Une étrange pol­lu­tion à l’étang du Ro­seau Gaillard

C’est une bien étrange in­va­sion qui frappe l’étang du Ro­seau Gaillard, à Saint-pan­ta­léon-de-larche. Le plan d’eau est en­va­hi de­puis main­te­nant trois ans par des len­tilles d’eau. Des bé­né­voles ont dé­ci­dé de ré­agir afin de le net­toyer et de sau­ver ain­si un

La Montagne (Brive) - - La Une - Clé­men­tine Du­tertre brive@cen­tre­france.com

Le club de pêche Ro­bin­son Carpe Car­nas­sier 19 (RCC 19), est en émoi. L’étang où ses adhé­rents ont l’ha­bi­tude de ta­qui­ner les pois­sons est de­ve­nu tout vert. La faute aux len­tilles d’eau, qui pro­voquent une im­por­tante mor­ta­li­té de pois­sons. 1

Le constat. De­puis trois ans, ces plantes aqua­tiques sont ap­pa­rues sur l’étang du Ro­seau Gaillard. D’abord in­si­gni­fiantes, ces « len­ti­cules » ont fi­ni par for­mer une couche épaisse à la sur­face de l’eau, em­pê­chant la lu­mière de tra­ver­ser, tuant tout le sys­tème aqua­tique et en­traî­ nant la mort des pois­sons, pri­vés d’oxy­gène et de nour­ri­ture.

De­puis deux se­maines, c’est une énorme quan­ti­té du chep­tel qui a dis­pa­ru et deux hec­tares d’étang qui sont in­fes­tés. « On a sor­ti 70 pois­sons, prin­ci­pa­le­ment des carpes et des amour blanc. Ces pois­sons fai­saient entre 5 et 20 kg, soit des ani­maux qui se trou­vaient dans cet étang de­puis plus de 20 ans. Une vraie ca­tas­trophe », dé­plore Da­mien Bouillon, pré­sident du club Ro­bin­son Carpe Car­nas­sier 19.

L’ex­cès de « len­ti­cules » est la cause de cette eu­tro­phi­sa­tion. Chaque len­tille d’eau fa­brique une nou­velle feuille qui gros­sit, puis se dé­tache et forme une nou­velle plante. Cette mul­ti­pli­ca­tion vé­gé­ta­tive ne fait donc in­ter­ve­nir ni graines, ni spores. À se de­man­der comment cette plante aqua­tique est ar­ri­vée là. 2

Les ac­tions. Aper­ce­vant des pois­sons à l’ago­nie à la sur­face de l’eau, les pê­cheurs de RCC 19 ont dé­ci­dé de ré­agir. Ils ont éta­bli un plan d’ac­tion. Sa­me­di 9 sep­tembre, une quin­zaine de bé­né­voles ont re­mon­té leurs manches pour par­tir à l’as­saut du monstre aqua­tique. Plus de 12 tonnes de len­tilles d’eau ont été ra­pa­triées sur le sol… et à la main.

« Nous avons qua­drillé les deux hec­tares de l’étang avec des fi­lets pour di­vi­ser en plu­sieurs sec­teurs et net­toyer zone par zone. Un vrai tra­vail de four­mis, tout en sys­tème D avec des barques et des épui­settes », dé­taille Da­mien Bouillon.

L’ob­jec­tif de ces ac­tions consiste à re­ti­rer les len­tilles pour voir s’il reste des pois­sons à sau­ver. Chaque soir jus­qu’à 21 h 30, quelques bé­né­voles se rendent sur le site afin d’ef­fec­tuer ces mi­cro­ac­tions.

« Il faut vrai­ment sou­li­gner le tra­vail de ces bé­né­voles qui se dé­mènent pour sau­ver cet éco­sys­tème. On dit des pê­cheurs qu’ils sont des “pol­lueurs”. Il est temps de ba­layer ce pré­ju­gé et de s’aper­ce­voir que nous dé­fen­dons notre bio­sphère seuls », ajoute Greg Ber­ger, pê­cheur et vo­lon­taire pour désen­gor­ger le plan d’eau. 3 Et après ? Hier, les ser­vices vé­té­ri­naires ont été sol­li­ci­tés par Mi­chel Boi­roux, pré­sident de L’AAPPMA Ro­seau Gaillard, une as­so­cia­tion de pêche de Brive. Afin de dé­ter­mi­ner les causes qui ont pu pol­luer l’étang, un pois­son et un échan­tillon d’eau ont été ap­por­tés. « Ce que nous vou­lons com­prendre, c’est pour­quoi ce point d’eau est tou­ché alors que les autres à cô­té sont sains. Nous ne sa­vons pas d’où pro­viennent ces len­tilles d’eau et pour­quoi elles se sont dé­ve­lop­pées si ra­pi­de­ment », ex­plique le pré­sident du Ro­seau Gaillard.

« Nous pen­sons que cette plante aqua­tique a été ame­née par un oi­seau ou bien qu’une per­sonne a dé­ver­sé quelque chose, un pro­duit dans le plan d’eau. Seules les ob­ser­va­tions des ser­vices vé­té­ri­naires pour­ront le dire », sou­ligne Greg Ber­ger.

Les ana­lyses per­met­tront aux bé­né­voles et membres de l’as­so­cia­tion d’af­fi­ner leur plan d’at­taque pour ten­ter de sau­ver l’étang. Une lo­ca­tion de ma­té­riel est en­vi­sa­gée pour désen­cras­ser le plan d’eau plus ef­fi­ca­ce­ment, mais c’est un pro­jet oné­reux qui né­ces­si­te­rait des fonds.

En at­ten­dant, toute pêche à l’étang du Ro­seau Gaillard est in­ter­dite jus­qu’à nou­vel ordre.

Le tra­vail des bé­né­voles re­donne es­poir et li­mite la casse

PÊ­CHEUR ET SAU­VE­TEUR. Les len­tilles d’eau in­festent les deux hec­tares de l’étang du Ro­seau Gaillard, le ren­dant vert. Les bé­né­voles ra­massent les plantes aqua­tiques à l’épui­sette. Un sys­tème D long et fas­ti­dieux. PHO­TO PAS­CAL PERROUIN

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