Ces mé­tiers qui s’ouvrent aux femmes

24 heures pour orien­ter sept femmes vo­lon­taires vers de nou­veaux do­maines pro­fes­sion­nels

La Montagne (Brive) - - La Une - Ca­ro­line Gi­rard brive@cen­tre­france.com

Dans le cadre d’une opé­ra­tion na­tio­nale, L’AFPA de Brive ac­com­pagne un groupe de femmes pour dé­cou­vrir des mé­tiers gen­rés.

Mal­gré la char­lotte en tis­sus, les grosses bottes en ca­ou­tchouc et les pulls épais, elles ont le ma­quillage im­pec­cable. Hier ma­tin, les soeurs Bach, de la bou­che­rie du même nom, ont ou­vert les portes de leur la­bo­ra­toire à sept femmes. Elles ont 38, 19 ou en­core 53 ans. Ont dé­jà tra­vaillé, ai­me­raient se re­con­ver­tir sans trop sa­voir dans quoi, ou ont au contraire un do­maine d’ac­ti­vi­té bien pré­cis en tête. Des pro­fils dif­fé­rents, mais une en­vie com­mune : celle de par­ti­ci­per, via L’AFPA, à l’opé­ra­tion « 24 heures pour chan­ger de vie professionnelle ».

« L’ob­jec­tif, c’est de dé­cons­truire les sté­réo­types, de dé­ve­lop­per la mixi­té des em­plois », éclaire l’ani­ma­trice du groupe Ju­liette Mou­ney. Et en bou­che­rie, les sté­réo­types, ce n’est pas ce qui manque. Equi­pé du par­fait at­ti­rail pour res­pec­ter les condi­tions d’hy­giène, le groupe se fau­file entre les fri­gos et les es­paces de pré­pa­ra­tion pour dé­cou­vrir le mé­tier que les deux soeurs ont en pas­sion de­puis leurs 15 ans. « C’est une entre­ prise fa­mi­liale, qui a été re­prise par ma mère en 1994, et par nous, en 2012, après avoir fait une école de com­merce », pose Anne­so­phie Bach. Dé­jà, l’idée de re­prendre le flam­beau leur trot­tait dans la tête, en choi­sis­sant une fi­lière spé­cia­li­sée dans la re­prise d’en­tre­prise. Puis elle a lar­ge­ment fait son che­min, et au­jourd’hui, les soeurs af­fichent fiè­re­ment leur réus­site et leurs am­bi­tions, qui leur au­ront per­mis de tri­pler le chiffre d’af­faires de­puis leur ar­ri­vée dans la bou­che­rie.

Sans langue de bois, elles parlent de tout. Des bons cô­tés, d’un mé­tier riche de ren­contres et où être une femme per­met d’ap­por­ter « de la fi­nesse, de la dex­té­ri­té ». Et des in­con­vé­nients, aus­si, d’évo­luer dans un mi­lieu où « la pré­sence d’hommes est beau­coup plus na­tu­relle. Il faut mon­trer deux fois plus de niaque et d’en­vie, mais ce n’est pas parce qu’on est une femme qu’on ne peut pas l’exer­cer ». Preuve en est, en chair et en os, avec leur nou­velle re­crue Éloïse, qui du haut de ses 18 ans et de son pe­tit ga­ba­rit, af­firme ses choix. « Mon père n’était pas vrai­ment par­tant pour que je choi­sisse cette voie. Mais je suis quel­qu’un de dé­ter­mi­né, alors je me suis lan­cée ». D’abord dans un CAP vente où elle a pu s’ini­tier cô­té bou­tique. Puis en CAP bou­che­rie, où elle s’af­firme aux cô­tés de deux col­lègues mas­cu­lins chez les soeurs Bach, le temps de son ap­pren­tis­sage.

Par­mi les sept femmes pré­sentes ce ma­tin­là, il y en a pour qui la vi­site au­ra été plus éprou­vante que d’autres. « Les car­casses, la char­cu­te­rie… Ce n’est pas mon truc. » Il y en a d’autres pour qui, en re­vanche, ce­la au­ra réel­le­ment ap­por­té quelque chose. « J’ai en­vie de de­man­der un stage de 15 jours dans le cadre de la mis­sion lo­cale !, s’en­thou­siasme Mé­la­nie, 19 ans. J’ai tra­vaillé en tant que com­mis de cui­sine et ça m’a don­né en­vie de dé­cou­vrir le monde de la bou­che­rie. Même si j’ai du ca­rac­tère, je me suis long­temps fer­mée à l’idée, en me dé­cou­ra­geant d’avance d’évo­luer dans un monde mas­cu­lin. Et quand je vois leur par­cours, ça me re­mo­tive et ça me donne en­core plus en­vie ».

Pour celles qui, en re­vanche, n’au­ront pas trou­vé dans cette ma­ti­née une nou­velle vo­ca­tion, un dé­no­mi­na­teur se­ra sans doute com­mun à toutes : « Elles ré­veillent mon cô­té com­ba­tif, s’en­thou­siasme Ati­ka. C’est une réus­site qui ras­sure, qui fait chaud au coeur. Et ce qui m’a le plus in­té­res­sé dans cette ma­ti­née, c’est leur par­cours. Leur image de femmes fortes, qui n’ont pas peur d’en­tre­prendre »

« Elles ré­veillent mon cô­té com­ba­tif »

L’ob­jec­tif, c’est de dé­cons­truire les sté­réo­types

VI­SITE. Hier ma­tin, les soeurs Bach ont ou­vert les portes de leur la­bo­ra­toire de pré­pa­ra­tion pour pré­sen­ter le mé­tier d’ar­ti­san bou­cher char­cu­tier. PHO­TO PAS­CAL PERROUIN

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