Le vil­lage qui a dé­ci­dé de ne pas mou­rir

« Pou­zols vieux », un vil­lage de Mon­tus­clat, re­naît. Des pas­sion­nés de vieilles pierres re­montent les mai­sons. Les nou­veaux vil­la­geois se ré­ap­pro­prient le lieu.

La Montagne (Cantal) - - RÉGION -

Une seule route conduit à Pou­zols vieux, qui fran­chit le pla­teau dit « de la Conquête ». Ain­si bap­ti­sé en sou­ve­nir sans doute des guerres de re­li­gion. Entre ca­tho­li­cisme et pro­tes­tan­tisme, le pays a long­temps cher­ché sa voie. seaux so­ciaux– les mai­sons ont été re­mon­tées, pierre par pierre. Des Li­gé­riens, Rho­da­niens, Isé­rois, bâ­tis­seurs à l’âme bien née et enquête « d’au­then­tique », comme dans se sont re­trous­sé les manches.

Mar­cel, le der­nier agri­cul­teur

« Cette mu­ta­tion, je ne l’ai même pas connue », ex­plique Ro­bert Ma­cha­bert. Le maire de Mon­tus­clat se sou­vient du der­nier agri­cul­teur, Mar­cel Croze, qui, avan­çant en âge, a dû résoudre à quit­ter sa ferme. Son nom est en­core sur toutes les bouches.

La pre­mière mai­son en ar­ri­vant est celle de Pas­cal Ga­la­mand. L’homme, torse nu, pro­fite de cette fin d’été avec son père pour avan­cer les tra­vaux de res­tau­ra­tion de l’an­cienne ferme qu’il re­bâ­tit pro­ gres­si­ve­ment de­puis cinq ans. La mai­son est ha­bi­table de­puis six mois. Pas­cal Ga­la­mand connais­sait bien Tony Stres­cher, le pre­mier à avoir mis les pieds au vil­lage en y ins­tal­lant d’abord un mo­deste cha­let. Tous deux viennent de Saint­romain­enGal.

« Ça me fai­sait mal au coeur de voir cette mai­son tom­ber en ruine, se sou­vient Pas­cal Ga­la­mand. J’y suis al­lé au cu­lot, j’ai contac­té les en­fants du pro­prié­taire, qui n’étaient pas for­cé­ment ven­deurs. Les mois pas­sant, ils m’ont rap­pe­lé, on a trou­vé un ter­rain d’en­tente. »

Deux ou trois mois en hi­ver

Tony, quant à lui, est arrivé à « Pou­zols vieux » par ha­sard, en mo­to, il y a main­te­nant 45 ans. Il n’est pas rare qu’il y sé­journe deux ou trois mois l’hi­ver. « Je n’ai ja­mais connu trop de pro­blèmes, dit­il. Le chasse­neige passe tous les ma­tins. »

Ja­dis, il est pour­tant arrivé à Tony de lais­ser sa voi­ture à Mon­tus­clat pour fi­nir à pied dans la burle jus­qu’à chez lui, n’at­tei­gnant sa mai­son qu’à 1 heure du ma­tin, « avec la co­cotte­minute sous le bras et les ga­mines dans des luges », lance­t­il tout sou­rire.

Tony a en­ten­du dire que le vil­lage a comp­té jus­qu’à cin­quante ha­bi­tants. « Moi, quand je suis ve­nu la pre­mière fois, il n’y avait plus que le père Croze, sa femme et son fils. Et puis une autre mai­son qu’oc­cu­pait un vieux gar­çon », ex­plique­t­il.

Tony a d’abord été lo­ca­taire du­rant sept ans. Et puis il est « tom­bé amou­reux du coin ». Après le cha­let, il a ac­quis l’an­cien­ ne mai­son du for­ge­ron. Une chau­mière sans toit, avec des arbres pous­sant au mi­lieu. Il a tout re­fait, dans l’es­prit de l’ar­chi­tec­ture lo­cale. Au pays, la lauze règne en maître.

« La pre­mière fois qu’on est ve­nu, le 1er avril 1990, il nei­geait », ex­plique Ch­ris­tine, de Saint­cha­mond, qui fut prof à Vé­nis­sieux. « Un temps pourr i. La mai­son était en mau­vais état. Ça a fait peur à tout le monde, sauf à mon ma­ri. Il est dans le bâ­ti­ment. Les week­ends et tous les étés pen­dant trois ans, on a re­ta­pé la mai­son. On avait plan­té la tente dans le pré. »

Au­jourd’hui grand­mère, Ch­ris­tine se sou­vient : « Quand on quit­tait Pou­zols, on avait re­char­gé les bat­te­ries ». Vingt­sept ans plus tard, Marc, son ma­ri, a en­tre­pris un agran­dis­se­ment à os­sa­ture bois. Deux des fils de la fa­mille ont sui­vi l’exemple de leurs pa­rents : ils viennent d’ache­ter à leur tour des mai­sons au vil­lage.

Les pay­sages changent

En seule­ment deux dé­cen­nies, Ch­ris­tine a vu le pay­sage chan­ger. Il ne passe plus de­puis long­temps de trou­peaux de­vant sa porte. Les prai­ries au­tour dis­pa­raissent, re­prises par la fo­rêt.

Les ha­bi­tants, pour la plu­part des ré­si­dents se­con­daires dé­sor­mais, à l’ex­cep­tion de Michèle Gat, une in­fir­mière à la re­traite, ont à coeur de culti­ver un es­prit de vil­lage. Ils ont rem­pla­cé la poutre du four ba­nal l’hi­ver der­nier, après la res­tau­ra­tion plus im­por­tante de la belle mai­son de la béate grâce aux sub­ven­tions com­mu­nales. Ils y or­ga­nisent des ré­veillons.

Le four est ral­lu­mé deux fois l’an. Il n’y a pas si long­temps, on ve­nait de loin pour les soupes au chou de « Pou­zols vieux », qui réunis­saient jus­qu’à 160 convives.

« On est un bon groupe, on bri­cole tous, ex­plique Pas­cal. Si un seul tra­vaillait et que les autres re­gar­daient, ça ne mar­che­rait pas. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.