« Elle avait le cô­té de la tête dé­for­mé »

Hier ma­tin, la cour d’as­sises de la Haute-loire a en­ten­du un témoignage poi­gnant. C’est ce­lui de la cais­sière du cinéma dans le­quel se sont ren­dus Ber­kane Ma­kh­louf et Cé­cile Bour­geon avant la dis­pa­ri­tion de Fio­na.

La Montagne (Cantal) - - AFFAIRE AUVERGNE FIONA -

La cais­sière du cinéma du Centre Jaude, à Cler­mont­fer­rand, se sou­vient par­fai­te­ment bien de la ren­contre fu­gace qu’elle a faite, le mer­cre­di 8 mai 2013.

Ce jour­là, vers 16 heures, un homme et une fillette avec un ban­deau jaune sur les oreilles pé­nètrent dans le hall. Une femme pa­tiente à l’ex­té­rieur avec une se­conde en­fant, plus pe­tite. « Il (

m’a de­man­dé s’il y avait des films pour en­fant et, comme il est ar­ri­vé au mi­lieu des séances, je lui ai dit que non ».

Dans le même temps, la cais­sière est stu­pé­fiée par le vi­sage de la pe­tite : « Elle était très très blanche, sans ex­pres­sion, ra­conte­t­elle à la barre de la cour d’as­sises. Elle avait le cô­té gauche de la tête dé­for­mé par une en­flure et un léger bleu sous l’oeil. Elle avait une ap­pa­rence in­quié­tante. Ça m’a cho­quée. »

La cais­sière s’in­quiète. Elle in­ter­rompt son tra­vail pour ob­ser­ver la fa­mille qui s’éloigne. « Je suis sor­tie de la caisse pour voir quelle at­ti­tude ils avaient avec l’en­fant. J’avais un sen­ti­ment de crainte pour cette pe­tite », conti­nue­telle. L’em­ployée les suit du re­gard, im­puis­sante. « Ils ne se sou­ciaient pas de l’en­fant qui mar­chait en re­trait. »

Pré­oc­cu­pée, elle parle à son en­tou­rage de cette ren­contre in­quié­tante. « J’ai eu le sen­ti­ment que cette fille était en dan­ger. J’en ai été ma­lade toute la soi­rée ». Elle de­mande con­seil, hé­site à ap­pe­ler la police, puis se ras­sure el­le­même en se di­sant que l’en­fant a peut­être seule­ment fait une chute.

Un vi­sage qu’elle ne re­con­naît pas

Quelques jours s’écoulent. Des af­fi­chettes si­gna­lant la dis­pa­ri­tion d’une pe­tite fille ap­pe­lée Fio­na fleu­rissent dans la ville. Mais la cais­sière ne la re­con­naît pas : le sou­rire et les yeux pé­tillants que Fio­na ar­bore sur le cli­ché com­posent un vi­sage à mille lieux de la phy­sio­no­mie de ce­lui qu’elle a croi­sé dans le hall du cinéma.

Ce n’est que plu­sieurs mois après cette ren­contre, quand des images de Ber­kane Ma­kh­louf sont ap­pa­rues dans les médias, que la cais­sière re­con­naît l’homme qui ac­com­pa­gnait la fillette.

Elle se dé­cide alors à pous­ser les portes du com­mis­sa­riat pour par­ler de cet étrange hé­ma­tome qu’elle est la seule à avoir re­mar­qué.

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