor­dogne, le bar­rage de Bort-le­sorgues, ex­ploi­té par EDF, a of­fert à la ville un nou­veau vi­sage au tour­nant des an­nées 1940-1950. Son rap­port am­bi­va­lent à la po­pu­la­tion n’en fait pas moins la prin­ci­pale source d’at­trac­ti­vi­té de la ci­té.

Quelle se­rait la no­to­rié­té de la ci­té des orgues si un bar­rage n’était pas ve­nu re­des­si­ner ses contours dans les an­nées 1940 ? Dif­fi­cile d’ima­gi­ner un tel scé­na­rio mais, l’uti­li­sa­tion de cet ou­vrage de 120 mètres de haut, le plus en amont de la Dor­dogne, donne quelques in­di­ca­tions. Bort­le­sOrgues s’est fait un nom ces soixante­cinq der­nières an­nées en s’ap­puyant sur ce mur de bé­ton qui, tel Si­syphe sou­te­nant son ro­cher, est ca­pable de re­te­nir jus­qu’à 500 mil­lions de mètres cubes d’eau éten­dus sur 1.000 hec­tares et vingt et un ki­lo­mètres de long.

Entre cet em­blème et les ha­bi­tants, la re­la­tion est aus­si com­plexe que le che­mi­ne­ment de l’idée de cons­truire l’ou­vrage, dans la fou­lée de la Pre­mière Guerre mon­diale et sa mise en oeuvre, trois ans après le dé­but de la Se­conde. « Le lac a été une sorte de sé­pa­ra­tion, des gens ont per­du leur mai­son », constate Corinne Sa­ba­tier, pe­ti­te­fille d’un an­cien ha­bi­tant de Port­dieu, l’un des trois vil­lages en­glou­tis. Pour le maire de Bort­les­orgues, Na­tha­lie Del­cou­derc­juillard, l’un des fac­teurs du dé­clin dé­mo­gra­phique ré­side dans « la peur d’ha­bi­ter en des­sous du bar­rage ». S’il ne nie pas « une forme de crainte », le chef de grou­pe­ment du bar­rage, Jé­rôme Cré­moux, re­tient « la fier­té » et « la re­la­tion de confiance » entre les Bor­tois et leur em­blème.

Pen­dant la construc­tion (1942­ 1952), Bort­les­orgues se trans­forme. Ce pro­jet trouve son sens dans une vo­lon­té de la France de re­fu­ser la dé­pen­dance en char­bon au Royaume­uni et à l’al­le­magne. Pour ce­la, il faut des idées, in­no­ver. La seule pa­rade face au manque de ma­tière pre­mière. Le bar­rage de­vient « l’un des grands in­ves­tis­se­ments de l’après­guerre ». Les tra­vaux du­re­ront dix ans, le temps que naisse, au coeur de la ville, un vé­ri­table vil­lage peu­plé de 1.500 ou­vriers. Une vie lo­cale se tisse, ra­conte l’écri­vain Re­né Li­mou­zin dans son livre

Les eaux cap­tives. Bort­les­orgues pointe alors à 5.400 âmes, un re­cord sui­vi d’une éro­sion tou­jours d’ac­tua­li­té.

Ré­ser­voir

Les dé­cen­nies ruis­sellent au gré des crues mais, l’ou­vrage, lui, de­meure. « L’hy­dro­élec­tri­ci­té de­mande un énorme in­ves­tis­se­ment au dé­part, qui s’amor­tit en une qua­ran­taine d’an­nées mais, après, ce n’est que de la main­te­nance, il n’y a pas de du­rée de vie li­mi­tée, vante Jé­rôme Cré­moux. Il peut te­nir pen­dant des siècles. » Troi­sième re­te­nue la plus im­por­tante de France mé­tro­po­li­taine, le bar­rage bor­tois oc­cupe une place stra­té­gique sur la Dor­dogne. La pre­mière. « C’est le ro­bi­net de la Dor­dogne », ré­sume le chef de grou­pe­ment. Au­tre­ment dit, sa si­tua­tion, en tête de la val­lée, le rend « fon­da­men­tal » pour les autres, tels que l’aigle et Ma­règes. « Bort est ca­pable de sto­cker de l’eau dans les mo­ments cri­tiques et peut ali­men­ter les autres dans les pé­riodes de sé­che­resse, c’est un vrai ré­ser­voir », illustre le res­pon­sable du site.

Si la ma­chine est aus­si bien ro­dée, c’est aus­si parce que le bar­rage ne fonc­tionne pas seul. Chaque an­née, 45 à 50 % de l’eau sont li­vrés par le bar­rage de Vaus­saire (Can­tal) via la Rhue. Bort puise dans un ré­seau construit à par­tir de ruis­seaux dé­viés, de pentes et de re­te­nues si­tuées en par­tie en Au­vergne, à la ma­nière des aque­ducs ro­mains.

Entre les murs de bé­tons qui sé­parent la cin­quan­taine d’em­ ployés de mil­lions de mètres cubes d’eau, deux mé­tiers se conjuguent afin de veiller sur les cent quinze mètres de chutes d’eau jus­qu’aux 10.000 watts en sor­tie d’usine qui iront ali­men­

ter plus de 120.000 foyers. Quand l’éner­gie est pro­duite à Bort­les­orgues, son uti­li­sa­tion est té­lé­con­duite de­puis un centre de pi­lo­tage ba­sé à Tou­louse. « L’usine est sui­vie en per­ma­nence, pré­cise Jé­rôme Cré­moux. La pro­duc­tion est op­ti­mi­sée à dis­tance en fonc­tion des be­soins ». Car l’un des atouts de l’hy­dro­élec­tri­ci­té reste sa flexi­bi­li­té. Ain­si, entre les deux ro­chers, sortes de ver­rous na­tu­rels, l’eau sto­ckée en grande quan­ti­té ga­ran­tit des dé­bits suf­fi­sants pour toute l’an­née.

Et offre un site de bai­gnade sur le­quel Bort­les­orgues ca­pi­ta­lise afin de pro­mou­voir sa carte pos­tale de des­ti­na­tion tou­ris­tique. Avec en fond, le châ­teau de Val, un ca­deau lais­sé sur le ri­vage lors de la mise en eau du bar­rage.

PHO­TO P. CHAREYRON

Le bar­rage ex­ploi­té par EDF a re­des­si­né le pay­sage bor­tois dans les an­nées 1940.

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