Cancer du sein : le dé­pis­tage les a sau­vées

Sur ces deux femmes une tu­meur a été dé­cou­verte : elles ra­content leurs par­cours

La Montagne (Cantal) - - LA UNE - Ann-ca­the­rine Mo­do­lo ann-ca­the­rine.mo­do­lo@cen­tre­france.com

Pier­rette et Ma­rieCh­ris­tine ont fait par­tie, l’an der­nier, du dé­pis­tage du cancer du sein or­ga­ni­sé par l’ar­doc (as­so­cia­tion ré­gio­nale de dé­pis­tages or­ga­ni­sés des can­cers) et leurs ré­sul­tats étaient… po­si­tifs.

La peur du ré­sul­tat est l’un des fac­teurs qui freine les femmes de 50 à 74 ans à se faire dé­pis­ter. Ces deux femmes prennent les choses dans l’autre sens. Ma­rie­ch­ris­tine et Pier­rette ont, l’an der­nier, ap­pris qu’elles avaient un cancer du sein. Au­jourd’hui, elles en sont dé­bar­ras­sées.

Pier­rette. « J’ha­bite dans le Can­tal de­puis à peine quelques mois, dans ma ré­si­dence se­con­daire. Avant, je tra­vaillais dans un laboratoire phar­ma­ceu­tique en ré­gion pa­ri­sienne. J’ai 72 ans. D’ha­bi­tude, je suis les dé­pis­tages or­ga­ni­sés, mais pas cette an­née. À cause du dé­mé­na­ge­ment, je n’ai pas fait ma mam­mo­gra­phie l’an der­nier, il s’est écou­lé trois ans. Le gy­né­co­logue que j’ai consul­té ici, au CMC, m’a pres­crit une mam­mo­gra­phie. » « Non, je n’avais pas peur. De toute fa­çon, j’ai un tem­pé­ra­ment qui fait que je ne m’in­quiète pas. Quand j’ai un pro­blème qui per­dure évi­dem­ment, je consulte, mais je ne vais pas chez le mé­de­cin pour rien. J’ai confiance en la vie, j’ai vu ma mère at­teinte d’un cancer de l’uté­rus : elle a sur­vé­cu. C’est bien plus tard qu’elle est dé­cé­dée, et de tout autre chose. Quoi qu’il en soit, avant d’avoir les ré­sul­tats, ça ne sert à rien de stres­ser. Il ne faut pas dra­ma­ti­ser. Et en gé­né­ral dans la vie, il ne faut pas dra­ma­ti­ser. » « Bref, au fi­nal, j’avais une tu­meur d’1,5 cm et un gan­glion sen­ti­nelle tou­ché. Bon, j’ai un peu per­du mon po­si­ti­visme à ce mo­ment­là. Je crai­gnais un peu la chi­mio­thé­ra­pie : vous per­dez vos che­veux, vous avez l’air ma­lade et vous l’êtes… Mais je n’y pen­sais pas trop, j’at­ten­dais de sa­voir ce qu’on al­lait me pro­po­ser. J’ai été très en­tou­rée. En ré­gion pa­ri­sienne, vous êtes un nu­mé­ro. Ici, non. J’avais la sen­sa­tion que les équipes mé­di­cales qui vous en­cadrent se sou­cient vrai­ment de vous. Alors voi­là, on m’a opé­rée, re­ti­rée cet­ te tu­meur et le gan­glion, mais pas mon sein. Je l’ai tou­jours. Et j’ai échap­pé à la chi­mio. J’ai fait une ra­dio­thé­ra­pie. Main­te­nant je vais at­ta­quer un traitement hor­mo­nal pen­dant cinq ans. » « Bien sûr que je suis consciente qu’il y a un risque de ré­ci­dive énorme. Mais l’avan­tage c’est qu’à par­tir du mo­ment où on vous a dé­cou­vert un cancer du sein, vous êtes très sui­vie ! Vous faites des mam­mos tous les six mois d’abord, puis ça s’es­pace. On ne vous lâche pas. Et puis, le cancer, ce n’est plus comme à l’époque de nos pa­rents, où on nous an­non­çait “cancer”, et ça vou­lait dire “mort”. Au­jourd’hui si c’est pris à temps, ça se gué­rit. Il faut tou­jours se dire qu’il y a un es­poir. Pour­quoi ça irait mal ? » « Dans ma vie de tous les jours, je n’y pense pas. Je vis ma vie, je pro­fite. Ma conjointe a été ki­né­si­thé­ra­peute pen­dant qua­ran­ te ans dans les hô­pi­taux de Pa­ris, elle m’épaule beau­coup. »

Bonne élève, Ma­rie­ch­ris­tine, 56 ans, ré­pond tou­jours fa­vo­ra­ble­ment à l’in­vi­ta­tion de l’ar­doc à se faire dé­pis­ter. Elle passe donc une mam­mo­gra­phie tous les deux ans de­puis qu’elle a 50 ans. Et cette an­née, à la suite de l’exa­men, c’est la douche froide. « On m’a dit que les images étaient sus­pectes. » Mais Ma­rie­ch­ris­tine n’a pas peur. « À par­tir de ce mo­ment­là, tout le per­son­nel mé­di­cal s’est mon­tré bien­veillant, il m’a ac­com­pa­gnée en m’ex­pli­quant que j’al­lais pas­ser des exa­mens com­plé­men­taires. Je veux dire, on ne se pose pas de ques­tion et on fait confiance à l’équipe mé­di­cale. » Et ce fut le cas. Après la mam­mo­gra­phie, une biop­sie, une IRM, une scin­ti­gra­phie et un scan­ner confirment le pre­mier diag­nos­tic : Ma­rieCh­ris­tine a une tu­meur de 7 mil­li­mètres. « Entre le dé­pis­tage et l’opé­ra­tion, il s’est pas­sé un mois. » L’in­ter­ven­tion chi­rur­gi­cale per­met d’ôter la tu­meur sans tou­cher à son sein. « J’ai en­suite in­té­gré un pro­ces­sus de soins. J’ai donc sui­vi une ra­dio­thé­ra­pie, et là, comme mon cancer est hor­mo­no dé­pen­dant, j’at­tends qu’on mette en place un traitement hor­mo­nal qui du­re­ra cinq ans. » Entre­temps, Ma­rieCh­ris­tine pas­se­ra les mam­mo­gra­phies de contrôle sans re­chi­gner car pour elle « c’est une chance de pou­voir bé­né­fi­cier d’un dé­pis­tage gra­tuit ». Elle, qui n’avait au­cune dou­leur, au­cun symp­tôme, et dont la tu­meur était trop pe­tite pour être per­çue lors d’une pal­pa­tion, au­rait peur de ce qui au­rait pu se pas­ser. « Dans quelques an­nées, on au­rait dé­cou­vert que j’avais une tu­meur im­por­tante, et ça au­rait été beau­coup plus grave. Je ne com­prends pas qu’on puisse craindre le ré­sul­tat, au contraire. Tant mieux s’ils trouvent quelque chose, parce qu’ils peuvent vite or­ga­ni­ser l’in­ter­ven­tion pour ré­soudre le pro­blème. Le sein se gué­rit très bien, s’il est pris à temps. »

« Ce n’est plus comme à l’époque de nos pa­rents, où ça vou­lait dire “mort” » « C’est une chance de pou­voir se faire dé­pis­ter »

PHOTO D’ILLUS­TRA­TION PHI­LIPPE BI­GARD

MAM­MO­GRA­PHIE. L’exa­men per­met de ré­vé­ler des tu­meurs à un stade très pré­coce.

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