Après le gel la ré­colte de pommes se fait au cas par cas

Les nou­velles at­tentes des consom­ma­teurs s’in­vitent dans les al­lées des ver­gers cor­ré­ziens

La Montagne (Brive) - - La Une - Ca­ro­line Gi­rard

De­puis l’ar­rê­té pre­fec­to­ral ayant fixé au 4 sep­tembre l’au­to­ri­sa­tion de lan­cer les ré­coltes, les pro­duc­teurs avancent dans leurs ver­gers à me­sure de la ma­tu­ri­té des fruits.

On pour­rait s’at­tendre à une ba­lade en mer. Avec son ac­cou­tre­ment de ma­rin, le ci­ré jaune vis­sé sur les épaules, Pierre Bo­rie sur­veille son équi­page. Sur les ver­gers de la fa­mille Chauf­faille, à Con­cèze, il est le ca­pi­taine, là pour veiller, en pé­riode de ré­colte, sur près de 80 cueilleurs. « Les pommes n’at­tendent pas ! Il n’y a que par risque d’orages que l’on ar­rête tout ». Alors mal­gré la pluie in­ces­sante hier, au troi­sième jour de cueillette, pas ques­tion de re­po­ser les bras, et les pa­niers.

« Au to­tal, nous avons 2.600 tonnes de pommes à cueillir en trois se­maines et de­mie, énu­mère Pierre Bo­rie. De­puis lun­di, 80 cueilleurs sont pré­sents sur nos 60 hec­tares. Et en moyenne, chaque per­sonne ré­colte 1,5 tonne par jour ». Ve­nus d’es­pagne, du Por­tu­gal ou de Po­logne, eux aus­si ont à com­po­ser avec les ca­prices de la mé­téo. « Lors de jour­nées comme celles­ci, les fruits ra­mas­sés sont gor­gés d’eau et en­core plus fra­giles. Il faut faire très at­ten­tion lors des ma­ni­pu­la­tions. Les pommes, c’est comme les oeufs ! ». D’au­tant qu’avec la pluie, il est par­fois dif­fi­cile d’avoir pleine li­ber­té dans sa ges­tuelle avec l’at­ti­rail du ma­rin­cueilleur, le pa­ nier et le k­way constam­ment sur le dos. « Nous re­gar­dons la mé­téo deux fois par jour : pour pré­voir le chan­tier de cueillette, et aus­si pour pré­ve­nir l’évo­lu­tion de la pomme ».

En plus des yeux de Pierre Bo­rie, ceux d’une contrô­leuse et d’un trac­to­riste sont af­fec­tés à chaque groupe de 20 cueilleurs pour veiller au bon dé­rou­le­ment de la ré­colte. « La pre­mière jour­née est des­ti­née à la for­ma­tion des no­vices, pré­cise l’ar­bo­ri­cul­teur. En­suite, deux contrôles sont ef­fec­tués quo­ti­dien­ne­ment pour vé­ri­fier au ha­sard la conte­nance des pa­lox ». Et rec­ti­fier le tir si trop de fruits abî­més, grif­fés ou mâ­chés se sont in­vi­tés à la pêche. Nou­velles va­rié­tés, nou­velles tech­niques

Dans les al­lées des ver­gers de la Cham­bois­sière, les li­gnées d’arbres dé­pour­vues de pommes au pied s’en­chaînent. Car con­trai­re­ment aux an­nées pré­cé­dentes, la ré­colte des pommes gol­den se fait en deux fois. « Nous ef­fec­tuons un pre­mier pas­sage pour ré­col­ter les pommes en bas de l’arbre, et une di­zaine de jours après, nous cueille­rons celles du haut pour leur lais­ser le temps de ro­sir ». Si la tra­di­tion­nelle gol­den du Li­mou­sin se mange bien verte, une nou­velle vague de consom­ma­teurs l’aime dé­sor­mais avec quelques re­flets ro­sés, en­gen­drés no­tam­ment par les écarts de tem­pé­ra­ture entre la nuit et le jour. « À l’achat, il y a une dif­fé­rence d’en­vi­ron 50 cts au ki­lo pour le consom­ma­teur, et entre 10 à 15 cts pour le pro­duc­teur », éclaire Agnès Don­zeau, char­gée de mis­sion au Syn­di­cat de dé­fense de L’AOP Pommes du Li­mou­sin. « Ce­la aug­mente un peu notre temps de ré­colte, mais nous nous y re­trou­vons sur le prix d’achat », com­plète Pierre Bo­rie. Si l’im­pact gus­ta­tif est nul sur le fruit, la pomme ro­sée re­pré­sente dé­sor­mais « 5 à 10 % de notre pro­duc­tion ».

PRE­MIER PAS­SAGE. Pour lais­ser les pommes en hau­teur prendre une cou­leur ro­sée, la cueillette se fe­ra en deux fois sur les ver­gers de la Cham­bois­sière à Con­cèze. PHO­TO PAS­CAL PERROUIN

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