L’homme qui a tué Em­ma­nuel Ma­cron

Fran­çois Mé­dé­line dé­peint la « da­ta­sphère » dans Tuer Ju­pi­ter, un ro­man in­clas­sable

La Montagne (Brive) - - Foire Du Livre De Brive - Émilie Auf­fret

Fran­çois Mé­dé­line a tué Em­ma­nuel Ma­cron. Dans Tuer Ju­pi­ter, son as­sas­si­nat est un pré­texte à per­cer la « da­ta-sphère », à flir­ter avec les fake news et à ana­ly­ser un monde qui va de plus en plus vite.

La et le po­li­tique sont sa ma­tière pre­mière. Une ma­tière pre­mière qu’il connaît bien après dix an­nées pas­sées à écrire des dis­cours. Une ma­tière pre­mière qu’il mo­dèle à l’en­vi jus­qu’à ima­gi­ner l’as­sas­si­nat d’em­ma­nuel Ma­cron dans Tuer Ju­pi­ter, un ro­man in­clas­sable. Quatre hommes d’etat pour dé­cryp­ter le monde des « da­ta ».

EDOUARD PHI­LIPPE

« Il ne vient pas à Brive. Il va où fi­na­le­ment ? Il y a peut­être une autre prio­ri­té po­li­tique. Mais en règle gé­né­rale, face à la co­lère, les po­li­tiques sont plu­tôt cou­ra­geux. Hol­lande est al­lé à Flo­ranges, Ma­cron va dans les usines, Sar­ko­zy le fai­sait aus­si. Al­ler à la confron­ta­tion, c’est tou­jours faire preuve de cou­rage. Ce qu’ils craignent le plus, ce sont les pay­sans. Mais les an­nu­la­tions de der­nière mi­nute sont rares. Ils vont en­voyer quel­qu’un d’autre sû­re­ment. La Cor­rèze, ça porte bon­heur pour les po­li­tiques. »

EM­MA­NUEL MA­CRON

« La dif­fi­cul­té qu’ont tous les pré­si­dents de la Ré­pu­blique de­puis qu’on est ren­tré dans ce que j’ap­pelle la « da­ta­sphère » c’est que le ro­man na­tio­nal qu’ils ra­content a une du­rée de vie d’un an seule­ment. C’est la structure de dif­fu­sion de l’in­for­ma­tion, les “da­ta”, qui gé­nère ce phé­no­mène. La prio­ri­té des po­li­tiques au­jourd’hui, dans cette so­cié­té du spec­tacle 2.0, c’est de maî­tri­ser ce flux de “da­ta”. Pour­quoi ? Parce que le plus im­por­tant ce n’est pas le réel, c’est la per­cep­tion du réel. Le ro­man na­tio­nal de Ma­cron, c’est “Je suis un John Fitz­ge­rald Ken­ne­dy à la fran­çaise, j’ai même un couple gla­mour, je vais ré­for­mer, ce que n’ont pas fait mes pré­dé­ces­seurs”. »

DO­NALD TRUMP

« Dans le bruit in­ces­sant de “da­ta”, les in­for­ma­tions qui sur­nagent sont les plus trans­gres­sives, les plus agres­sives… Il faut faire le buzz tous les jours, avoir une actu toutes les deux mi­nutes. Do­nald Trump est très adap­té à ce monde. Avec Twit­ter, il faut faire ren­trer sa pen­sée dans 140 ca­rac­tères. Et avec Trump, ça marche à chaque fois. “Je suis amou­reux de Kim JongUn”. Ça fait la Une ! » C’est pour cette rai­son que j’ai as­sas­si­né Ma­cron. J’ai joué avec la fake news. Avec la vi­tesse à la­quelle vont les “da­ta” au­jourd’hui, on ne sait plus ce qui est vrai et ce qui est faux. »

« Au­jourd’hui, les hommes po­li­tiques peuvent avoir un rap­port pro­phé­tique aux masses. Na­ren­dra Mo­dy, le pre­mier mi­nistre in­dien, ne fait plus de confé­rence de presse. Il s’adresse di­rec­te­ment aux In­diens via les ré­seaux so­ciaux. Nous vi­vons une ré­vo­lu­tion tech­no­lo­gique et ça ne va pas s’ar­rê­ter là. » ■

NA­REN­DRA MO­DY

PHOTO F. LHERPINIÈRE

FRAN­ÇOIS MÉ­DÉ­LINE. « Les livres rendent mé­ca­ni­que­ment in­tel­li­gent. Ils per­mettent une vraie dis­tance cri­tique. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.