Quand le sang coule sur les pierres de Bri­diers

Après la Pre­mière Guerre mon­diale l’an pas­sé, la Fresque de Bri­diers s’ins­pire de l’époque mé­dié­vale, avec Le Sang et la pierre ou la quête d’al­bé­ric il y a mille ans en Aqui­taine, pour fê­ter le mil­lé­naire de La Sou­ter­raine. Un son et lu­mière qui per­dure

La Montagne (Brive) - - Estivités - Vir­gi­nie Mayet vir­gi­nie.mayet@cen­tre­france.com

Pay­sans, vi­kings et moines at­ten­daient qu’ils fassent nuit noire, à l’abri des re­gards, dans les huit cou­lisses dif­fé­rentes. Les ré­pé­ti­tions com­mencent fort avec un pe­tit feu d’ar­ti­fice au­des­sus des ruines du châ­teau de Bri­diers. Ce n’est qu’un test mais il au­gure un spec­tacle gran­diose. D’ailleurs, Jean­noël Pi­naud, le met­teur en scène, qui ras­sure ses troupes au mi­cro, avant que le spec­tacle ne com­mence, pro­met un em­bra­se­ment du site comme nul n’a ja­mais vu en douze ans de Fresque !

Sou­dain, le si­lence se fait dans le théâtre de ver­dure. Il est 22 h 30. Le don­jon de Bri­diers s’éclaire. Plu­sieurs say­nètes ap­pa­raissent aux quatre coins du val­lon pour ce pre­mier ta­bleau. La voix de Fa­bienne Thi­beault re­ten­tit dans la nuit. La chan­teuse nous conte l’his­toire d’al­bé­ric, de 2 à 73 ans. Et pour ce faire, il faut re­mon­ter à l’en­lè­ve­ment d’em­ma de Sé­gur, vi­com­tesse de Li­moges, au cours d’un pè­le­ri­nage.

Des vi­kings dé­barquent de par­tout par di­zaines, de droite, de gauche et même du mi­lieu des tra­vées. Une dame vê­tue de belles étoffes et d’une coiffe de noble est sou­le­vée par un vi­king im­po­sant et em­me­née sur un drak­kar. Un drak­kar qui flotte sur Bri­diers, c’est une pre­mière ! Des sol­dats cas­qués filent à toute al­lure. Les ca­va­liers sont de re­tour pour le mil­lé­naire de La Sou­ter­raine.

Ain­si, dès le dé­but, le pu­blic sait d’où vient Al­bé­ric tan­dis que le pro­ta­go­niste mè­ne­ra une double quête toute au long de sa vie : celle du sang et celle de la pierre. « Ce spec­tacle est une fic­tion qui a été conçue comme une en­quête po­li­cière », ra­conte le met­teur en scène.

Une fois Em­ma li­bé­rée, elle dé­barque avec un bé­bé, le pe­tit Al­bé­ric qu’elle confie à une nour­rice, avec un pré­cieux mé­daillon mar­qué du bla­son de la noble fa­mille. Les ta­bleaux s’en­chaînent, dont l’ar­ri­vée triom­phale d’em­ma à Li­moges, qui re­trouve son époux Guy, vi­comte de Li­moges après trois ans de cap­ti­vi­té. L’en­fant, le bâ­tard, est confié aux moines qui viennent de s’ins­tal­ler à La Sou­ter­raine.

C’est là que la fic­tion se mêle à la grande His­toire avec un ta­bleau qui re­vient sur l’his­toire de la construc­tion d’un mo­nas­tère. Un long cor­tège de moines dé­barque sur la « ter­ra sos­te­ra­nea ». C’est Gé­rald de Cro­zant qui offre un lo­pin de terre à des frères de l’ab­baye Saint­mar­tial de Li­moges pour créer un prieu­ré dé­dié à Saint­be­noît. Les co­mé­diens sur­gissent de toutes parts. Des images sont pro­je­tées sur le don­jon et les arbres au­tour. Le spec­ta­teur ne sait plus où don­ner de la tête.

Mais au fil du temps, l’ab­bé Étienne se rend bien compte que leur no­vice est plus in­té­res­sé par la construc­tion du mo­nas­tère et l’ar­chi­tec­ture que les écri­tures saintes. Il le choi­sit donc pour ac­com­pa­gner le vi­comte en pè­le­ri­nage. Al­bé­ric est ébloui par l’église de Cons­tan­ti­nople, la ba­si­lique Sainte­so­phie. De re­tour, sa dé­ci­sion est prise : il de­vien­dra un bâ­tis­seur, et qui plus est un bâ­tis­seur d’églises et il épou­se­ra Isa­belle, la jeune ber­gère ren­con­trée lors d’une foire de la Saint­an­dré.

Et Al­bé­ric ne met pas trop long­temps à se for­ger une so­lide ré­pu­ta­tion. Il est même sol­li­ci­té par les Nor­mands pour al­ler y éle­ver une ab­ba­tiale, à Ju­mièges. Mais pen­dant ce temps, un mal a ga­gné le Li­mou­sin : la lèpre. Les ma­lades sont mis de cô­té. Ils sont mu­nis d’un cha­peau ou d’une ca­puche noire et

Le no­vice Al­bé­ric de­vien­dra fi­na­le­ment bâ­tis­seur d’ab­bayes

d’une cli­quette, qu’ils doivent agi­ter constam­ment de nuit, comme ce soir. Leur son ré­sonne dans la nuit noire tan­dis que des dan­seurs, aux al­lures de squelettes, s’agitent de­vant nous sur­vo­lés par des lam­pions por­ tés par des drones. Sa femme et sa fille, Isa­belle et Lu­cile sont em­por­tées par la lèpre.

Al­bé­ric, quant à lui, pour­suit son che­min et son oeuvre au­près des Nor­mands, prin­ci­pa­ le­ment, sans avoir ti­ré au clair le mys­tère de ses ori­gines. Au de­meu­rant. En sau­ra­t­il plus à la fin de sa vie ? Al­bé­ric va­t­il me­ner à son terme sa quête du sang, tout comme sa quête de bâ­tis­seur ?

PHO­TO MA­THIEU TIJERAS

TA­BLEAU. Plu­sieurs dan­seuses fêtent ici le cou­ron­ne­ment du duc d’aqui­taine, Guillaume VI.

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