Der­rière la voix d’une mez­zo­so­pra­no

La Montagne (Brive) - - Estivités - Fran­çois Des­noyers

Que se cache­t­il der­rière une voix ? Celle de Mar­ta Fon­ta­nals­sim­mons est tout à la fois pro­fonde et dé­li­cate, ample et nuan­cée. Et lorsque la mez­zo­so­pra­no est sur scène, on en vien­drait presque à prendre quelques dis­tances, im­pres­sion­né, in­ti­mi­dé par la pré­sence qu’elle im­pose et toute la sen­si­bi­li­té qui se dé­gage de son in­ter­pré­ta­tion.

Mais quand les ri­deaux se baissent, c’est, der­rière cette voix, une autre jeune femme qui ap­pa­raît, tout en hu­mi­li­té, et plus que ja­mais émer­veillée de se voir évo­luer dans ce monde de l’opé­ra.

« De­puis mes dé­buts, j’aime ter­ri­ble­ment la mu­sique, tout ce qui se passe sur scène, mais éga­le­ment ce qui a lieu hors de la scène : l’am­biance entre col­ lègues, la pos­si­bi­li­té que nous avons de créer quelque chose tous en­semble », ex­plique­t­elle.

C’est le dé­but de l’été, à Pa­ris, et Mar­ta Fon­ta­nals­sim­mons s’ap­prête à in­ter­pré­ter le per­son­nage de Che­ru­bi­no dans les

Noces de Fi­ga­ro, de Mo­zart, dans le pres­ti­gieux cadre du théâtre des Champs­ely­sées. Tout à son en­thou­siasme, elle se dit im­pa­tiente, ex­ci­tée, et heu­reuse de se pro­duire dans la ca­pi­tale fran­çaise, cette « su­perbe ville dont elle est tom­bée amou­reuse ». La jeune femme a beau avoir dé­jà nombre de re­pré­sen­ta­tions et de ré­ci­tals à son ac­tif, elle a gar­dé la fraî­cheur de ses dé­buts.

A 30 ans, pour­tant, sa car­rière s’ac­cé­lère. Les concerts et au­di­tions se mul­ti­plient. Elle tient le rôle titre du Cen­drillon de Ros­si­ni au sein de la troupe Di­va Ope­ra, pas­sée fin juillet dans le Nor­folk, en An­gle­terre, an­non­cée ce week­end au châ­teau du Saillant en Cor­rèze, dans le cadre du fes­ti­val de la Vé­zère.

Plu­sieurs ré­ci­tals de la jeune femme sont d’ores et dé­jà ca­lés pour la fin de l’an­née 2017, et une pro­duc­tion est an­non­cée au Tea­tro Real de Ma­drid en février et mai 2018… L’agen­da se rem­plit, il s’in­ter­na­tio­na­lise aus­si.

Trou­ver de nou­velles cou­leurs

Etape après étape, Mar­ta Fon­ta­nals­sim­mons a ain­si tra­cé la route qu’elle es­pé­rait suivre, ado­les­cente, lors­qu’elle com­prit qu’elle « vou­lait être chan­teuse », sans sa­voir en­core exac­te­ment comment on pou­vait y par­ve­nir. L’en­fant qui pous­sait avec in­sis­tance la chan­son­nette avait ap­pris à ai­mer la mu­sique.

Pia­no, vio­lon, jeu en so­lo puis en groupe… Chaque nou­veau pas a confir­mé son in­té­rêt pour cet uni­vers. C’est donc tout lo­gi­que­ment qu’elle s’en­ga­ge­ra dans des études mu­si­cales, ap­pre­nant alors « l’art de l’opé­ra ». Elle pas­se­ra no­tam­ment par la Guil­dhall School of Mu­sic &

Le rôle­titre du Cen­drillon de Ros­si­ni joué en An­gle­terre

Bri­tan­nique et Ca­ta­lane, des ori­gines plu­rielles source de fier­té

Dra­ma de Londres. Des prix vien­dront confir­mer ses pré­dis­po­si­tions, par­mi les­quels la pres­ti­gieuse Gold Me­dal en 2015, sur des arias de Mo­zart, Bel­li­ni ou Ros­si­ni.

Elle est, de­puis, sur la scène et sur les routes. De cette ef­fer­ves­cence qui va cres­cen­do, la mez­zo­so­pra­no se ré­jouit, bien sûr. Elle dit ai­mer le contact avec dif­fé­rents pu­blics, dif­fé­rentes at­mo­sphères, au fil de ses dé­pla­ce­ments. « Nous chan­tons dans des en­vi­ron­ne­ments très dif­fé­rents, et ce­la doit nous per­mettre de trou­ver de nou­velles cou­leurs ou nuances, pour­sui­telle. Chaque per­for­mance est dif­fé­rente comme chaque at­mo­sphère est dif­fé­rente ».

Le but est, bien sûr, de don­ner plus de vé­ri­té et de s’ap­pro­cher tou­jours plus du per­son­nage qu’elle in­carne, au­de­là de la simple maî­trise de l’air d’opé­ra. « C’est ce que j’aime tout par­ti­cu­liè­re­ment dans mon mé­tier : com­prendre qui sont les per­sonnes que je joue, par­ve­nir à me connec­ter à eux et à les faire vivre », ex­plique Mar­ta Fon­ta­nals­sim­mons.

Une quête de longue ha­leine. Mais pour la me­ner à bien, pour être ca­pable de sai­sir une large pa­lette de sen­ti­ments, la jeune femme dis­pose d’un atout pré­cieux : ses ori­gines plu­rielles. C’est d’ailleurs une fier­té : ne pré­cise­t­elle pas, dans la pré­sen­ta­tion qu’elle fait d’elle sur son compte twit­ter, qu’elle est une « bri­tish/ca­ta­lan mez­zo­so­pra­no » (mez­zo­so­pra­no bri­tan­no­ca­ta­lane) ?

« C’est un mé­lange culturel très in­té­res­sant pour un ar­tiste, confirme­t­elle. J’ai beau­coup de chance d’avoir du sang ca­ta­lan en moi. Mon père écou­tait les grands chan­teurs es­pa­gnols, ce­la m’a in­fluen­cé. » A la par­tie ca­ta­lane, la « connexion avec les émo­tions ». A la par­tie bri­tan­nique, une cer­taine ré­serve. De quoi lui per­mettre de sai­sir un grand vo­lant d’émo­tions et de les ex­pri­mer par son in­ter­pré­ta­tion, tout à la fois ca­ta­lane et bri­tan­nique. Elle sou­rit : « je pense que j’ai re­çu le meilleur des deux, c’est vrai­ment une bonne com­bi­nai­son ! » Son par­cours parle pour elle.

MAR­TA FON­TA­NALS-SIM­MONS. Avant d’in­ter­pré­ter Cen­drillon, la chan­teuse était ré­cem­ment à l’af­fiche au Théâtre des Champs-ely­sées à Pa­ris et au Gar­sing­ton Ope­ra à Ox­ford dans le Nozze de Fi­ga­ro de Mo­zart, rayon­nante en Che­ru­bi­no. Dans Cen­drillon, un drame joyeux sous-ti­tré Le triomphe de la bon­té, on dé­couvre les aven­tures d’an­ge­li­na, fra­gile et lu­mi­neuse hé­roïne de Ros­si­ni. PHOTO DR.

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