Se faire vac­ci­ner par un phar­ma­cien, c’est dé­sor­mais pos­sible

À Au­rillac, ils sont dix-huit phar­ma­ciens à s’être for­més pour pra­ti­quer la vac­ci­na­tion au sein de leur of­fi­cine, et qua­ran­te­huit au to­tal dans le Can­tal. Cer­tains in­fir­miers voient rouge. Dix­huit of­fi­cines phar­ma­ciens peuvent vac­ci­ner contre la grippe d

La Montagne (Cantal) - - LA UNE - Ann-ca­the­rine Mo­do­lo ann-ca­the­rine.mo­do­lo@cen­tre­france.com

En 2016­2017, 46 % des per­sonnes à risque se sont fait vac­ci­ner contre la grippe. « Si la par­ti­ci­pa­tion at­tei­gnait 75 %, il y au­rait 3.000 dé­cès en moins chez les per­sonnes à risque… » Le phar­ma­cien An­toine Mé­zard en est convain­cu : le fait que les of­fi­cines puissent dé­sor­mais vac­ci­ner ce pu­blic va aug­men­ter la par­ti­ci­pa­tion. C’est d’ailleurs l’une des rai­sons qui l’ont pous­sé à suivre la for­ma­tion d’une jour­née avec son as­so­ciée, à la fa­cul­té de Cler­mont­fer­rand. « Le but n’est pas de pa­ra­si­ter les mé­de­cins et l es in­fir­mières, mais bien de ga­gner sur la marge. »

Cette « ex­pé­ri­men­ta­tion » du­re­ra trois ans et est li­mi­tée pour cette cam­pagne à deux ré­gions : Au­vergne­rhône­alpes et Nou­velle­aqui­taine. Seule­ment voi­ là, si l’avis de ce jeune phar­ma­cien est par­ta­gé dans la pro­fes­sion, il ne l’est évi­dem­ment pas dans le corps in­fir­mier. « Clai­re­ment, cette ex­pé­ri­men­ta­tion se­ra dom­ma­geable, lâche Ca­the­rine Pou­jol. Les gens qui ne se font pas vac­ci­ner ne chan­ge­ront pas d’avis. En re­vanche, ceux qui ache­taient leur vac­cin puis pre­naient ren­dez­vous avec nous, vont évi­dem­ment trou­ver plus simple de tout faire sur place. J’ai dé­jà quelques pa­tients qui me l’ont dit, alors que l’on n’est que dé­ but oc­tobre. »

Pour cette in­fir­mière li­bé­rale, la vac­ci­na­tion contre la grippe re­pré­sente une pro­por­tion im­por­tante de son tra­vail de mioc­tobre à mi­dé­cembre. « Il y a des per­sonnes qu’on ne voyait que pour ça. Main­te­nant on peut faire une croix des­sus. » Et elle est d’au­tant plus en co­lère qu’elle res­sent une in­jus­tice. « Le droit de vac­ci­ner, les in­fir­miers se sont bat­tus pour l’avoir. Ça a été dur, et une fois qu’on l’a ac­quis, ça a été long de chan­ger les ha­bi­tudes des pa­tients qui al­laient chez le mé­de­cin pour se faire vac­ci­ner. Au­jourd’hui évi­dem­ment, si en ven­dant le vac­cin on pro­pose de le faire tout de suite, ça va fonc­tion­ner. L’une des plus grosses phar­ma­cies du Can­tal m’a confié qu’elle en avait pra­ti­qué une quin­zaine par jour… Qu’on ne vienne pas me dire que ça n’au­ra pas d’in­ci­dence sur la pro­fes­sion. Les gens qui ne se fai­saient pas vac­ci­ner avant ne vont pas le faire juste parce que c’est plus simple. Leur ré­ti­cence n’était pas cau­sée par la com­ plexi­té de la dé­marche, mais par la mé­fiance gé­né­rale qui en­toure les vac­cins de­puis quelque temps. »

Cô­té mé­de­cin gé­né­ra­liste, l’avis est moins tran­ché. « Je ne suis pas sûr que la marge des per­sonnes qui se font vac­ci­ner aug­mente, es­time un mé­de­cin en centre­ville. À cause des po­lé­miques ré­centes sur les vac­cins des bé­bés, sur le vac­cin contre le pa­pil­lo­ma­vi­rus, la mé­fiance des pa­tients gran­dit. » Mal­gré tout, il a en­vie d’y croire. « Le fait que les phar­ma­ciens vac­cinent peut désen­gor­ger les ca­bi­nets, même si cer­tains mé­de­cins or­ga­nisent dé­jà des consul­ta­tions plus ra­pides pour vac­ci­ner quatre ou cinq per­sonnes. Et puis, cer­taines per­sonnes aiment le contact avec le mé­de­cin, et ne vont pas pré­fé­rer le phar­ma­cien. »

« Une mé­fiance en­toure les vac­cins de­puis quelque temps »

PHO­TO D’ILLUS­TRA­TION

SAN­TÉ. Les phar­ma­ciens ne peuvent vac­ci­ner qu’une par­tie de la po­pu­la­tion.

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