Di­ver­gences sur le sui­vi des gref­fés du coeur

Le CHU cla­ri­fie le pro­to­cole, des pa­tients s’in­quiètent en­core.

La Montagne (Brive) - - La Une - Tan­guy Ol­li­vier tan­guy.ol­li­vier@cen­tre­france.com

La di­rec­tion du CHU de Li­moges a cla­ri­fié hier le sui­vi de ses pa­tients trans­plan­tés du coeur. L’un d’entre eux, Mou­nir Ch­la­gou, conti­nue de poin­ter des dys­fonc­tion­ne­ments dans la prise en charge.

Mou­nir Ch­la­gou est en co­lère et il a sou­hai­té le faire sa­voir. Il y a dix ans, le 15 août 2007, ce Briviste a su­bi une trans­plan­ta­tion car­diaque au CHU de Li­moges. Une opé­ra­tion très lourde, qui l’oblige en­core à prendre vingt­cinq ca­chets par jour. Au fil du temps, il a noué un lien fort, un « rap­port de confiance to­tale » avec le doc­teur Flo­rence Rol­lé, qui l’a sui­vi pen­dant de longues an­nées. Une re­la­tion « rom­pue » en mars 2017, de­puis que la car­dio­logue est en ar­rêt ma­la­die. « Pla­car­di­sa­tion »

Un an plus tôt, Flo­rence Rol­lé af­firme avoir « lan­cé une alerte », après avoir consta­té un taux de dé­cès anor­ma­le­ment éle­vé chez ses pa­tients. A l’époque, le CHU avait ré­agi, en lien avec l’agence ré­gio­nale de san­té (ARS), en sus­pen­dant son ac­ti­vi­té de greffe du coeur. Cette ac­ti­vi­té n’a ja­mais rou­vert, sans que les conclu­sions de l’en­quête soient ren­dues pu­bliques.

A mots cou­verts, le doc­teur Rol­lé évoque sa si­tua­ tion sur le site In­ter­net change.org où elle a lan­cé une pé­ti­tion « contre le har­cè­le­ment, la mal­trai­tance, la dé­gra­da­tion des soins à l’hô­pi­tal pu­blic ». Elle es­time vivre une sorte de « pla­car­di­sa­tion […] pro­ba­ble­ment » pour avoir dé­non­cé de graves « dys­fonc­tion­ne­ments » au sein du ser­vice de car­dio­lo­gie du CHU.

Ce sen­ti­ment, Mou­nir et Pas­cale Ch­la­gou le par­tagent. Ils l’ont ex­pri­mé dans dif­fé­rents cour­riers adres­sés à la mi­nistre de la San­té, au con­seil de l’ordre des mé­de­cins de la Haute­vienne, à l’agence de bio­mé­de­cine…

Se­lon eux, l’ab­sence de Flo­rence Rol­lé a pro­vo­qué une « déshé­rence » des pa­tients trans­plan­tés et une « dé­gra­da­tion » de leur prise en charge. Ils s’en sont éga­le­ment ou­verts à plu­sieurs re­prises au di­rec­teur du CHU de Li­moges.

Le centre hos­pi­ta­lier a tou­jours ré­pon­du qu’une équipe qua­li­fiée était là pour as­su­rer le sui­vi mé­di­cal. En vain en ce qui concerne Mou­nir et Pas­cale Ch­la­gou, qui af­firment par­ler au nom de « nom­breux autres pa­tients ». Ils conti­nuent d’es­ti­mer que le dis­po­si­tif ac­tuel n’est pas sa­tis­fai­sant. « Les pa­tients sont trim­ba­lés »

« C’est du ra­fis­to­lage, es­time le couple, qui ré­clame le re­tour du doc­teur Rol­lé. De­puis six mois, les pa­tients sont trim­ba­lés. Cer­tains vont à Bor­deaux, d’autres à Pa­ris, Tours, Tou­louse… Pour nous, la confiance est rom­pue. »

Hier ma­tin, la di­rec­tion du centre hos­pi­ta­lier a re­çu les pa­tients gref­fés du coeur (lire ci­des­sous) pour cla­ri­fier le pro­to­cole de sui­vi mis en place avec le CHU de Bor­deaux. Mou­nir Ch­la­gou y était, mais n’a tou­jours pas été convain­cu par les pro­pos « ras­su­rants » qui ont été te­nus de­vant lui. « On ne peut s’em­pê­cher de se po­ser une ques­tion, dit­il. Si on n’avait rien fait, est­ce que le CHU au­rait ré­agi ? » ■

COUPLE. Mou­nir et Pas­cale Ch­la­gou ont écrit de nom­breux cour­riers pour dé­non­cer des dys­fonc­tion­ne­ments dans la prise en charge des pa­tients gref­fés du coeur au CHU de Li­moges. L’éta­blis­se­ment af­firme que le sui­vi est as­su­ré par une équipe qua­li­fiée.

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